Dans la paracha hebdomadaire « Bo », nous lisons le récit de la dixième plaie dont Dieu frappa les Égyptiens. Il s’agit de la mort de tous les premiers-nés d’Égypte, qui ravage le pays et n’épargne même pas le palais du Pharaon.
Lorsque tous les premiers-nés furent tués à minuit, le Pharaon, enfin saisi par la raison, autorisa les Israélites à quitter l’Égypte.
« Et il arriva à minuit que l’Éternel frappa tous les premiers-nés du pays d’Égypte, depuis le fils premier-né de Pharaon qui siégeait sur son trône jusqu’au fils premier-né du prisonnier qui était dans la prison, et tous les premiers-nés du bétail. »
« Alors Pharaon se leva pendant la nuit, lui, tous ses serviteurs et tous les Égyptiens. Il y eut un grand cri en Égypte, car il n’y avait pas une maison où il n’y eût un mort. Il appela Moïse et Aaron pendant la nuit et leur dit : « Levez-vous, sortez du milieu de mon peuple, vous et les enfants d’Israël. Allez servir l’Éternel, comme vous l’avez dit ! Prenez vos troupeaux et votre bétail, comme vous l’avez dit, et partez ; et bénissez-moi aussi ! » (Exode 12:29-32)
La parasha de la semaine est la portion hebdomadaire de la Torah lue publiquement par les Juifs lors de chaque sabbath, de façon à lire toute la Torah entre la fête de Sim’hat Torah d’une année et celle de l’année suivante. Cette semaine c’est la paracha « BO ».
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Le président argentin Javier Milei au Forum économique mondial de Davos utilise la portion de la Torah de cette semaine pour avertir l'Occident de son déclin rapide. pic.twitter.com/n1FKYcEnbi— Beau Gosse Prétentieux_Backup (@BoGossPrebackup) January 23, 2026
Selon la tradition juive, Pharaon était lui-même un aîné et aurait dû mourir cette nuit-là.
Cependant, Dieu, voulant faire de lui un exemple, lui épargna la vie. Pharaon l’ignorait, et la tradition juive raconte qu’il parcourut l’Égypte en courant, paniqué, au milieu de la nuit, à la recherche de Moïse pour le sauver.
De là est née une autre tradition juive : la chanson enfantine « Paro b’Pyjama b’Emza haLaila ! » – en français : « Le Pharaon en pyjama au milieu de la nuit ». Cette chanson est chantée non seulement dans les écoles maternelles juives, mais elle a même intégré la culture populaire moderne, comme on peut le voir dans la vidéo suivante :
En gardant toujours à l’esprit que vous êtes enfant de Dieu, vous ne perdez jamais le contact avec la joie de votre enfance.
« Pharaon en pyjama » revisite avec enthousiasme la comptine du Retour d’Égypte. C’est un véritable retour en enfance, avec une interprétation captivante de l’inimitable groupe Shlepping Nachas. Chantez, tapez du pied, replongez en enfance et profitez simplement. Se souvenir que vous êtes enfant de Dieu est le miracle quotidien par excellence. Et cela nous conduira à la rédemption, dans l’obscurité de la nuit de l’exil.
Pour les enfants juifs qui chantent cette chanson, elle atténue la terreur que suscite ce personnage maléfique de l’histoire juive, l’un des premiers ennemis des Juifs.
Jusque-là, Pharaon avait été un dictateur impitoyable qui avait condamné les Israélites à d’horribles travaux forcés, noyé des enfants dans le Nil et, malgré toutes les plaies précédentes, refusé de libérer son peuple.
Au final, il n’était qu’une figure comique de plus dans l’histoire, un homme qui se prenait pour un dieu mais qui, finalement, déambulait dans les rues d’Égypte en pyjama.
Tout au long de l’histoire, le même sort a frappé nombre de dirigeants qui croyaient pouvoir anéantir ou briser le peuple juif. Dans la mémoire juive, ils demeurent rarement des figures puissantes, mais souvent des personnages tragi-comiques ayant surestimé leur propre importance.
C’est peut-être là l’une des leçons discrètes de cette chanson enfantine : ceux qui se croient tout-puissants finissent souvent non pas en légendes, mais en notes de bas de page – ou en chanson de maternelle.
La paracha Bo nous rappelle le monde magnifique qui peut être bâti en un instant, même après la destruction et le chagrin.
La Torah nous apprend que lorsque les Israélites quittèrent l’Égypte, ils ne furent pas seuls :
«Il y avait aussi une foule mêlée qui monta avec eux. » (Exode 12,38)
Qu’est-ce qu’une foule mêlée ? Les commentateurs affirment qu’il s’agit plus précisément des Égyptiens qui choisirent de se joindre aux Israélites.
Oui, vous avez bien lu. Au moment de la libération, ce ne sont pas seulement les Israélites qui célébraient la naissance d’une nouvelle communauté, d’un monde nouveau. C’étaient aussi bien les Israélites que les Égyptiens et les gens d’autres nations. C’étaient ceux qui avaient officiellement choisi cette tradition par la conversion, et beaucoup d’autres qui, simplement, avaient été touchés par la réalité et se joignaient aux Israélites comme compagnons de route.
Que les Israélites aient accueilli leur ancien ennemi dans leur monde, et que les Égyptiens et d’autres aient fait un acte de foi, n’est qu’un miracle de plus dans une histoire qui en regorge.
Quelques versets plus loin, nous trouvons un passage qui illustre clairement ce message essentiel d’inclusion :
« Il y aura une seule Torah pour l’Israélite et pour l’étranger qui séjourne parmi vous. » (Exode 12,49).
En tant que Juifs, nous devons nous souvenir que nous sommes véritablement les héritiers d’un moment charnière de l’histoire, porteur à la fois de libération et de lien avec autrui.
Nous faisons partie d’un monde interconnecté, où chacun dépend de l’autre. Nous savons au fond de nous, même en cas de désaccord et même lorsque nous l’oublions parfois, que nous sommes tous UN. La paracha Bo nous rappelle la beauté du monde qui peut renaître en un instant, même après la destruction et la souffrance.
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