Cas de conscience

Un nom vieux de 19 ans contre 3 000 ans d’histoire

La Judée contre la « Cisjordanie »

Lisez un article sur Israël dans presque n’importe quel grand média et vous constaterez la même convention : « Cisjordanie », présenté comme un fait acquis, et « Judée et Samarie », traité comme un sujet de controverse.

En réalité, tous ces médias traitent l’expression « Judée et Samarie » comme une étiquette utilisée par Israël, souvent en précisant qu’elle est « biblique », « de droite » voire « d’extrême droite ».

Un terme est présenté comme neutre. L’autre s’accompagne d’un avertissement. Il ne s’agit pas d’une simple question de langue. C’est un choix politique, souvent délibéré, qui redéfinit le cours de l’histoire.


« Cisjordanie » est un terme de localisation. Il décrit la situation géographique du territoire par rapport au Jourdain. Ce terme a été créé en 1949 par le Royaume hachémite de Jordanie après que son armée eut franchi le fleuve en 1948, s’empara du territoire dans le cadre de la guerre déclarée par la Ligue arabe pour anéantir Israël, et l’annexa par la suite. Cisjordanie. Il s’agit d’une désignation géographique associée à un acte militaire et politique.

L’annexion par la Jordanie en 1950 n’a été reconnue que par une poignée de pays et n’a jamais abouti à la création d’un État palestinien.

« La Judée et la Samarie » ne sont pas des inventions modernes, et elles ne sont pas simplement « bibliques » au sens péjoratif souvent sous-entendu.

Ce sont les noms sous lesquels cette région a été connue à travers les siècles, de l’Antiquité aux empires successifs. Ils apparaissent dans les archives anciennes, perdurent dans l’usage administratif et témoignent d’un vocabulaire historique continu.


Même le plan de partage de l’ONU de 1947 — le plan qui proposait de créer le premier État arabe indépendant en Terre sainte — désignait cette région comme la « région montagneuse de Samarie et de Judée » pour décrire le territoire proposé pour ce nouvel État arabe.

On peut débattre des implications modernes de ces plus de 3 000 ans d’histoire. On ne peut raisonnablement affirmer qu’elle est récente ou inventée.

Pourtant, pour les médias, un terme né de 19 ans d’occupation jordanienne à la suite d’une guerre offensive devient la norme tacite. Un nom utilisé depuis des millénaires est traité comme un enjeu idéologique.

Cette inversion ne se limite pas au vocabulaire.

Elle reflète une tendance plus générale dans la manière dont le conflit israélo-arabe a été présenté depuis au moins 1947 : l’histoire est condensée, révisée ou ignorée, et le lien de cause à effet est systématiquement rompu.

Commençons par 1947. L’ONU proposa un partage en un État juif et un État arabe. Les dirigeants juifs acceptèrent le plan malgré ses limites et la création par les Britanniques, en 1921, du royaume arabe de Transjordanie sur près de 80 % du territoire initialement attribué après 1917 au mandat britannique sur la Palestine.

Les dirigeants arabes locaux ont rejeté le plan de partage de l’ONU de 1947 et ont choisi la guerre. Cette décision est capitale. Elle explique pourquoi la carte n’a pas respecté la proposition et pourquoi il n’existe pas d’État arabe aujourd’hui.

Pourtant, dans la plupart des reportages contemporains, cette chronologie disparaît.

Le rejet de ce qui aurait été un État arabe indépendant – sur près de 80 % des terres arables à l’ouest du Jourdain – suivi d’une guerre impliquant plusieurs États et visant à détruire le jeune État juif, est réduit à un vague « conflit » dont les conséquences sont déconnectées de leurs causes.

Passons à la période 1948-1967. La Jordanie contrôlait ce qu’elle appelait la « Cisjordanie », tandis que l’Égypte contrôlait Gaza. Aucun État palestinien n’a été créé sur ces territoires. Aucun effort sérieux n’a été entrepris en ce sens.

Cette absence est rarement soulignée, bien qu’elle soit au cœur des affirmations concernant la véritable nature du conflit.

Puis vient juin 1967. Israël prend le contrôle de la Judée-Samarie et de Gaza, car ses voisins tentent de mener une guerre pour l’anéantir et exterminer ou soumettre tous ses habitants juifs.

Quelle que soit l’interprétation que l’on donne aux débats juridiques qui s’ensuivent, la chronologie des événements est incontestable. Pourtant, les récits commencent souvent plus tard, présentant les résultats sans aucune mention des menaces et des actions qui les ont engendrés.

Rien de tout cela ne résout le conflit. Mais cela accomplit quelque chose de plus fondamental : cela rétablit la séquence, remet les événements dans l’ordre et replace le langage dans son contexte.

C’est ce contexte qui se perd lorsque la « Cisjordanie » est traitée comme neutre, tandis que la « Judée-Samarie » est considérée comme suspecte ou extrémiste.

Dans d’autres régions, les étiquettes modernes imposées – souvent par les conquérants – se distinguent des anciennes. Ici, cet instinct disparaît. L’origine du terme dominant est rarement mentionnée. Sa nouveauté est presque toujours passée sous silence. Une étiquette du milieu du XXe siècle est présentée comme si elle était intemporelle. Elle ne l’est pas.

La question n’est pas de savoir quel terme employer, mais plutôt si l’asymétrie actuelle peut être considérée comme neutre. Un nom vieux de 19 ans a remplacé un nom vieux de 3 000 ans. Le moins que l’on puisse faire est de le reconnaître avant de débattre de sa signification.


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