La plupart des visiteurs d’Israël arpentent les rues de Jérusalem, prient sur ses lieux saints et se recueillent sur les rives du lac de Tibériade. Presque aucun n’a jamais entendu parler de Khirbet Qeiyafa. Pourtant, cette colline oubliée, qui domine la vallée où David terrassa Goliath, constitue peut-être la confirmation archéologique la plus spectaculaire de la véracité historique de la Bible, mise au jour à l’époque moderne.
La vallée d’Éla se situe à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Jérusalem. Vous en avez certainement déjà entendu parler.
« Les Philistins se tenaient d’un côté sur une montagne, et Israël de l’autre sur une autre montagne ; la vallée les séparait » (1 Samuel 17:3).
Cette vallée existe bel et bien. Ces montagnes sont toujours là. Et sur l’une d’elles, dominant le champ de bataille et surplombant l’endroit où un jeune berger ramassa cinq pierres lisses et changea le cours de l’histoire, se dressent encore les ruines d’une cité israélite vieille de 3 000 ans.
Les plus éminents archéologues israéliens étudient ce site depuis des décennies. Leurs découvertes, détaillées dans l’ouvrage « Sur les traces du roi David » du professeur Yosef Garfinkel et de ses collègues, sont convaincantes : il s’agissait d’une ville juive, occupée sous le règne du roi David, servant de poste frontière fortifié contre les Philistins. Les habitants de Khirbet Qeiyafa ne lisaient pas l’histoire de David et Goliath ; ils en étaient témoins directs dans la vallée, au pied de leurs remparts.
Les découvertes des archéologues sont importantes.
Des dizaines de milliers d’ossements d’animaux ont été mis au jour sur le site – chèvres, moutons, bovins – mais pas un seul os de porc. Les sites philistins et cananéens regorgent d’ossements de porc. Les Israélites qui vivaient ici respectaient les lois alimentaires bibliques. Les fouilles n’ont également révélé aucune figurine humaine ou divine, contrairement aux sites des nations voisines, saturés d’idoles. Les habitants de cette ville obéissaient au commandement interdisant les images taillées. Enfin, l’architecture particulière de la ville – un système de murs à casemates, où deux murs parallèles sont divisés en pièces faisant partie des habitations mitoyennes – correspond exactement au modèle observé sur d’autres sites confirmés du royaume de Juda, comme Beersheba et Beit Shemesh.
La ville possède deux portes, chacune dotée de quatre chambres. C’est pourquoi certains érudits l’identifient à la ville biblique de Sha’arayim, un nom qui signifie littéralement « deux portes » en hébreu. Ce nom apparaît dans Josué 15:36, parmi les villes de la tribu de Juda, et dans 1 Samuel 17:52, où il est rapporté que les Israélites poursuivirent les Philistins en fuite « sur la route de Sha’arayim ». Si cette identification est correcte, la ville décrite dans votre Bible n’est pas une invention littéraire : ses ruines sont toujours là, dominant la même vallée et faisant face aux mêmes collines.
Ces chambres des portes étaient le cœur de la vie civique dans le monde antique.
La Bible décrit la porte de la ville comme le siège de la justice et du pouvoir :
« Vous établirez des juges et des officiers à toutes vos portes, que l’Éternel, votre Dieu, vous donnera pour vos tribus ; ils jugeront le peuple avec justice » (Deutéronome 16,18).
Assis aujourd’hui dans ces chambres, entourés de pierres posées par des mains juives il y a trois mille ans, il est impossible de ne pas penser aux personnes qui y vivaient. Elles ne disposaient pas d’une Bible complète. Elles vivaient au sein même du récit qui allait devenir celui d’un seul et même récit. Certains des hommes qui siégeaient dans ces salles, délibérant sur les affaires d’un jeune royaume d’Israël, étaient très probablement eux-mêmes des prophètes.
La tradition juive rapporte que plus d’un million de prophètes apparurent à l’époque du Premier Temple. La plupart d’entre eux vécurent et moururent dans des villes comme celle-ci, sans jamais être célèbres, sans que leur nom ne soit mentionné. Khirbet Qeiyafa était l’une de ces villes.
C’est ce qui rend le site si saisissant : non seulement son importance archéologique, mais aussi son caractère sauvage et préservé. Il n’y a presque aucune signalisation, aucune infrastructure pour les visiteurs, aucune clôture. Les pierres sont là où elles sont tombées. Vous n’êtes pas face à une reconstitution ou à une pièce de musée. Vous vous trouvez au cœur d’une ancienne cité israélite, restée en grande partie telle que ses derniers habitants l’ont laissée, pour des raisons qui nous resteront probablement à jamais inconnues.
Les sceptiques affirment depuis longtemps que David est une légende, que la monarchie israélite est une invention littéraire tardive et que les récits de Samuel sont des fictions pieuses. Khirbet Qeiyafa n’est pas un argument théologique contre cette affirmation. Ce sont des pierres, des murs, des portes. Une ville construite par un peuple qui ne consommait pas de porc, ne vénérait pas d’idoles et vivait sur la crête surplombant la vallée où s’est déroulée la bataille la plus célèbre de l’histoire biblique.
La Bible n’est pas une mythologie. C’est le récit d’un peuple réel sur une terre réelle, et cette terre en conserve encore les traces.
Si vous venez un jour en Israël et souhaitez comprendre à quoi ressemblait réellement le royaume de David — non pas à travers l’art ou l’interprétation, mais grâce à l’archéologie —, dépassez Beit Shemesh et dirigez-vous vers Khirbet Qeiyafa. Tenez-vous dans les chambres de la porte. Contemplez la vallée d’Elah vers le sud. Ramassez une pierre lisse dans le lit du ruisseau en contrebas.
L’histoire que vous avez lue toute votre vie n’est pas une histoire. C’est l’Histoire. Et la preuve est là, sur la colline.
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