On ne peut lutter contre le terrorisme tout en renforçant des mouvements islamistes réactionnaires qui s’emparent des institutions. On ne peut défendre les accords d’Abraham par la rhétorique tout en sapant leurs fondements dans les faits. Les accords d’Abraham peuvent encore façonner l’avenir du Moyen-Orient, mais seulement si ceux qui ont bénéficié de leurs promesses acceptent le prix de la transparence. L’histoire ne retiendra pas les intentions, mais les choix stratégiques.
Certains commentateurs médiatiques ont rapidement minimisé l’importance de la rencontre, le mois dernier, entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président Donald J. Trump, la présentant comme une initiative motivée par des considérations de politique intérieure, des pressions juridiques ou des impératifs médiatiques. C’est une erreur.
Cette rencontre intervient dans un contexte de profonde fragilité régionale et de convergence des pressions.
- D’un côté se dresse le réseau agressif de groupes armés par procuration de l’Iran, qui s’étend de Gaza au Liban, du Yémen à la mer Rouge.
- De l’autre, un danger plus insidieux, mais non moins corrosif : l’incohérence stratégique d’acteurs qui se présentent comme partenaires des États-Unis tout en entretenant, par leurs actions ou leurs omissions, les écosystèmes où l’extrémisme se régénère.
Cette double pression – agression extérieure et contradiction interne – définit la réalité stratégique à laquelle Washington et ses alliés sont confrontés.
Lors de la rencontre Trump-Netanyahu du 29 décembre, les principaux sujets abordés étaient Gaza, les accords régionaux de la prochaine phase, la dissuasion en général et, plus spécifiquement, la question d’une action future contre les capacités iraniennes.
L’importance de cette rencontre ne réside pas dans la finalisation ou la divulgation publique de tous les détails. Elle réside dans la reconnaissance partagée du fait que l’ancien Moyen-Orient – caractérisé par les groupes interposés, la mainmise idéologique et la manipulation de la légitimité – tente de se réaffirmer, tandis que les fondements d’un nouvel ordre régional peinent à émerger.
Les accords d’Abraham marquent un tournant décisif, passant d’un conflit idéologique à une coopération pragmatique, d’une animosité permanente et d’une guerre par procuration à une intégration régionale et à la responsabilité souveraine. Ces accords sont le fruit d’un effort stratégique soutenu, d’une grande clarté intellectuelle et d’un courage politique exceptionnel.
À cet égard, le sens politique de Jared Kushner et sa volonté de remettre en question les idées reçues qui ont échoué méritent d’être salués. Les accords d’Abraham ont résisté à l’épreuve du temps ces cinq dernières années, malgré les guerres, les chocs régionaux et les transitions politiques, notamment grâce à une conception rigoureuse fondée sur des intérêts communs et à la rigueur de leur mise en œuvre.
Aujourd’hui, les États-Unis, Israël et les signataires des accords d’Abraham sont confrontés à un défi sur deux fronts.
La première est manifeste et bien connue : le Hamas, le Hezbollah, les Houthis et une constellation plus large d’acteurs armés entraînés, financés et politiquement protégés par l’Iran.
La seconde est plus insidieuse. Elle émane d’États qui, tout en tenant le discours de la lutte contre le terrorisme, soutiennent des mouvements liés aux Frères musulmans. Ils dénoncent l’extrémisme tout en renforçant le pouvoir des idéologues au sein d’institutions « légitimes » ; ils vantent la stabilité tout en tolérant, voire en finançant, des réseaux déstabilisateurs sous couvert de la reconnaissance de l’État.
Au Yémen, ces États soutiennent un pouvoir officiel infiltré par des acteurs proches des Frères musulmans. Loin de vaincre l’islam politique, cela l’institutionnalise.
- L’idéologie violente est ainsi diffusée par la bureaucratie.
- La légitimité internationale sert de bouclier à un projet de longue haleine dépourvu de véritable adhésion populaire.
Le résultat est prévisible : les réseaux islamistes s’implantent dans les ministères, les services de sécurité et les systèmes de clientélisme, tout en se présentant sur la scène internationale comme la seule alternative au chaos. Pendant ce temps, la menace extérieure des Houthis persiste et Téhéran conserve son influence, non pas grâce à sa force intrinsèque, mais grâce aux divisions de ses adversaires.
La rencontre Netanyahu-Trump doit être comprise comme soulignant la question stratégique centrale du Moyen-Orient actuel : comment empêcher Téhéran de reconstituer sa capacité à agir par procuration et d’exporter les crises comme stratégie de gouvernement ?
L’Iran lui-même montre des signes d’épuisement interne. Un régime contraint de recourir de plus en plus à la coercition intérieure a une capacité décroissante à maintenir indéfiniment des architectures extérieures complexes. Le Hezbollah, le Hamas et les Houthis ne sont pas des acteurs autonomes ; ils sont des extensions d’un Iran qui leur fournit financement, coordination, filières d’approvisionnement en armes et soutien médiatique. À mesure que la légitimité intérieure de Téhéran s’érode, la crédibilité idéologique dont dépendent ses alliés s’amenuise également.
C’est pourquoi le moment présent constitue une fenêtre stratégique, qui ne restera pas ouverte indéfiniment. Une action coordonnée des pays occidentaux et de la région peut exploiter les tensions internes en Iran pour fragmenter son réseau de supplétifs et rendre sa stratégie asymétrique insoutenable.
Cette coordination doit cependant être opérationnelle, et non rhétorique : application des sanctions pour perturber les approvisionnements, intégration des renseignements pour bloquer les filières d’armement, renforcement des défenses maritimes et aériennes, et clarté diplomatique pour empêcher toute instrumentalisation idéologique.
Pour les États qui soutiennent des groupes islamistes violents, notamment les Frères musulmans, l’ambiguïté doit cesser.
La clarté stratégique n’est pas une vaine posture morale ; c’est une question de survie. On ne peut s’opposer aux Frères musulmans tout en favorisant leur ascension. On ne peut lutter contre le terrorisme tout en renforçant des mouvements islamistes réactionnaires qui s’emparent des institutions. On ne peut défendre les accords d’Abraham par la rhétorique tout en sapant leurs fondements dans les faits.
Les accords d’Abraham peuvent encore façonner l’avenir du Moyen-Orient, mais seulement si ceux qui ont profité de leurs promesses acceptent le prix de la transparence. L’histoire ne retiendra pas les intentions, mais les choix stratégiques.
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