En 1908 — 40 ans avant la naissance de l’État moderne d’Israël et 9 ans avant la Déclaration Balfour — des Juifs à Jaffa ont été attaqués simplement pour exister.
C’était la veille de Pourim, sous la pleine domination ottomane turque musulmane. Plusieurs jeunes Juifs ont été battus par des Arabes. Quand ils ont trouvé refuge à l’Hôtel Baruch, la police est arrivée… et s’est ensuite jointe à la foule.
Ils sont entrés dans l’hôtel, ont tiré au hasard, ont frappé les occupants avec des bâtons, ont fracassé les lampes, ont versé du kérosène sur les planchers, et ont essayé de brûler le bâtiment avec les Juifs à l’intérieur.
Treize Juifs ont été blessés.
Cela a été rapporté à l’époque dans le Jewish Herald (12 juin 1908).
- Pas d’« occupation. »
- Pas de « colonies. »
- Pas d’« entité sioniste. »
Simplement des Juifs vivant pacifiquement sur leur terre ancestrale sous la domination ottomane — et pourtant traqués.
Ce n’était pas une résistance à un État juif qui n’existait pas encore. C’était de la haine envers les Juifs.
Et cette vérité n’a jamais changé.
Les détails des émeutes de Jaffa, déjà relatés par la presse, nous sont parvenus :
Le 16 mars, veille de Pourim, plusieurs jeunes Juifs furent agressés par des Arabes. Une rixe générale s’ensuivit, durant laquelle les Juifs se réfugièrent à l’hôtel Baruch, situé à proximité. L’hôtel fut rapidement encerclé par la police, mais comme celle-ci n’avait pas le droit de pénétrer dans une habitation appartenant à un sujet russe sans l’autorisation du consul russe, l’arrivée du dragon russe fut attendue avec impatience.
Cinq Juifs, clients de l’hôtel, furent alors arrêtés. Cependant, rien ne prouvait leur implication dans la rixe, aucune arme n’ayant été trouvée sur eux. Un autre hôtel russo-juif du quartier, le Spector, fut également placé sous surveillance, car on supposait que certains des émeutiers s’y étaient réfugiés.
Le commissaire de police, Mohammed Effendi, pénétra dans cet hôtel, mais aucune arrestation n’eut lieu. Immédiatement après, un coup de feu retentit, provenant de la direction de l’hôtel. Un gendarme, David Effendi, fut aperçu entrant par une porte arrière, un revolver à la main, suivi de plusieurs policiers. Cinq Arabes, armés de revolvers et de bâtons, les accompagnaient. Ils tirèrent au hasard, frappèrent avec leurs bâtons, brisèrent toutes les lampes et semèrent un véritable chaos dans l’hôtel. Finalement, ils répandirent du kérosène sur les sols et tentèrent d’y mettre le feu.
Treize Juifs furent plus ou moins grièvement blessés et sont actuellement hospitalisés à l’hôpital juif.
Un derviche marocain, nommé Fassir, joua un rôle des plus méprisants dans toute cette affaire, en dénonçant au commissaire de police tous les Juifs qu’il connaissait. Certes, ses accusations ne furent pas toujours prises au sérieux, mais il semble qu’il n’ait pas été le moins coupable dans cette affaire.
Il ne fait aucun doute que le commissaire de district de Jaffa, Asaf Bey, est le principal responsable de ces tristes événements. Ces derniers temps, il s’était montré peu bienveillant envers les Juifs.
L’attitude du consul russe reste également inexpliquée. On raconte qu’il aurait fait occuper l’entrée arrière de l’hôtel Spector par les gendarmes, affirmant que les coups de feu entendus dans le quartier provenaient de Juifs tirés depuis l’intérieur de l’hôtel.
La population, y compris les Arabes, est parfaitement calme, et l’opinion générale est que seul le commissaire de district pouvait inciter les Arabes à attaquer les Juifs. Nul doute que le gouvernement de Constantinople prendra des mesures pour empêcher que de tels débordements, très rares en Turquie, ne se reproduisent.
Outre les deux hôtels russo-juifs, deux autres maisons ont été attaquées, dont l’une appartient à un sujet français nommé Buscella. Parmi les blessés figure un Juif américain.L’association d’entraide des Juifs allemands a été informée que le ministre de Jaffa a été démis de ses fonctions et rappelé à Constantinople. Ceci prouve, sans l’ombre d’un doute, qu’il était le principal instigateur de ce malheureux événement, et également que le sultan de Turquie est soucieux de la sécurité et du bien-être des Juifs résidant sur son territoire.
Le 7 octobre 2023, un pogrom a eu lieu en Israël pour la première fois depuis la création de l’État juif.
Selon l’AFP, le massacre antisémite perpétré par l’organisation terroriste Hamas a fait 1.160 victimes, en majorité des civils, des hommes, des femmes, des vieillards, des enfants, tous morts dans des conditions atroces, souvent après avoir été violés, torturés. Les terroristes ont pris en otages quelque 250 personnes, certaines ont été libérées, en échange de prisonniers, d’autres personnes sont mortes durant leur captivité sans que l’on puisse en connaître le nombre au moment de publier cette étude.
Cet acte d’une violence inouïe n’a pas suscité les élans de solidarité que l’on pouvait attendre, notamment eu égard à l’histoire, soixante-dix-neuf ans après le premier procès de Nuremberg. Au contraire, on a vu rapidement surgir un argument plus ou moins assumé établissant un lien de cause à effet entre la politique israélienne dans les territoires palestiniens et la violence du 7 octobre 2023.
Or, un retour par l’histoire sur les relations entre les communautés juives et arabes de Palestine montre que dans le siècle précédant la création de l’État d’Israël, la Palestine a été le théâtre de nombreux pogroms d’une violence comparable à celle du 7 octobre.
Entre 1830 et 1948, la répétition de ces massacres visait à contraindre les Juifs de Palestine de quitter cette terre, à dissuader ceux qui avaient été persécutés en Europe de venir s’y réfugier et finalement à empêcher par les moyens les plus violents la création d’un « Foyer national juif ».
L’étude de Georges Bensoussan rappelle qu’un antisémitisme meurtrier s’est abattu sur les Juifs de Palestine bien avant la création d’un État juif. On ne peut comprendre le pogrom du 7 octobre 2023 si on ne le situe pas dans cette histoire d’une violence antijuive sans limite en Palestine. Cette réalité doit être prise en compte par les tenants d’une « solution à deux États ».

« La fameuse vie idyllique des Juifs dans les pays arabes, c’est un mythe ! La vérité, puisqu’on m’oblige à y revenir, est que nous étions d’abord une minorité dans un milieu hostile. […] Jamais, je dis bien jamais […], les Juifs n’ont vécu en pays arabes autrement que comme des gens diminués. […] Les masses musulmanes, poursuivait-il, ont été parmi les plus pauvres de la planète. Et les nôtres ? Qui a pu visiter l’un de nos ghettos sans effroi ? Pourquoi n’aurions-nous pas, nous aussi, une ardoise à présenter au monde ? Les Arabes furent colonisés ; c’est vrai. Mais nous, donc ! Qu’avons-nous été, pendant des siècles, sinon dominés, humiliés, menacés et périodiquement massacrés ? Et par qui ? N’est-il pas temps que l’on nous entende là-dessus : par les Arabes musulmans !1 ».
- Albert Memmi
Au XIXe siècle, sous l’Empire ottoman, les Juifs de Palestine résident principalement à Jérusalem, Safed et Tibériade. Haïfa et Saint-Jean-d’Acre comptent de plus petites communautés.
À Jérusalem, comme souvent dans l’espace arabo-musulman, la condition juive est marquée par un climat d’humiliation et de crainte diffuse dont témoigne au XIXe siècle le voyageur juif Abraham Yaari dans son livre Voyages en Eretz Israel :
« Les Arabes sont violemment hostiles aux Juifs, et persécutent les enfants d’Israël dans les rues de la ville. Si un notable ou même des gens de basse classe portent la main sur des Juifs, nous n’avons pas le droit de porter en réponse la main sur eux, que ce soit des Arabes ou des Turcs, car ils sont de même religion. Si un Juif est frappé, il doit prendre une attitude de suppliant et ne pas riposter par des paroles méchantes, de peur de recevoir encore plus de coups, car, à leurs yeux, nous sommes des gens de rien.
Les séfarades se comportent comme cela parce qu’ils en ont déjà l’habitude. Mais les ashkénazes ne sont pas encore habitués à être frappés par les Arabes, et ils répondent par des injures s’ils peuvent parler leur langue. Sinon, ils gesticulent en colère, et alors ils reçoivent encore plus de coups. […] C’est la même chose pour les incirconcis (c’est-à-dire les chrétiens) qui sont en exil [sic] comme les Juifs, sauf que les incirconcis ont beaucoup d’argent, car ils en reçoivent des royaumes d’Europe, et avec cet argent ils peuvent soudoyer les Turcs. Les Juifs n’ont pas assez d’argent pour faire de même, ils sont donc encore un peu plus « en exil » ».












