Cas de conscience

La minorité musulmane la plus persécutée au monde

Les Rohingya sont musulmans sunnites. Ils sont victimes de crimes contre l'humanité et de génocide, dans l'indifférence générale.

Qui a dit que le bouddhisme est une religion d’amour et de paix ? Le principe de non-violence (ahiṃsā en sanskrit) se retrouve dans les trois véhicules bouddhiques. L’enseignement de Bouddha porte les moyens de développer une culture de non-violence et de justice. Pourtant en Birmanie, le bouddhisme est générateur de crimes hors du commun, perpétrés dans l’indifférence totale de la communauté internationale.

Les Rohingya sont une minorité vivant principalement dans l’Etat d’Arakan (Rakhine), à l’ouest du Maynmar, à la frontière avec le Bangladesh. En raison de leur croyance et de leur origine, les Rohingya souffrent de persécution et de discrimination, de la part du gouvernement et de l’armée birmane.

Les Rohingya sont considérés par les Nations Unies comme l’une des minorités les plus persécutés au monde.


La discrimination a lieu sur plusieurs niveaux :

  • Les Rohingya n’ont pas de citoyenneté et de droits.
  • Ils ne peuvent pas voter au Myanmar,
  • Ils n’ont pas accès à l’éducation,
  • Ils n’ont pas le droit de quitter l’Arakan.
  • Leurs lieux de culte sont détruits.
  • Les villages Rohingya sont considérés comme ayant été construit de manière illégale, et peuvent donc ainsi être détruit ou saisi sans préavis, ce qui est également le cas pour tous leurs biens.
  • Les Rohingya doivent également payer des impôts supplémentaires,
  • De plus, on enregistre des manipulations du gouvernement dans les registres de naissances et de décès des Rohingya.

Les Rohingyas ont été confrontés à des décennies de discrimination et de répression sous les autorités successives du Myanmar. Se voyant refuser la citoyenneté en vertu de la loi sur la citoyenneté de 1982, ils constituent l’une des plus grandes populations apatrides au monde.

Leur situation s’est aggravée à la fin de l’été 2017, lorsque des rebelles Rohingya ont attaqué les postes de police et de l’armée au Myanmar.

Les rebelles faisaient partie du groupe Arakan Rohingya Salvation Army. L’armée birmane a saisi l’occasion pour mener une large offensive dans les villages, qualifiée par les Nations Unies « d’épuration ethnique ».


Les villages de Rohingya ont été brulés, les femmes ont été violées, et des milliers de personnes ont été tués. A la suite de cette offensive, plus de 600 000 Rohingya ont pris la fuite vers le Bangladesh.

Environ un million de Rohingya vivent dans les camps de réfugiés au Bangladesh. Le pays est un des plus pauvres au monde et est dépassé par l’ampleur de la situation. Face à cette arrivée massive de réfugiés, le Bangladesh compte sur le soutien de la communauté internationale. Les besoins dans les camps sont immenses : il n’y a pas assez d’installations sanitaires, de nourriture, et l’assistance médicale est insuffisante.

Les quelque 600 000 Rohingyas qui restent dans l’État de Rakhine sont victimes de persécutions et de violences, confinés dans des camps et des villages sans liberté de mouvement et privés d’accès à une nourriture adéquate, à des soins de santé, à l’éducation et à des moyens de subsistance.

Le million de réfugiés rohingyas au Bangladesh ont peu de chances de rentrer chez eux en toute sécurité, six ans après que l’armée du Myanmar a lancé une campagne d’atrocités massives.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies n’a pas réussi à demander des comptes aux généraux du Myanmar sur les crimes contre l’humanité et les actes de génocide contre les Rohingyas. Et les 600 000 Rohingyas qui restent au Myanmar, sont détenus de fait par les autorités de la junte dans le cadre d’un système d’apartheid.

« Les Rohingyas des deux côtés de la frontière entre le Myanmar et le Bangladesh sont piégés dans un purgatoire apatride, privés de leurs droits les plus fondamentaux, attendant justice et la possibilité de rentrer chez eux », a déclaré Shayna Bauchner, chercheuse sur l’Asie à Human Rights Watch.

« Au lieu de s’attaquer de front à ces problèmes, l’inaction du Conseil de sécurité de l’ONU et la réduction de l’aide gouvernementale plongent les Rohingyas dans une situation encore plus désespérée. »

Les Rohingyas du Bangladesh et du Myanmar décrivent un sentiment de désespoir omniprésent qui grandit chaque année à mesure que les restrictions se multiplient et que les conditions se détériorent des deux côtés de la frontière, a déclaré Human Rights Watch.

Depuis le coup d’État militaire du 1er février 2021 au Myanmar, les forces de sécurité ont arrêté des milliers de Rohingyas pour « déplacements non autorisés » et ont imposé de nouvelles restrictions de mouvement et blocages de l’aide dans les camps et villages rohingyas.

Les abus systématiques de la junte contre les Rohingyas constituent des crimes contre l’humanité d’apartheid, de persécution et de privation de liberté.

Plus de trois mois après que le cyclone Mocha a frappé l’État de Rakhine, la junte continue de bloquer l’aide humanitaire vitale, notamment les soins médicaux dont les communautés ont besoin d’urgence et qui sont touchées par des épidémies de dengue et de paludisme.

Les réfugiés rohingyas au Bangladesh décrivent de nouveaux obstacles à l’éducation, aux moyens de subsistance et aux déplacements, similaires aux restrictions auxquelles ils ont été confrontés au Myanmar.

Les autorités du Bangladesh ont également déplacé environ 30 000 Rohingyas vers l’ île limoneuse isolée de Bhasan Char, « une prison insulaire au milieu de la mer » où ils sont confrontés à des restrictions de mouvement et à des pénuries de nourriture et de médicaments.

Sans statut juridique reconnu au Bangladesh, les réfugiés rohingyas se trouvent dans une situation précaire en vertu du droit national, ce qui les rend vulnérables aux violations de leurs droits.

Les Rohingyas sont apatrides et ne bénéficient donc de la protection d’aucun État. Sans nationalité ou statut officiel, les Rohingyas n’ont pas le droit de travailler.

Sans nationalité, les parents ne peuvent trouver un travail pour subvenir aux besoins de toute la famille, et les enfants ne vont plus à l’école. Au total, 540 000 enfants de 3 à 14 ans n’ont pas accès à l’éducation.

Alors qu’aucun pays ne souhaite reconnaître légalement les Rohingyas, la population de réfugiés ne peut défendre ses droits, exacerbant la vulnérabilité des enfants face aux risques de trafics d’êtres humains, travail des enfants, mariages précoces, violences sexuelles et toutes formes d’abus et de violences.

Les Rohingyas sont des musulmans sunnites, victimes depuis plusieurs décennies d’une discrimination systématique et de traitements inhumains…

Pourtant, personne n’en parle, ou si peu, dans la presse internationale, personne ne manifeste, aucun état ne veut en entendre parler. C’et comme s’il n’existaient pas !

« Nous avons perdu six ans ici », a déclaré une femme rohingya réfugiée au Bengladesh, à Human Rights Watch.

« Je suis humaine. Pourquoi ai-je été traité de cette façon tout au long de ma vie ? 

Face à la recrudescence des violences perpétrées par les groupes armés et les bandes criminelles dans les camps, les autorités bangladaises ne parviennent pas à assurer la protectio , à maintenir la sécurité ou à poursuivre les responsables.

Les réfugiés déclarent être confrontés à de nombreux obstacles en matière d’assistance policière, juridique et médicale.

Human Rights Watch a documenté 26 cas de violence contre les Rohingyas, notamment des meurtres, des enlèvements, des tortures, des viols et des agressions sexuelles, ainsi que des mariages forcés, en s’appuyant sur des entretiens avec 45 réfugiés rohingyas entre janvier et avril 2023 et sur des preuves à l’appui, notamment des rapports de police et médicaux.

« Les engagements passés du Premier ministre Sheikh Hasina de protéger les réfugiés rohingyas sont désormais menacés par des groupes violents et un système judiciaire indifférent », a déclaré Meenakshi Ganguly , directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « L’intention de plus en plus évidente des autorités bangladaises de rapatrier les Rohingyas ne dispense pas le gouvernement de sa responsabilité d’assurer leur protection. »

Les réfugiés décrivent un environnement de brutalité et de peur croissantes, avec une crainte croissante d’être la cible de gangs criminels et d’affiliés revendiqués à des groupes armés islamistes.

Car effectivement, même si ces Rohingya sont les musulmans les plus délaissés de la planète, ils sont également la proie des islamistes armés. Allez comprendre l’Islam !

Au final, six ans après, les massacres de 2017 et leur fuite au Bengladesh, les Rohingyas sont aujourd’hui menacés d’extinction.

Vous en aviez entendu parler ???

Les médias alternatifs en parlent-ils ?

La complosphère en parle-t-elle ?

D’où vient le bouddhisme radical ?

En Birmanie, au Sri Lanka ou encore en Thaïlande, des groupes constitués de moines bouddhistes ont développé une rhétorique violente, en général dirigée contre les musulmans. Longtemps considérées comme marginales, ces organisations ont acquis une forte visibilité en raison des atrocités commises contre les Rohingya musulmans de l’Etat d’Arakan, en Birmanie.

Découvert en Occident au XIXe siècle, à travers des textes religieux, le bouddhisme y est perçu avant tout comme une philosophie globale et non violente, voire un mode de vie reposant sur des pratiques spirituelles comme la méditation. Le bouddhisme asiatique, avec ses 500 millions d’adeptes, correspond à une réalité bien différente.

Le précepte de non-violence (ahimsa) est central dans le bouddhisme, mais il s’efface systématiquement derrière la raison d’Etat, partout où le clergé est fortement encadré par le pouvoir politique. Par exemple, en 1976, un moine thaïlandais affirmait dans la presse que « tuer des communistes n’est pas un péché », donnant le feu vert au massacre des étudiants de l’université Thammasat, à Bangkok, la même année.

Dès les années 1990, une théorie se développe, notamment en Birmanie : celle d’un bouddhisme s’étendant historiquement de l’Afghanistan à la Malaisie, mais en recul du fait de la pression de l’islam.

En 2012, des moines sri-lankais créent le parti Bodu Bala Sena (BBS), « Force du pouvoir bouddhiste », qui développe une rhétorique violente à l’encontre des minorités religieuses, notamment l’islam, et, dans une moindre mesure, le christianisme.

La même année, en Birmanie, le bonze Wirathu lance des appels à la haine contre la minorité Rohingya et crée la campagne « 969 », puis le mouvement Ma Ba Tha (Association pour la protection de la race et de la religion), nationaliste et islamophobe – aujourd’hui interdit.

Le BBS et Ma Ba Tha s’affichent comme deux formations sœurs : en 2014, Wirathu est accueilli en triomphe à Colombo par les moines radicaux sri-lankais.

Leurs idées trouvent aussi de l’écho en Thaïlande, marquée par une rebellion séparatiste musulmane, dans le sud du pays, où les bonzes sont régulièrement pris pour cible. En 2015, le moine thaïlandais Banjob Bannaruji lance une campagne visant à faire du bouddhisme la « religion d’Etat », au motif que celui-ci serait « mis en danger par l’islam ».

D’autres moines se sont saisis des événements en Birmanie pour lancer des diatribes haineuses à l’encontre des musulmans séparatistes, appelant à leur réserver « le même sort qu’aux Rohingya, des enfants aux personnes âgées » et à brûler des mosquées.

Les mouvements nationalistes bouddhistes multiplient les initiatives pour imposer des lois, en général dirigées contre les musulmans.

En 2015, avant l’accession au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, plusieurs textes ont été adoptés en Birmanie sur « la race et la religion », encadrant les mariages interreligieux et les conversions à l’islam, et permettant d’exercer un contrôle accru des naissances chez les musulmans – sans les mentionner explicitement.

Plus largement, les bouddhistes extrémistes, en montant en épingle des faits divers (comme des viols commis sur des femmes bouddhistes), entretiennent un climat islamophobe et justifient les violences et les discriminations contre les musulmans.

Quelle est la position du dalaï-lama ?

Présenté à tort en Occident comme un « pape bouddhiste », le dalaï-lama n’a pas d’autorité réelle sur les bouddhistes de Birmanie, du Sri Lanka et de Thaïlande, même s’il compte des admirateurs dans ces pays. Ses paroles ont peu d’écho au Sri Lanka, pays dont les autorités ne lui ont jamais accordé de visa, afin de ne pas froisser Pékin.

Le dalaï-lama a déjà interpellé Aung San Suu Kyi sur le sort des Rohingyas… Le chef spirituel bouddhiste exhorte la dirigeante birmane et Prix Nobel de la paix 1991 à œuvrer en faveur de cette minorité apatride persécutée, réduite désormais à moins d’un million de membres en Birmanie.

Car, vous l’avez compris, la dirigeante birmane qui se fout royalement de la minorité Rohingya est prix Nobel de la paix ! Arrivée au pouvoir en Birmanie au printemps 2016 après avoir été la figure de l’opposition à la junte militaire au pouvoir pendant 50 ans, Aung San Suu Kyi se montre en effet silencieuse sur le sort des Rohingyas, quand elle ne reprend pas, à son compte, la propagande de l’armée….

En avril 2017, elle a ainsi nié l’existence d’un « nettoyage ethnique« , une expression qu’avait pourtant employée le Haut-commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR).
Son gouvernement a refusé également l’envoi d’une mission de l’ONU sur place.

En août 2023, à l’occasion du sixième anniversaire de la crise des réfugiés Rohingyas, le chef des droits de l’homme de l’ONU, a appelé la communauté internationale à faire davantage pour que l’armée du Myanmar rende des comptes pour les crimes qu’elle a commis et que justice soit rendue.

« Face à l’impunité dont jouissent les militaires du Myanmar pour les crimes passés et présents commis à l’encontre des Rohingyas et d’autres groupes, j’appelle les États à soutenir pleinement les efforts internationaux en cours en matière d’obligation de rendre des comptes », a affirmé dans un communiqué, Volker Türk, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.

Dans ce qui est qualifié « d’opération génocidaire contre les Rohingyas », les services du Haut-Commissaire Türk estiment que près de 10.000 hommes, femmes, garçons, filles et nouveau-nés ont été tués. Plus de 300 villages ont été détruits et plus de 700.000 personnes ont fui vers le Bangladesh en peu de temps.

Au total, plus d’un million de Rohingyas ont fui les persécutions et la discrimination systématique pour demander l’asile international au Bangladesh, et plus de 100.000 autres sont détenus dans des camps de déplacés fermés à l’intérieur du Myanmar. Signe de leur désespoir, des milliers d’autres continuent de tenter des traversées maritimes dangereuses entre le Myanmar et le Bangladesh, qui se terminent trop souvent dans la tragédie.

De son côté, un expert des Nations Unies a appelé les dirigeants mondiaux à mettre fin à « la paralysie de l’indifférence » et à prendre des mesures pour que les architectes et les auteurs de cette violence rendent des comptes, tout en soutenant les réfugiés et les personnes déplacées.

« La responsabilité de l’immense souffrance des Rohingyas commence au plus haut niveau. Min Aung Hlaing, qui a mené la campagne génocidaire, est aujourd’hui à la tête d’une junte militaire illégale et illégitime qui s’en prend aux populations civiles dans tout le Myanmar. Il doit être traduit en justice et répondre de ses crimes », a déclaré Tom Andrews, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme au Myanmar.

Si la responsabilité des crimes commis à l’encontre des Rohingyas incombe entièrement à l’armée du Myanmar, la communauté internationale a également failli à ses responsabilités envers les Rohingyas, a-t-il fait valoir, regrettant que le Conseil de sécurité n’ait toujours pas saisi la Cour pénale internationale (CPI) de la situation au Myanmar.

De plus, certains pays continuent de vendre des armes aux militaires qui ont attaqué et assassiné les Rohingyas et qui s’en prennent maintenant aux populations civiles dans tout le pays.

« Les nations qui soutiennent les droits de l’homme n’ont pas pris les mesures coordonnées nécessaires pour priver la junte militaire du Myanmar de ce dont elle a besoin pour poursuivre ses attaques : de l’argent, des armes et de la légitimité », a regretté M. Andrews.

Sur le plan humanitaire, le Programme alimentaire mondial (PAM) a été contraint de réduire considérablement les rations dans les camps du Bangladesh en raison de la baisse des contributions financières des pays donateurs.

« Leurs enfants ne peuvent se contenter de discours politiques ou de résolutions des Nations Unies qui ne mènent nulle part. Ils ont besoin et méritent que le monde mette fin à la paralysie mortelle de l’indifférence », a conclu l’expert indépendant, rappelant que « les Rohingyas en ont assez des promesses creuses ».

Comme vous pouvez le constater, les Rohingya font partie des abonnés absents dans la grande campagne visant à diaboliser l’Occident, que mènent ceux qu’on appellent le « front sud », et leur alliés, les indigénistes manifesteurs de toutes démocraties…

Il faudrait en rire, si ce n’était pas si dramatique…

L’indifférence des pays musulmans à l’égard de ces drames est encore plus problématique.

Ni l’Arabie saoudite, ni les Emirats ni l’Egypte, ni les pays du Maghreb ne semblent s’émouvoir du sort des Ouïgours, des musulmans d’Inde ou des Rohingya, pourtant parties prenantes comme eux de l’islam sunnite.

Remarquez, c’est compréhensible … En se solidarisant avec les musulmans persécutés dans ces pays, les pays arabes s’exposeraient enfin à des critiques sur le sort qu’ils réservent à leurs propres minorités.

Pourtant, ni les indignations sélectives des Occidentaux ni l’indifférence des pays arabes ne peuvent se justifier.

Les droits humains sont indivisibles et les minorités musulmanes doivent pouvoir compter sur la protection non seulement de leurs coreligionnaires, mais de tous les Etats qui disent défendre ces valeurs, et des institutions internationales qui se prétendent garantes de leur respect.


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