Secrets révélés

La véritable histoire de la décennie fondatrice de l’Ordre du Temple

L'ellipse de neuf ans chez les Templiers : que s'est-il réellement passé entre 1119 et 1129 ? Et pourquoi la vérité dépasse la légende.

Neuf chevaliers. Neuf ans. Une lacune dans les récits historiques que la plupart des sources populaires ignorent ou comblent par des histoires de trésors. La véritable histoire de la décennie fondatrice de l’Ordre du Temple, de 1119 à 1129, est sans conteste l’une des plus étranges de l’Europe médiévale, et nul besoin d’inventer des fouilles archéologiques pour mériter cette appellation.

Il s’agit en réalité d’une histoire de pauvreté, de patience, d’un moine qui a failli ruiner sa réputation en se portant garant d’hommes dont personne ne se fiait, et de l’un des documents les plus importants jamais émis par l’Église catholique.

Cet article relate cette histoire avec exactitude, aborde de manière directe et impartiale la légende populaire des « fouilles du Mont du Temple », et explique ce que les historiens et les archéologues affirment réellement sur ce qui s’est passé sous la colline la plus disputée de Jérusalem.


Neuf chevaliers et une ville qui ne les voulait pas

En 1119, un chevalier français nommé Hugues de Payens, accompagné d’un petit cercle de neuf compagnons, présenta au roi Baudouin II de Jérusalem une proposition singulière. Les routes menant à la ville sainte étaient dangereuses. Après le succès de la Première Croisade, vingt ans plus tôt, des milliers de pèlerins affluaient, victimes de vols, d’enlèvements et de meurtres sur les routes reliant la côte aux sanctuaires pour lesquels ils avaient traversé un continent. Hugues et ses compagnons souhaitaient fonder un ordre permanent de moines-guerriers, des hommes qui prononceraient des vœux religieux comme les frères de tout monastère, mais qui porteraient l’épée au lieu de manuscrits enluminés, et dont le cloître serait la route elle-même.

Il s’agit d’un fait historique avéré, consigné dans la chronique de Guillaume de Tyr, le plus important historien contemporain du royaume latin, qui écrivit plusieurs décennies plus tard, mais s’appuyant sur la mémoire institutionnelle et des sources antérieures encore accessibles à son époque. Baudouin II donna son accord. Il offrit au jeune ordre un logement dans son propre palais, un édifice construit à l’extrémité sud de l’esplanade du Mont du Temple, sur le site de la mosquée Al-Aqsa, dont il intégrait des parties.

Les chrétiens du Moyen Âge croyant que ce lieu avait jadis abrité le Temple de Salomon, l’ordre tira son nom de cet emplacement : les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. En abrégé, les Templiers .

Et puis, pendant une décennie, il ne s’est pratiquement rien passé. Ce n’est pas une lacune dans les archives historiques. C’est l’histoire elle-même.


À quoi ressemblait réellement le fait qu’« il ne se soit rien passé » ?

Il est important de préciser ce que les sources authentiques décrivent réellement durant ces neuf années, car affirmer que « rien ne s’est passé » minimise une période véritablement difficile, peu glorieuse et révélatrice. L’ordre n’avait ni règle formelle, ni reconnaissance papale, ni revenus stables et, selon plusieurs témoignages médiévaux, si peu d’argent à ses débuts que son sceau représentait deux chevaliers chevauchant un même cheval, un symbole réel et délibéré de la pauvreté fondatrice de l’ordre, que les Templiers continuèrent d’utiliser même après avoir atteint une richesse considérable, apparemment comme un motif de fierté institutionnelle.

L’effectif de l’ordre augmenta à un rythme extrêmement lent. Les historiens qui étudient les plus anciens documents conservés n’en dénombrent qu’une trentaine à la fin de la première décennie, une infime fraction des milliers que l’ordre allait compter par la suite.

Sans la reconnaissance officielle de l’Église, les Templiers vivaient dans une zone grise juridique et spirituelle : ni tout à fait moines, ni tout à fait chevaliers, ne répondant à aucune autorité clairement définie, entièrement dépendants de la bienveillance personnelle de Baudouin II et de la charité que les pèlerins et la noblesse locale daignaient leur offrir. Les sources médiévales authentiques décrivent l’ordre survivant durant cette période grâce aux aumônes et aux dons de matériel, loin de l’image d’une institution regorgeant de trésors nouvellement découverts.

Durant ces années de calme, l’ordre disposait d’un quartier général doté d’un espace souterrain extraordinaire.

L’extrémité sud du Mont du Temple repose sur un véritable labyrinthe de voûtes, d’immenses salles souterraines que l’on appelle aujourd’hui les Écuries de Salomon. Ces édifices datent de l’agrandissement de la plateforme par Hérode au Ier siècle, et non du Temple originel de Salomon, bien plus ancien et beaucoup plus petit. Ces voûtes étaient réelles, d’une taille colossale, capables d’abriter des centaines de chevaux. Les Templiers, ordre de cavaliers, semblent avoir utilisé au moins une partie de cet espace à cette fin précise : une logistique militaire concrète et pragmatique, et non pour des projets d’exploration documentés.

La légende, racontée fidèlement

C’est à ce moment précis que la version populaire de cette histoire prend généralement un tournant inattendu, et il est essentiel de la présenter honnêtement plutôt que de la balayer d’un revers de main.

Selon cette théorie, durant ces neuf années de calme, les Templiers ne se contentaient pas d’abriter des chevaux dans les caveaux hérodiens. Ils creusaient.

Sous le Mont du Temple, toujours selon cette théorie, se trouvait quelque chose que les Templiers étaient venus chercher précisément, soit grâce à des connaissances transmises par des voies obscures, soit grâce au Rouleau de Cuivre (un authentique manuscrit de la mer Morte découvert en 1952 qui décrit effectivement, en termes cryptiques, l’emplacement de trésors enfouis du Temple), soit encore grâce à une autre source d’information privilégiée non spécifiée.

Une fois cette découverte faite, selon cette version, les Templiers l’utilisèrent comme moyen de pression : capital financier, moyen de chantage contre l’Église, ou les deux, expliquant ainsi comment neuf chevaliers désargentés devinrent, en l’espace d’une génération, l’institution la plus riche et la plus puissante de la chrétienté.

Cette théorie jouit d’une réelle influence culturelle, et il est important d’en comprendre les raisons.

Elle a été popularisée notamment par l’ouvrage * La Clé d’Hiram* , paru en 1996 et écrit par Christopher Knight et Robert Lomas, et reprise sous diverses formes dans des ouvrages antérieurs, dont * L’Énigme sacrée*, publié en 1982.

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Les auteurs envisagent l’existence de deux Jésus-Christ : l’un  » roi des Juifs « , l’autre, son frère Jacques, qualifié de  » fils de Dieu . Selon eux, la naissance de l’Eglise chrétienne n’a rien à voir avec Jésus et serait une pure invention d’un étranger appelé Saül et, plus tard, Paul. Les déformations des premiers Chrétiens seraient ainsi à l’origine de plus de deux mille ans d’antisémitisme. De l’Egypte ancienne à nos jours, les recherches des auteurs aboutissent à une découverte archéologique fondamentale puisqu’ils pensent avoir localisé le trésor du Temple de Salomon et des évangiles secrets qui pourraient établir une fois pour toutes les mensonges sur lesquels repose notre civilisation. Un récit fascinant qui nous plonge au coeur d’une très ancienne philosophie codée livrant un message au monde d’aujourd’hui.

Ces deux livres établissent un lien entre les Templiers et la mythologie fondatrice de la franc-maçonnerie ; tous deux ont connu un succès commercial important et ont façonné pendant des décennies l’imaginaire populaire concernant cet ordre. Les auteurs de ces ouvrages ne sont ni des historiens médiévistes reconnus, ni des archéologues professionnels, et les affirmations centrales des deux livres concernant des fouilles sur le Mont du Temple et la découverte d’un trésor n’ont pas été acceptées par la communauté scientifique qui étudie les Templiers, les ordres militaires médiévaux et la Jérusalem de l’époque des Croisades.

Ce que les véritables fouilles ont réellement révélé

C’est là que l’histoire devient vraiment intéressante, car de véritables fouilles archéologiques ont finalement été menées sous le Mont du Temple, et le récit précis de ce qui s’est passé mérite d’être connu en détail plutôt que d’être ignoré ou exagéré.

En 1867, Charles Warren, officier du génie royal britannique travaillant pour le compte du tout nouveau Fonds d’exploration de la Palestine, arriva à Jérusalem pour mener la première étude archéologique moderne et systématique de la ville. Les autorités ottomanes interdisaient formellement toute fouille à l’intérieur même de l’esplanade des Mosquées. L’équipe de Warren travailla donc de l’extérieur vers l’intérieur, creusant d’étroits puits verticaux, parfois renforcés seulement par des charpentes de bois improvisées, le long des imposants murs de soutènement du Mont du Temple, et creusant des tunnels latéraux partout où cela était possible en toute sécurité. C’était un travail dangereux et claustrophobique. Warren nota que les ouvriers locaux refusaient parfois d’entrer dans les puits, par crainte d’un effondrement. Warren lui-même était immobilisé pendant des jours entiers par la fièvre.

Pendant plus de trois ans, l’équipe de Warren a cartographié un monde souterrain étonnant : plus de trente citernes creusées dans la roche sous la plateforme, d’anciens canaux d’irrigation, le puits qui porte aujourd’hui le nom de Warren, et, s’étendant sous la partie sud-est du Mont, de véritables tunnels et passages, certains d’époque hérodienne, d’autres clairement médiévaux, ajoutés ou modifiés des siècles après la construction initiale. Ce travail rigoureux, documenté et fondamental dans l’histoire de l’archéologie biblique est encore cité aujourd’hui par les chercheurs, notamment dans l’ouvrage de Warren lui-même, « Underground Jerusalem » (1876 ), et dans les volumes officiels de l’étude du Palestine Exploration Fund de 1884.

Au cours de ces travaux, Charles Wilson, collègue de Warren et lui aussi officier du génie royal, découvrit dans un tunnel sous le Mont du Temple un petit ensemble d’objets : une poignée d’épée, une paire d’éperons, une pointe de lance et une croix de plomb. Ces artefacts ont été décrits par des historiens ultérieurs, dont l’historien médiéviste reconnu Gordon Napier, comme étant « d’origine templière possible », des objets dont le style correspond à l’équipement d’un chevalier du XIIe siècle.

Il s’agit d’une découverte authentique et véritablement évocatrice, qui mérite d’être rapportée pour ce qu’elle est, ni plus ni moins. Ce n’est pas un trésor. Ce n’est ni un parchemin, ni une relique, ni un document. C’est une poignée d’épée, une paire d’éperons, une pointe de lance et une croix, le genre d’équipement personnel ordinaire qu’un chevalier aurait pu perdre, jeter ou oublier en gardant des chevaux dans une crypte souterraine pendant une décennie. L’expression « d’origine templière possible » est elle-même prudente et provisoire, les historiens sérieux accordant une réelle incertitude à une attribution fondée sur une ressemblance stylistique plutôt que sur une preuve écrite confirmée. Aucune inscription n’identifie ces objets comme ayant appartenu aux Templiers. Aucun autre objet, coffre, cache ou trésor ne les accompagne. Leur présence est compatible avec le fait que les Templiers aient séjourné dans ce lieu, ce que personne ne conteste, et non avec le fait qu’ils y aient fait une découverte.

Pourquoi les historiens professionnels n’acceptent pas la théorie du trésor

Il est important d’être clair sur le fossé qui existe entre la légende populaire et les faits avérés, car ce fossé est total et non partiel. Aucune chronique médiévale, aucun document de l’époque des Croisades, aucune correspondance papale, aucune mention dans le Règlement des Templiers lui-même, et aucun artefact, hormis les quatre éléments mentionnés précédemment, n’a jamais permis de relier la décennie de fondation de l’ordre à une quelconque fouille, découverte ou mise au jour d’un trésor. Le Rouleau de Cuivre, authentique et fascinant en soi, a été découvert en 1952 dans une grotte près de Qumran, à environ une journée de marche de Jérusalem. Scellé à l’intérieur d’une grotte ne portant aucune trace de perturbation médiévale, et encore moins d’une visite documentée de chevaliers français du XIIe siècle, il n’existe aucune chaîne de transmission crédible reliant son contenu à Hugues de Payens et ses compagnons en 1119, soit 850 ans après la date probable de sa dissimulation.

Cette absence de preuves est importante car la théorie du trésor n’est pas seulement non confirmée, elle est tout simplement superflue. De véritables historiens, reconnus et qualifiés, qui étudient l’ascension financière des Templiers, disposent d’une explication bien plus solide, fondée sur des documents, des bulles papales et des actes de propriété, plutôt que sur des spéculations concernant des parchemins enfouis. Et cette véritable explication est, à bien des égards, plus captivante que la théorie inventée.

Bernard de Clairvaux joue sa réputation

Le véritable tournant dans le destin des Templiers a un nom, une date et une décision humaine précise et consignée dans les archives : Bernard de Clairvaux, l’ecclésiastique le plus influent de la chrétienté occidentale, choisit de miser publiquement et à plusieurs reprises sa propre réputation considérable sur un ordre obscur et non prouvé de moines-soldats dont personne en dehors de la Terre sainte n’avait jamais entendu parler.

Bernard entretenait un lien personnel et réel avec l’ordre. Son oncle, André de Montbard, aurait figuré parmi les premiers compagnons d’Hugues de Payens, et Bernard, déjà dans les années 1120 l’une des voix religieuses les plus influentes d’Europe, véritable fondateur du mouvement cistercien réformateur et conseiller de papes et de rois, s’engagea pleinement en faveur des Templiers. Il milita activement pour la reconnaissance officielle de l’ordre et participa personnellement à la rédaction de ce qui allait devenir la Règle du Temple. Lorsque cette reconnaissance fut enfin accordée au concile de Troyes en janvier 1129, convoqué précisément pour régler le statut incertain de l’ordre, l’influence de Bernard fut, de l’avis de tous les contemporains, déterminante.

Le concile accorda aux Templiers une Règle latine officielle, longue de soixante-douze articles, régissant tout, des horaires de prière aux vêtements autorisés en passant par la conduite sur le champ de bataille. C’était une véritable reconnaissance officielle de légitimité ecclésiastique, ce qui avait manqué à l’ordre pendant neuf ans. Et Bernard ne s’arrêta pas là. Vers 1130, il écrivit et diffusa De Laude Novae Militiae , « Éloge de la Nouvelle Chevalerie », un véritable traité, largement lu, présentant explicitement les Templiers à la noblesse européenne comme une chose véritablement sans précédent : une « nouvelle forme de chevalerie », fusionnant la discipline du cloître et l’épée, menant ce que Bernard appelait une double guerre, contre des ennemis de chair et de sang et contre les forces spirituelles du mal simultanément.

Pour une aristocratie européenne élevée dans la ferveur des croisades et empreinte d’une culpabilité héritée pour des vies passées dans des guerres ordinaires et considérées comme pécheresses, c’était un argument extraordinairement convaincant, une façon d’être à la fois guerrier et saint.

Les documents qui expliquent réellement la richesse

La reconnaissance du concile en 1129 fut réelle et significative. Mais le texte qui transforma véritablement les finances des Templiers parut une décennie plus tard, le 29 mars 1139, lorsque le pape Innocent II publia la bulle papale Omne Datum Optimum , « Tout don parfait », adressée directement au grand maître de l’ordre.

Ce document authentique, qui nous est parvenu, mérite une lecture attentive, car ses clauses expliquent l’ascension des Templiers bien plus directement que n’importe quelle fouille archéologique. La bulle plaçait l’ordre et tous ses biens sous la protection papale directe, ce qui signifiait qu’aucun évêque, comte ou roi local ne pouvait intervenir dans les affaires ou les activités des Templiers sans avoir de comptes à rendre à Rome. Elle exemptait les Templiers du paiement de la dîme, un privilège extraordinaire à l’époque, accordé auparavant à un seul autre ordre, les Cisterciens de Bernard. Elle autorisait les Templiers à conserver tout le butin pris lors des batailles contre les forces non chrétiennes, sans l’obligation habituelle de le partager avec les autorités locales ou la hiérarchie ecclésiastique. Enfin, elle autorisait l’ordre à construire ses propres églises et à entretenir ses propres prêtres, le libérant ainsi de toute dépendance vis-à-vis du clergé local.

Deux autres bulles papales suivirent dans les six ans qui suivirent : la Milites Templi du pape Célestin II en 1144 et la Militia Dei du pape Eugène III en 1145. Chacune accordait des privilèges supplémentaires, notamment le droit de percevoir un impôt annuel sur les églises et les propriétés liées aux Templiers. Ensemble, ces trois bulles papales accomplirent ce qu’aucun trésor enfoui n’aurait pu réaliser à lui seul : elles rendirent les Templiers juridiquement, financièrement et spirituellement indépendants de toute autorité laïque en Europe, à l’exception du pape.

Les historiens qui étudient les registres fonciers médiévaux en ont directement constaté les conséquences. Libéré de toute juridiction et imposition locales, et promu à travers l’Europe grâce aux écrits de Bernard et à la réputation croissante des Templiers en matière de croisade, l’ordre commença à attirer une vague extraordinaire de dons de terres réels et enregistrés, provenant de la petite noblesse française qui ne pouvait prétendre au titre de comte mais possédait de véritables châteaux et des vassaux, des souverains couronnés d’Aragon et du Portugal confrontés à leurs propres guerres réelles et continues contre les territoires musulmans voisins, et finalement de donateurs venus d’aussi loin que l’Angleterre, l’Allemagne et la Dalmatie.

À la fin du XIIIe siècle, les registres fonciers indiquent que l’ordre contrôlait environ 870 châteaux, commanderies et maisons subsidiaires répartis dans toute la chrétienté latine, une expansion presque inimaginable à partir de neuf chevaliers et d’un coin emprunté d’un palais royal, réalisée non pas grâce à une découverte unique et spectaculaire, mais grâce à une véritable stratégie institutionnelle délibérée, étalée sur plusieurs décennies : garantir d’abord l’indépendance juridique, puis laisser les privilèges établis et un marketing efficace faire le reste.

Le système bancaire que personne n’avait besoin d’un trésor pour construire

La dernière pièce du puzzle, et non des moindres, est la plus remarquable et ne nécessitait aucun or caché : les Templiers ont bâti l’un des premiers réseaux financiers internationaux fonctionnels de l’Europe médiévale, essentiellement par hasard, en raison de leurs propres besoins opérationnels.

Un pèlerin voyageant, par exemple, d’Angleterre à Jérusalem, se trouvait confronté à un problème bien réel : transporter suffisamment d’argent pour un voyage de plusieurs mois faisait de lui une cible facile pour les voleurs à chaque étape du parcours. Les Templiers, dont les maisons fortifiées étaient disséminées à travers l’Europe et le Levant précisément en raison de l’expansion de leurs terres, commencèrent à proposer une véritable solution. Un pèlerin pouvait déposer de l’argent dans une maison templière à Londres, recevoir une lettre de crédit scellée attestant du dépôt, et présenter cette lettre dans une maison templière à Jérusalem pour retirer la somme équivalente, moins des frais de transaction réels qui fonctionnaient, en réalité, comme un revenu d’intérêts pour l’ordre, soigneusement structurés pour contourner les interdictions de l’Église concernant l’usure.

Ce système, réel et abondamment documenté dans les archives financières templières qui nous sont parvenues, était véritablement en avance sur son temps, précurseur fonctionnel des instruments bancaires internationaux modernes, des siècles avant que les banques européennes officielles ne développent des systèmes comparables.

L’ordre n’avait pas besoin de trésors enfouis pour financer ce réseau. Ce dernier, combiné à son immense patrimoine foncier exempté d’impôts, générait des revenus réels et continus, suffisamment substantiels pour que, dès le XIIIe siècle, des rois, dont Philippe IV de France, empruntent directement auprès des Templiers pour financer leurs gouvernements. Cette dépendance financière réelle est considérée par les historiens, qui étudient la répression brutale de l’ordre par Philippe en 1307, comme l’un des motifs réels de son action : un roi effaçant ainsi son propre créancier.

Pourquoi la véritable histoire est la meilleure

Il convient de conclure en rappelant ce que les faits avérés apportent, contrairement à la légende du trésor. La véritable histoire met en scène des personnages nommés prenant des décisions cruciales, aux conséquences que les historiens peuvent retracer : Bernard de Clairvaux choisissant de consacrer son autorité morale considérable à un ordre de soldats sans expérience, un choix qui aurait facilement pu se révéler fatal et nuire à sa réputation ; un pape romain rédigeant un texte juridique d’une précision extraordinaire, anticipant et empêchant précisément les ingérences locales qui avaient étouffé d’autres entreprises religieuses ; neuf chevaliers transformant un problème bien réel – la mort de pèlerins sur des routes périlleuses – en une institution qui, plus tard, prêterait de l’argent aux rois.

Rien de tout cela n’exigeait de fouilles secrètes, et considérer l’explication réelle, richement documentée, comme moins satisfaisante qu’une explication non vérifiée revient à déformer la réalité.

Les neuf années entre 1119 et 1129 ne servaient pas de couverture à des fouilles clandestines. Il s’agissait de neuf années durant lesquelles un ordre appauvri et incertain s’efforçait de bâtir la réputation et les relations qui allaient permettre à un simple document, une bulle papale dont les premières phrases citaient l’Épître de Jacques : « Tout don excellent et tout présent parfait descendent d’en haut », de le transformer à jamais.

Les véritables caveaux du Mont du Temple où les Templiers abritaient leurs chevaux existent toujours, toujours appelés les Écuries de Salomon par les visiteurs, et demeurent de véritables prouesses d’ingénierie hérodienne. Ce qui fut découvert en dessous, d’après les archives historiques et archéologiques, fut une poignée d’épée, une paire d’éperons, une pointe de lance et une croix. Ce qui a été découvert à Rome et à Troyes, sous forme d’encre sur parchemin, a changé le cours de l’histoire médiévale européenne bien plus profondément que n’importe quelle légende n’a pu le faire.


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