Au Bangladesh, il existe des vestiges d’une civilisation datant d’il y a quatre mille ans. La région du Bengale était alors peuplée de Dravidiens, Tibéto-Birmans et Austro-Asiatiques.
L’origine exacte du mot « Bangla » ou « Bengal » est inconnue, quoiqu’on les pense dérivés de « Bang », le nom d’une tribu parlant le dravidien et installée dans la région aux environs de -1000.
L’islam es’st introduit au Bengale beaucoup plus tard, au XIIe siècle.
La montée de l’extrémisme islamiste en Asie du Sud entre dans une phase nouvelle et inquiétante.
Ce qui a commencé comme un mouvement politique se drapant de piété s’est progressivement transformé en une campagne d’effacement culturel et religieux.
Au Bangladesh, la dernière cible de la colère djihadiste est la Société internationale pour la conscience de Krishna (ISKCON), une organisation hindoue mondiale. Les islamistes la qualifient désormais de « groupe extrémiste hindutva », réclament son interdiction, incendient ses temples et commettent des violences contre ses adeptes.
Leur véritable objectif, cependant, est bien plus sombre que la simple interdiction d’une organisation hindoue : il s’agit d’éliminer la population hindoue restante du Bangladesh, pays à majorité musulmane, et de transformer ce dernier en un État théocratique.
Depuis le coup d’État djihadiste de l’année dernière au Bangladesh, les attaques contre les centres ISKCON et les temples hindous du pays se sont fortement intensifiées. Des groupes radicaux tels que Hefazat-e-Islam (HeI) et Intifada Bangladesh sont à la pointe de cette campagne , bénéficiant du soutien affirmé de certains membres du gouvernement. Fait inquiétant, la réponse du gouvernement à une requête en justice demandant l’interdiction d’ISKCON a qualifié le mouvement d’« organisation fondamentaliste religieuse ».
Cette rhétorique, autrefois marginale, trouve désormais sa place dans le discours officiel, signe alarmant de l’ampleur de l’influence islamiste au sein de l’État.
Le cas de Chinmoy Krishna Das, ancien membre d’ISKCON emprisonné pour avoir plaidé en faveur d’un meilleur traitement des minorités religieuses, illustre le climat d’intimidation qui règne. Des groupes radicaux ont pris pour cible à plusieurs reprises les temples d’ISKCON au Bangladesh, vandalisant des idoles et incendiant des salles de prière.
Chaque attaque poursuit le même objectif : terroriser les minorités religieuses et faire taire les voix qui prônent la coexistence.
Récemment, les services de sécurité ont déjoué un complot glaçant qui aurait pu déclencher des violences à l’échelle nationale. Des islamistes ont inventé de toutes pièces l’histoire selon laquelle Mawlana Muhibullah Miyaji, un religieux musulman de 60 ans originaire de Tongi, aurait été enlevé et torturé par des membres d’ISKCON.
Ce récit s’est rapidement propagé sur les réseaux sociaux, incitant à des appels au djihad contre les hindous. Seule une enquête policière menée avec célérité, grâce à l’analyse des vidéos de surveillance et des preuves médico-légales, a permis de démontrer que cette histoire était une pure invention.
Les autorités pensent que le mobile de cet enlèvement mis en scène était d’inciter à des attaques de foules contre les communautés hindoues et les centres ISKCON, plongeant ainsi le pays dans le chaos tout en détournant l’attention de la radicalisation rapide de l’écosystème islamiste du Bangladesh.
Aux yeux du monde extérieur, l’ISKCON ne semble guère représenter une menace. Fondé à New York en 1966 par AC Bhaktivedanta Swami Prabhupada, le mouvement est devenu un réseau spirituel et humanitaire mondial. Avec plus de 500 temples, communautés rurales et centres végétariens à travers le monde, l’ISKCON promeut le végétarisme, le service dévotionnel et la fraternité universelle.
Pourtant, aux yeux des idéologues islamistes, cette action pacifique constitue un défi : l’affirmation d’une vision du monde pluraliste qui contredit leur doctrine absolutiste.
Ce qui rend cette vague actuelle d’agitation anti-hindoue particulièrement alarmante, c’est sa dimension transnationale.
Les services de renseignement à Dacca ont constaté une coordination croissante entre des groupes salafistes bangladais et pakistanais, dont certains entretiennent des liens idéologiques ou logistiques directs avec des organisations autrefois liées à Al-Qaïda et à l’État islamique.
Le retour au Bangladesh du prédicateur islamiste radical Zakir Naik – rendu possible par la décision du régime de Yunus de lever l’interdiction de sa chaîne Peace TV – est perçu comme un signe de complaisance de l’État. Le passé de Naik est bien connu : il a justifié des attentats-suicides, glorifié Oussama ben Laden et inspiré les auteurs de l’attaque de 2016, perpétrée dans le style de celle de l’État islamique, contre la boulangerie Holey Artisan Bakery à Dacca.
Plus inquiétante encore est l’arrivée d’Ibtisam Elahi Zaheer, figure importante du Markazi Jamiat Ahl-e-Hadis pakistanais et proche collaborateur d’Hafiz Saeed, cerveau des attentats terroristes de 2008 à Mumbai, en Inde.
Les discours de Zaheer – exhortant les musulmans à « tuer les apostats » et dénonçant les juifs et les chrétiens comme « ennemis de l’islam » – ont attiré l’attention des autorités britanniques pour incitation à la violence. Sa présence au Bangladesh aujourd’hui soulève des questions urgentes quant à l’identité de ceux qui ont facilité son entrée et aux réseaux qui le soutiennent.
La coordination croissante des mouvements islamistes au-delà des frontières nationales, conjuguée à un gouvernement permissif, menace non seulement la fragile harmonie communautaire du Bangladesh, mais aussi la stabilité régionale. La persécution d’ISKCON ne se limite pas à une simple attaque contre une organisation hindoue ; elle s’inscrit dans une stratégie plus vaste visant à démanteler la laïcité du Bangladesh et à substituer à la tolérance une théologie totalitaire.
Si elle n’est pas enrayée, cette campagne pourrait transformer le Bangladesh en un autre bastion de l’idéologie djihadiste en Asie du Sud.
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