Toute une génération a grandi dans le monde clos d’Orania, l’enclave afrikaner réservée aux Blancs en Afrique du Sud, en marge de la nation arc-en-ciel qui célèbre cette année son 35e anniversaire.
Cette ville aride, fondée dans la province du Cap-Nord en 1991, compte aujourd’hui un peu plus de 3 000 habitants.
Et de plus en plus de jeunes issus de la minorité blanche s’installent dans cette petite ville, attirés par une nouvelle université et un sentiment d’appartenance forgé dans le creuset culturel du pays.

Le grand exode intérieur de la jeunesse afrikaner
Face aux fractures persistantes de l’Afrique du Sud moderne, une partie de la minorité blanche fait un choix radical : la sécession quotidienne.
Trente-cinq ans après la fin de l’apartheid, de plus en plus de jeunes Afrikaners tournent le dos au modèle de la « nation arc-en-ciel » pour se réfugier dans des enclaves autogérées comme Orania ou Kleinfontein. Ce phénomène, loin d’être un simple repli nostalgique, s’impose aujourd’hui comme une démarche pragmatique et politique pour une génération en quête de repères.
Survivre à l’insécurité chronique de l’extérieur à majorité noire

Au cœur de cette dynamique migratoire interne se trouve un argument implacable : la sécurité. Dans un pays où la violence est perçue comme hors de contrôle par ces communautés, les enclaves fortifiées offrent une bulle de sérénité unique. À Kleinfontein, une colonie de 1 500 habitants ultra-sécurisée près de Pretoria, les nouveaux résidents arrivent souvent après avoir subi des traumatismes majeurs dans les grandes métropoles.
Pour ces familles, le choix de vivre derrière des barrières est d’abord un choix de survie.
« Si mon enfant se promène dans ma maison, je veux qu’il interagisse avec des gens qui partagent les mêmes valeurs et la même vision du monde », explique Sune, 21 ans, installée ici après une tentative d’effraction violente à Pretoria.
Dans ces villes closes, la criminalité de sang est quasi inexistante, offrant un contraste saisissant avec le reste du pays.
Fuir le système anti-Blancs
Au-delà de la peur physique, c’est le sentiment d’être marginalisés par l’État central qui pousse les jeunes vers ces refuges. Beaucoup d’Afrikaners estiment que les politiques de discrimination positive menées par le Congrès national africain (ANC) au pouvoir briment leur avenir économique. Ils dénoncent un système qui, selon eux, favorise systématiquement la majorité noire sur le marché de l’emploi et dans l’attribution des contrats publics.
« La discrimination en Afrique du Sud est brutale. Si votre entreprise n’est pas détenue majoritairement par des Noirs, vous ne pouvez pas trouver d’emploi », affirme Dannie de Beer, l’un des responsables de Kleinfontein, qui évoque une véritable « bataille pour la survie » des minorités.
Pour ces résidents, le pouvoir noir a simplement inversé les mécanismes d’exclusion au détriment des descendants de colons européens.
Rebâtir l’identité afrikaner par le travail et la foi

Alors que des milliers d’Afrikaners sont séduits par l’offre d’asile du président américain Donald Trump, Doret Le Cornu, âgée de 23 ans, a trouvé refuge à Orania lorsqu’elle s’y est installée il y a trois ans.
« C’est un endroit où nous voulons bâtir sur cette culture et ne pas la perdre ».
« Nous sommes ici majoritaires, sans avoir à craindre qu’une majorité plus importante nous entoure. »
Face à ce qu’ils qualifient de persécution, la réponse de cette jeunesse est collective et culturelle.
À Orania (3 000 habitants), l’ouverture récente d’un institut de formation technique est devenue le symbole de ce renouveau. Le but ? Former une main-d’œuvre qualifiée, exclusivement blanche et afrikaner, capable de bâtir une économie totalement autonome, sans dépendre de l’État ni des travailleurs extérieurs.
Les critères d’entrée dans ces communautés sont drastiques : piété chrétienne, maîtrise absolue de la langue afrikaans et adhésion stricte aux valeurs traditionnelles. Les jeunes qui ont tenté l’aventure dans les grandes villes cosmopolites comme Le Cap reviennent souvent déçus et épuisés par le coût de la vie et le multiculturalisme. Ils trouvent dans ces villages une homogénéité rassurante.
« C’est un endroit où nous voulons bâtir sur cette culture et ne pas la perdre », résume Doret, 23 ans. « Nous sommes ici majoritaires, sans avoir à craindre qu’une majorité plus importante nous entoure. »
Qu’il s’agisse de l’exil vers ces citadelles intérieures ou vers l’étranger, cette démarche témoigne d’une rupture profonde : pour ces jeunes, l’avenir ne se conjugue plus ensemble, mais séparément.

Les habitants de Kleinfontein sont strictement afrikaners et affirment être une minorité opprimée et menacée.un pays où le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), accorde un traitement préférentiel à la population noire.
Dannie de Beer, le vice-président du conseil d’administration de Kleinfontein, insiste sur le fait que les fermiers blancs sont « indésirables » dans le pays et qu’ils sont confrontés à une « mascarade tout aussi grave que l’apartheid ».
Texte : Jules Ferry.Source Dailymail
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