Cas de conscience

Carrément ridicule, le président français montre qu’il ne connaît rien aux palestiniens

Emmanuel Macron n'a aucune idée de la situation des Palestiniens. - par Bassam Tawil

Le président français Emmanuel Macron fait preuve d’un optimisme excessif, voire d’une naïveté pathétique, quant aux perspectives de démocratie dans un futur État palestinien. Macron et les autres dirigeants occidentaux, s’ils croient que l’Autorité palestinienne (AP) évoluera positivement, du moins dans un avenir proche, vivent dans l’illusion. Même si un État palestinien est créé, il sera dirigé soit par le Fatah, faction corrompue de Mahmoud Abbas, soit par le Hamas.

Le président français Emmanuel Macron, dans son discours devant les Nations Unies lors de la « Conférence internationale de haut niveau pour le règlement pacifique de la question de Palestine et la mise en œuvre de la solution à deux États » le 22 septembre, a justifié sa décision de reconnaître un État palestinien en arguant que le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas avait promis « une refonte complète de la gouvernance palestinienne ».

Macron a exprimé l’espoir que le nouvel État palestinien protégerait « l’expression démocratique » :

L’État de Palestine devra également redonner espoir à sa population, épuisée par des années de violence et d’occupation, mais aussi de division et de négligence. Il devra donc offrir à son peuple un cadre nouveau et sûr pour l’expression démocratique.

Le président Mahmoud Abbas a pris cet engagement envers le prince héritier Mohammed ben Salmane et moi-même. Il a fermement condamné l’attentat terroriste du 7 octobre 2023 [mené par le Hamas]. Il a confirmé son soutien au désarmement du Hamas et s’est engagé à l’exclure de la gouvernance future de Gaza et de l’ensemble du territoire palestinien.

Il a affirmé son engagement à lutter contre les discours de haine et a promis une refonte complète de la gouvernance palestinienne.

Malheureusement, Abbas promet depuis son arrivée au pouvoir en 2005 des réformes radicales du gouvernement et de la sécurité. Les Palestiniens n’ont toujours pas vu le moindre changement dans quoi que ce soit.


Un sondage d’opinion publié en septembre 2023 par le Centre palestinien de recherche politique et d’enquête a révélé que 87 % des Palestiniens estiment que les institutions de l’AP sont corrompues.

78 % des Palestiniens ont également déclaré, selon le sondage , souhaiter la démission d’Abbas.

Il convient de noter qu’Abbas, élu en janvier 2005, en est à sa vingtième année de mandat de quatre ans.

Il a eu deux décennies entières pour réformer l’Autorité palestinienne, mais n’a pas saisi l’occasion de mettre fin à la corruption endémique ni d’apporter des changements constructifs pour son peuple. Même les déchets sont toxiques .


De nombreuses villes et villages déversent leurs déchets dans les vallées ou les carrières avoisinantes (comme celle appelée « Mont Trashmore »), où ils polluent l’ensemble des nappes phréatiques et de l’écosystème ( ici , ici et ici ), puis tentent de rejeter la faute sur Israël.

Un sondage publié l’année dernière par la Coalition palestinienne pour l’intégrité et la transparence a révélé que les délits de corruption les plus répandus au sein des institutions de l’AP incluent le népotisme, le favoritisme, le détournement de fonds publics, l’abus de pouvoir, la corruption et l’abus de confiance.

Selon ce sondage, 87 % des Palestiniens estiment que les efforts déployés par les dirigeants de l’AP pour lutter contre la corruption sont insuffisants. Quant aux prévisions concernant l’ampleur de la corruption, 56 % des Palestiniens estiment qu’elle augmentera en 2025.

Les résultats de ces sondages montrent qu’une majorité de Palestiniens ne partage pas l’optimisme du président français quant à la mise en œuvre des réformes gouvernementales, sécuritaires et économiques.

Alors que Macron semble avoir pris au pied de la lettre l’engagement d’Abbas de lancer une « refonte complète » de l’AP, la plupart des Palestiniens, selon les sondages, ne l’ont pas fait.

Un sondage publié en mai dernier par le Centre palestinien de recherche politique et d’enquête a révélé que 81 % des Palestiniens souhaitent la démission d’Abbas. 69 % d’entre eux estiment que le nouveau gouvernement, nommé par Abbas plus tôt cette année, ne parviendra pas à mener à bien les réformes que son précédent gouvernement n’a pas pu entreprendre.

Macron semble ignorer, ou prétend ignorer, que l’Autorité palestinienne n’a plus de parlement fonctionnel depuis 18 ans.

Les activités du Parlement, connu sous le nom de Conseil législatif palestinien (CLP), ont été suspendues après la prise de contrôle de la bande de Gaza par le groupe terroriste Hamas, soutenu par l’Iran, lors d’un coup d’État brutal et violent en 2007.

Le 22 décembre 2018, Abbas a décidé de dissoudre le CLP et a convoqué des élections législatives, attendues depuis longtemps. Les dernières remontaient à 2006. Il va sans dire qu’Abbas a depuis évité d’organiser des élections présidentielles et législatives par crainte, justifiée, d’une victoire du Hamas.

La décision d’Abbas de dissoudre le Parlement a été vivement dénoncée par les partis politiques palestiniens et les organisations de défense des droits humains, dont le Centre palestinien pour les droits humains (PCHR). Ce groupe a déclaré dans un communiqué du 21 mars 2019 :

Le PCHR estime que la décision de dissoudre le CLP s’inscrit dans le cadre de querelles politiques, où les instruments juridiques ont été utilisés d’une manière qui porte atteinte à l’État de droit et à l’indépendance du pouvoir judiciaire. Le PCHR prévient que le maintien du statu quo affecterait l’avenir de la vie politique et constitutionnelle en Palestine. L’absence du CLP a créé un vide juridique et administratif.

En l’absence d’un parlement palestinien, Abbas dirige l’Autorité palestinienne comme s’il s’agissait de son fief privé. Il continue de promulguer des « décrets présidentiels » en remplacement des lois votées par le Parlement.

En 2022, des centaines d’avocats palestiniens ont officiellement protesté contre le régime autoritaire d’Abbas.

Suheil Ashour, président du Barreau palestinien, a déclaré que son association s’opposerait fermement aux lois promulguées par « décret présidentiel » qui restreignent les droits et libertés des Palestiniens : « Nous exigeons soit l’arrêt immédiat de leur application, soit l’annulation » d’une série de lois restrictives. Depuis lors, Abbas a néanmoins continué , au mépris total des revendications des avocats palestiniens et des organisations de défense des droits humains, à promulguer des décrets présidentiels.

Macron fait preuve d’un optimisme excessif, voire d’une naïveté pathétique, quant aux perspectives de démocratie dans un futur État palestinien. Depuis sa création il y a trente ans, l’AP – sous Abbas comme sous son prédécesseur Yasser Arafat – réprime les opposants politiques et quiconque ose critiquer les dirigeants palestiniens.

D’innombrables journalistes, militants des droits humains et militants politiques ont été intimidés, arrêtés, battus ou tués par les forces de sécurité de l’AP.

En 2021, des agents de sécurité de l’AP ont battu à mort Nizar Banat, un critique virulent de l’AP. Quelques jours avant le discours de Macron, des agents de sécurité de l’AP ont arrêté Samir Hulileh, un important homme d’affaires indépendant de Ramallah, capitale de facto des Palestiniens.

Hulileh a été placé en détention peu après avoir déclaré avoir reçu une offre de la Maison Blanche pour devenir « gouverneur de Gaza » au lendemain de la guerre entre Israël et le Hamas. Les dirigeants de l’AP n’appréciaient guère l’idée qu’une personnalité palestinienne indépendante ait discuté de l’avenir de la bande de Gaza avec les Américains dans son dos.

Un tribunal de l’AP a ordonné le maintien en détention de Hulileh pendant 15 jours, soupçonné d’« incitation à des conflits intercommunautaires » – une expression étrange, car les Palestiniens n’ont pas de confessions distinctes. L’arrestation de l’homme d’affaires visait clairement à dissuader les Palestiniens de contester le régime autoritaire d’Abbas.

Macron et les autres dirigeants occidentaux, s’ils croient que l’Autorité palestinienne évoluera positivement, du moins dans un avenir proche, vivent dans l’illusion.

Il est totalement irréaliste d’espérer qu’Abbas, qui fêtera bientôt ses 90 ans, apporte des changements à son régime. Même si un État palestinien est créé, il sera dirigé soit par le Fatah, faction corrompue d’Abbas, soit par le Hamas.

Jusqu’à présent, aucun tiers parti n’est prêt ni en mesure de défier le Fatah ou le Hamas. Contrairement à des idéalistes et des politiciens comme Macron, le Britannique Keir Starmer, le Canadien Mark Carney et l’Australien Anthony Albanese, qui sont visiblement terrifiés par leurs électeurs musulmans, les Palestiniens, eux, sont réalistes. Ils savent pertinemment que leurs dirigeants continueront de leur apporter angoisse et misère.

Bassam Tawil est un Arabe musulman basé au Moyen-Orient. Son travail est rendu possible grâce aux généreux dons de deux donateurs qui ont souhaité garder l’anonymat. Gatestone lui en est profondément reconnaissant.


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