Lorsque le secrétaire d’État américain Marco Rubio a adressé une réprimande cinglante au Hezbollah, ses paroles ont transpercé les tensions locales à Beyrouth et touché au cœur même de la stratégie régionale iranienne.
En réponse à l’appel irresponsable du chef du Hezbollah, Naïm Qassem, à renverser le gouvernement libanais démocratiquement élu, Rubio a déclaré que l’ère où un groupe terroriste tenait une nation entière en otage touchait à sa fin.
Cette dynamique n’est pas propre au Liban.
Du Levant à la péninsule arabique, un schéma prévisible et dévastateur se dessine. Le Corps des gardiens de la révolution islamique a passé des décennies à cultiver des groupes affiliés, notamment le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen, selon une stratégie opérationnelle unique. Ils instrumentalisent les populations locales, s’emparent de la souveraineté des États et utilisent des civils innocents comme victimes collatérales politiques dans une guerre idéologique implacable contre Israël et les États-Unis.
Le paradigme libanais et le vol historique d’un État
La tragédie du Liban moderne réside dans le fait que son gouvernement légitime et une grande partie de ses citoyens aspirent ardemment à un retour à la normale. Avec un cessez-le-feu en vigueur et des pourparlers directs prévus entre les gouvernements israélien et libanais pour sécuriser les frontières méridionales et rétablir la souveraineté libanaise, la voie du redressement est tracée.
Un Liban souverain et pacifique ouvrirait la voie à une aide internationale massive pour la reconstruction et à une intégration essentielle à l’économie mondiale.
Mais le Hezbollah fait obstacle.
Cette tragique réalité, les historiens l’annoncent depuis des décennies.
Le regretté historien libano-américain Fouad Ajami a notamment décrit comment le Liban, autrefois république multiculturelle et dynamique, s’est transformé en terrain de jeu pour les radicaux étrangers. Ajami affirmait que le Hezbollah avait de fait bâti un État dans l’État, faisant du Sud-Liban un atout stratégique pour l’Iran et reléguant le sort du peuple libanais au second plan.
L’historien israélien Eyal Zisser, spécialiste reconnu de la politique libanaise, a également démontré comment le Hezbollah opère sous une double identité. Bien qu’il se présente comme un parti politique libanais, sa structure de commandement et son allégeance théologique relèvent entièrement du Guide suprême à Téhéran. Zisser souligne que, chaque fois qu’il doit choisir entre la survie économique du Liban et les impératifs géopolitiques de l’Iran, le Hezbollah privilégie systématiquement l’Iran.
L’allégeance du groupe ne va pas au drapeau libanais, mais au mandat théologique du djihad religieux prôné par la République islamique d’Iran.
En ignorant les appels légitimes du gouvernement au respect du cessez-le-feu, en continuant de tirer sur les positions israéliennes et en menaçant de perpétrer un coup d’État interne, le Hezbollah prend délibérément le peuple libanais en otage. Il considère les infrastructures et la population du pays comme une vaste zone tampon.
Pour le Hezbollah, les civils libanais ne sont pas des citoyens à protéger, mais des dommages collatéraux à sacrifier au service de l’influence géopolitique de Téhéran.
La famine parallèle des Houthis comme stratégie
Ce même scénario est reproduit à l’identique par les Houthis au Yémen. À l’instar du Liban, le Yémen est un pays ravagé par le conflit, où la population civile a désespérément besoin de stabilité, de reprise des échanges commerciaux et d’une normalisation économique. Or, sous la direction et grâce à l’armement de l’Iran, les Houthis ont pris le contrôle du pays pour lancer des attaques régionales de drones et de missiles, perturbant ainsi le trafic maritime international en mer Rouge.
Les Houthis ont pris en otage la population yéménite tout entière.
En provoquant des représailles internationales et en bloquant l’aide économique locale, ils instrumentalisent les souffrances des civils yéménites à des fins de propagande. Pour le régime iranien et ses alliés, une population affamée ou bombardée est un atout plutôt qu’un problème, car elle leur offre un moyen de pression sur la communauté internationale et une démonstration de force face à l’Occident et à Israël.
Sacrifier la prospérité pour la guerre éternelle
Les déclarations du secrétaire Rubios révèlent l’incompatibilité fondamentale entre le djihad par procuration et la gouvernance nationale. Les gouvernements légitimes de ces régions reconnaissent les avantages concrets d’une politique étrangère efficace, notamment les accords de paix, le développement économique et la coopération internationale.
À l’inverse, les exécutants de ces réseaux par procuration ne se soucient guère de l’avenir des pays qu’ils occupent. Nombre d’entre eux sont motivés par des doctrines théologiques radicales plutôt que par la loyauté nationale. Ils sont tout à fait prêts à voir Beyrouth ou Sanaa réduites en ruines si cela leur permet de porter un coup dur aux États-Unis ou à Israël.
Rompre le cycle
Pour qu’une véritable stabilité s’installe au Moyen-Orient, la communauté internationale doit adopter le cadre de référence proposé par le secrétaire Rubio. Le conflit n’oppose pas intrinsèquement l’État d’Israël au Liban, ni l’Occident au peuple yéménite.
Le véritable conflit oppose des États souverains légitimes qui aspirent à s’intégrer à l’économie mondiale aux cellules terroristes soutenues par l’Iran qui les prennent en otage.
Tant que ces groupes armés ne seront pas systématiquement déconnectés des populations qu’ils exploitent, des civils innocents continueront de servir de dommages collatéraux involontaires dans les guerres par procuration menées par l’Iran. Instaurer une paix régionale exige de mettre fin à l’ère des boucliers humains afin que les gouvernements puissent enfin gouverner dans l’intérêt de leurs populations.
Rabbi Mordechai ben Avraham
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