Cas de conscience

Les perspectives peu convaincantes d’un renouveau laïc au Moyen-Orient

On pourrait imaginer que ce qui s'est passé en Turquie arrive en Iran... Ça aurait pu se faire sans la volonté de Trump de sauvegarder le régime des mollahs ...

Suite à sa défaite lors de la Première Guerre mondiale, l’Empire ottoman s’est effondré, tout comme ses prétentions au califat.

Parmi une nouvelle classe d’élites moyen-orientales, le nationalisme et le libéralisme occidental prenaient le dessus. Les militants turcs menés par Mustafa Kemal Atatürk ont reconstitué l’héritage ottoman en Asie Mineure sur une base nationaliste, créant ainsi le nouvel État de Turquie.

Cet État a été baptisé État laïc, calqué sur l’État-nation européen, reflétant les modes de gouvernance, d’habillement et même d’écriture européens, en remplaçant l’écriture arabe par un alphabet latin modifié.


Avec le recul du pouvoir colonial au Moyen-Orient après la Seconde Guerre mondiale, le nationalisme laïc a captivé l’imagination de la majeure partie du monde arabe, défendu par des personnalités comme Gamal Nassar d’Égypte.

En Iran, le chah Mohammad Reza Pahlavi, grâce à l’argent des ventes de pétrole, s’est lancé dans une campagne vigoureuse de modernisation laïque. Malgré quelques exceptions notables, comme l’Arabie saoudite, la plupart des nouveaux pays du Moyen-Orient ont choisi de suivre le modèle laïc occidental.

Puis, de manière tout à fait inattendue, deux événements ont marqué le début d’un renouveau islamique.

Le premier est survenu avec la chute du Shah d’Iran, conjuguée à l’avènement d’un État théocratique sous la direction de l’ayatollah Khomeini.


Le second a été la défaite de l’Union soviétique en Afghanistan face aux moudjahidines, une confédération informelle de résistants islamiques soutenus par la CIA. Ces deux événements ont marqué le début d’un renouveau islamique au Moyen-Orient et dans l’ensemble du monde musulman.

Avant ces événements, on pensait que l’islam continuerait de reculer au profit de la laïcité, comme cela avait été le cas pour le christianisme en Occident. Cependant, les experts avaient sous-estimé le pouvoir de l’islam à mobiliser les masses au Moyen-Orient.

Jamais depuis les guerres de religion en Europe aux XVIe et XVIIe siècles, la religion n’avait joué un rôle aussi central dans la politique d’une région. De plus, ce renouveau religieux est survenu alors que la population arabe croissante s’installait en Europe occidentale, qui avait perdu la volonté de subvenir à ses besoins démographiques.

Ainsi, pour la première fois depuis l’invasion ottomane de l’Europe, l’islam a trouvé un point d’appui au cœur de l’Europe chrétienne.

Fort de sa vigueur retrouvée, l’islam semble peu susceptible de perdre son emprise sur l’imaginaire d’une grande partie de la population du Moyen-Orient. Cependant, la laïcité pourrait n’être que latente et refaire surface pour remodeler la géopolitique de la région.

On pourrait spéculer que si Israël et les États-Unis avaient maintenu la pression sur les religieux iraniens, ceux-ci auraient pu s’effondrer et céder la place à un régime plus laïc, ce qui aurait pu déclencher une série d’événements propices à un renouveau laïc dans tout le Moyen-Orient.

L’islam est intrinsèquement en contradiction avec le monde moderne et laïc.

Ses restrictions à la liberté de recherche freinent l’innovation scientifique. Avec l’islam, on peut préserver une société dans l’ambre pendant un certain temps, mais comme Atatürk et les autres nationalistes laïcs l’ont découvert il y a un siècle, il n’est pas durable.

Le monde musulman dont Recep Erdogan se fait aujourd’hui l’ardent défenseur, est caractérisé par le fait que les régimes politiques ont l’islam pour religion d’Etat. Et, dans l’islam, les hommes sont régis par les lois que Dieu a fixées aux hommes par le message délivré au VIIe siècle au prophète Mahomet, en Arabie.

L’islam régit toute la vie privée des individus ainsi que la vie publique, le coran jouant en somme dans ces sociétés le rôle de code civil et de code pénal.

Il faut donc bien voir quel est le changement de cap auquel a procédé, en Turquie, Recep Erdogan, depuis qu’il se trouve à la tête du pays, c’est-à-dire depuis mars 2003. Il a progressivement réislamisé le pays, détricotant peu à peu l’œuvre de Mustapha Kemal qui avait choisi comme nom « Atatürk », qui signifie « Père de la Turquie ».

Atatürk s’était employé à éradiquer l’islam dans son pays, considérant que cette religion était la cause même du déclin de l’empire ottoman, un empire qui avait été dans les siècles passés redoutablement puissant, avec des territoires immenses.

L’œuvre de Mustapha Kemal fut colossale, ce chef d’Etat étant parvenu à opérer dans son pays des transformations fondamentales dans les domaines politique, culturel, et social ; et il est même parvenu à changer l’écriture ainsi que la façon de se vêtir de ses concitoyens.

Mustapha Kemal voulut, donc, occidentaliser complètement son pays. Il abolit le sultanat, puis ensuite, en 1922, le califat. Ce fut, évidemment, extrêmement difficile car le califat, dans le monde de l’islam, est une institution sacrée, le calife étant le successeur naturel du Prophète. Ainsi, en 1923, put-il doter la Turquie d’institutions démocratiques, faisant de ce pays une république. Et il en fut le président jusqu’à sa mort, en 1938.


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