L’illusion mortelle du « calme » au Liban : on ne devrait pas demander à Israël de supporter la présence militaire du Hezbollah simplement pour apaiser les diplomates.
Depuis des décennies, la communauté internationale exhorte Israël à accepter le « silence » à sa frontière nord. Pas la paix. Pas le désarmement du Hezbollah. Pas le rétablissement de la souveraineté libanaise. Pas la fin de l’influence terroriste iranienne aux portes d’Israël.
Mais au Liban, le calme n’a jamais été synonyme de sécurité. Il a plutôt signifié pour le Hezbollah le renforcement de ses positions, l’accumulation de roquettes, l’importation d’armes iraniennes, la modernisation de ses drones et de ses missiles, et son infiltration parmi les civils, le tout en prévision d’un futur conflit.
Ainsi, lorsqu’Israël intervient au Liban, la question n’est pas « Pourquoi une escalade ? » mais plutôt « Combien de fois les Israéliens devront-ils supporter le calme pendant que le Hezbollah prépare la guerre ? »
Les problèmes d’Israël au Liban ne datent pas d’hier.
Dans les années 1970 et 1980, des terroristes palestiniens lançaient des attaques depuis le Sud-Liban vers le nord d’Israël. Israël est intervenu au Liban en 1982 pour mettre fin à ces attaques.
De la guerre civile libanaise – et avec le soutien du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien – est né le Hezbollah. Dès sa création, le Hezbollah n’était pas un parti politique libanais, mais une armée supplétive iranienne vouée à la destruction d’Israël et aux objectifs régionaux de Téhéran.
Puis vint le retrait total d’Israël en 2000. Les Nations Unies confirmèrent qu’Israël avait quitté le territoire libanais. Toute affirmation selon laquelle le Hezbollah aurait combattu pour mettre fin à l’« occupation » israélienne aurait dû cesser ce jour-là.
Mais le Hezbollah n’a ni désarmé ni intégré la vie politique libanaise.
Au contraire, il a inventé de nouveaux prétextes – les fermes de Chebaa, la prétendue résistance, Jérusalem – car, sans Israël comme ennemi, sa force armée indépendante perdrait toute raison d’être. Le monde a choisi d’ignorer cela.
En 2006, le Hezbollah a pénétré en Israël, où il a tué et enlevé des soldats, déclenchant la seconde guerre du Liban. Le Conseil de sécurité de l’ONU a réagi en adoptant la résolution 1701 afin d’éloigner le Hezbollah de la frontière et de rétablir l’autorité de l’État libanais sur le sud du pays.
Cette promesse n’a pas été tenue.
Le Hezbollah s’est reconstruit au grand jour. Son arsenal s’est considérablement développé, devenant une force colossale capable de frapper tout Israël. Il s’est doté de drones, de missiles antichars, d’armements de précision et de structures de commandement robustes, devenant ainsi une véritable armée équipée par l’Iran au Liban.
Il ne faut pas sous-estimer la puissance du Hezbollah.
Le Hezbollah est loin d’être un simple gang local ou une nuisance mineure. C’est une armée terroriste implantée dans un État souverain, capable de frapper des cibles civiles et stratégiques à travers tout Israël.
Pendant des années, ses agents ont testé les frontières à l’aide de roquettes, de drones, de tunnels et de provocations. Chaque flambée de violence était accueillie par des appels au calme et à la reprise des négociations diplomatiques. Mais le calme n’était pas synonyme de sécurité.
Après le 7 octobre, le Hezbollah a ouvert le feu sur le nord d’Israël en soutien aux attaques du Hamas.
Des dizaines de milliers d’Israéliens ont fui leurs foyers. Les localités du nord sont devenues des villes fantômes.
Quel pays accepterait cela ?
Les États-Unis toléreraient-ils que des missiles soutenus par l’Iran frappent Des Moines ou San Diego ? La France ou la Grande-Bretagne accepteraient-elles que des milices soutenues par des puissances étrangères forcent l’évacuation de villes frontalières ?
Bien sûr que non.
Pourtant, Israël est de nouveau soumis à des pressions pour faire preuve de retenue, éviter l’escalade et faire confiance aux diplomates qui promettent un « cadre » pour une nouvelle période de calme.
C’est là que la position du secrétaire d’État américain Marco Rubio, telle qu’elle est rapportée, est profondément préoccupante. Selon un article du Jerusalem Post daté du 1er juin, les États-Unis affirment qu’Israël ne devrait pas accepter la poursuite des attaques, mais attendent également d’Israël qu’il évite d’intensifier ses opérations à Beyrouth si le Hezbollah cesse les tirs. Cela paraît raisonnable uniquement si l’on fait abstraction de quarante ans d’histoire.
Le problème ne réside pas seulement dans les tirs du Hezbollah ; c’est son existence même, en tant qu’armée armée par l’Iran au Liban. Cette armée contrôle le destin des civils libanais et entraîne le Liban dans la guerre à sa guise.
Un cessez-le-feu qui laisse l’armée du Hezbollah intacte n’est pas une solution. Ce n’est qu’une pause.
Cette approche du « silence pour silence » a échoué à maintes reprises. Le Hezbollah cesse temporairement les hostilités. Israël subit des pressions politiques. Des célébrations diplomatiques s’ensuivent. Les populations déplacées souffrent. Puis le Hezbollah se réarme et attend la prochaine offensive.
Ce n’est pas une stratégie. C’est un vœu pieux déguisé en diplomatie.
Le véritable test de la politique américaine est de savoir si elle permet aux familles israéliennes de vivre en sécurité dans leurs foyers du nord, et non pas seulement si elle parvient à instaurer une semaine de calme relatif.
Si Washington souhaite une désescalade, il doit imputer la responsabilité là où elle incombe : au Hezbollah, à l’Iran et au gouvernement libanais qui tolère des milices armées échappant à son contrôle. On ne saurait exiger d’Israël qu’il supporte la présence militaire du Hezbollah pour apaiser les diplomates.
Le Liban mérite mieux. Son peuple souffre depuis des décennies sous le joug d’un allié iranien qui bafoue sa souveraineté. Beyrouth ne peut être à la fois la capitale du Liban et le quartier général du Hezbollah.
L’habitude qu’a la communauté internationale de gérer le Hezbollah plutôt que de le vaincre a échoué – après 2000, 2006, sous l’égide de l’ONU et après le 7 octobre.
Israël n’a pas envahi le Liban pour ouvrir un nouveau front. Il y est intervenu parce que le Hezbollah rendait la vie insupportable dans le nord d’Israël et parce que le silence équivalait à une capitulation face aux visées iraniennes.
Le monde aspire peut-être au calme, mais les Israéliens ont besoin de sécurité. Le calme n’est qu’un cessez-le-feu temporaire que les bureaucrates applaudissent. La sécurité, c’est la paix dont les parents ont besoin lorsqu’ils couchent leurs enfants à Metulla ou à Kiryat Shmona.
Après quatre décennies de menaces et d’attaques du Hezbollah, Israël a raison de déclarer que l’ère du calme temporaire est révolue.
Si les États-Unis soutiennent véritablement Israël, ils ne doivent jamais en demander moins.
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