Aller à la barre d’outils

C’est par le concept de “ressemblance” que Levinas va atteindre la portée ontologique de l’image, portée irréductible donc à « l’il y a ».

Le philosophe réhabilite-t-il l’idée d’image comme copie ? Ne définit-on pas en effet une copie par sa ressemblance avec un modèle ?

Mais une copie qui ressemble à son modèle garde toujours la trace de sa provenance: l’être originel de la chose s’y reflète, fût-ce sur un mode diminué ou dégradé. Ainsi pensée la ressemblance maintient l’initiative de l’artiste: elle en fait le créateur d’une autre chose, d’une chose de réalité ontologique moindre.

Or, pour Levinas, il faut au contraire “poser la ressemblance, non pas comme le résultat d’une comparaison entre l’image et l’original, mais comme le mouvement même qui engendre l’image.

Le mouvement traditionnel censé produire de la ressemblance est donc inversé.


L’initiative d’un artiste qui créerait autre chose, à côté des choses qui toujours ont eu une présence, n’est pas retenue ici. Entre la chose et son image, la séparation reste forte et il faut alors penser que c’est du côté de la chose que naît l’image.

Levinas écrit: “La réalité ne serait pas seulement ce qu’elle est… mais son double, son ombre, son image ». L’être est donc à la fois ce qu’il est et ce qu’il n’est pas.

En d’autres termes la ressemblance précède l’image !

Si dès lors celle-ci entraîne une faillite de la responsabilité humaine, comme Levinas le soutient, il ne semble pas que ce soit l’artiste lui-même, par qui l’image vient vers nous, qui en soit responsable…

La dégradation réside dans l’être même, qui est imagé, qui se laisse imager, voir qui s’image, inéluctablement, de l’intérieur…

Le redoublement par l’image n’institue pas un rapport d’original à copie, sur la fidélité de la ressemblance desquels on s’interrogerait… Il s’agit d’un redoublement interne à l’être. (…)

L’art semble appelé, requis. Ainsi l’ombre est-elle, dans sa “non-vérité” même, réalité, ce qui signifie donc bien que la réalité est son ombre.

L’artiste est requis par l’être davantage qu’il n’a l’initiative de son geste de peintre ou de sculpteur par exemple. On reconnaît bien sûr ici l’idée de Heidegger selon laquelle le poète se tient à l’écoute de l’être, mais l’écoute ne recueille et ne constitue qu’un pan de l’être.


En écartant le modèle classique de l’artiste créateur, Levinas semble donc adopter celui de l’artiste comme “gardien de l’être », ce qui, dans une philosophie où le souci d’autrui est primordial, ne constitue pas forcément un éloge…

La grandeur ou encore la noblesse de l’art comme rencontre entre un artiste et une image tient dans cet “accomplissement” de la part d’ombre de l’être. Mais cet achèvement, précisément, reste “inhumain ».

Levinas ne se contente pas de dire, comme Parménide, dans Le Sophiste de Platon, que le non-être est. Il soutient qu’il y a une vérité et une non-vérité de l’être – une essentielle ambiguïté – ce qui est dire que la non-vérité est.

Et c’est sans doute parce que la perception serait toujours en prise avec l’image dont elle devrait pourtant savoir se défaire face au visage humain que Levinas reste méfiant vis-à-vis d’elle.

“Dans l’image, la pensée accède au visage d’autrui réduit à ses formes plastiques, fussent-elles exaltées et fascinantes et procédant d’une imagination exacerbée », dit-il.

Or la perception risque toujours de s’en tenir là, de dé-visager le visage, c’est-à-dire de manquer la rencontre avec lui.

“L’apparition est une forme figée dont quelqu’un s’est retiré, alors que dans le langage s’accomplit l’afflux ininterrompu d’une présence qui déchire le voile inévitable de sa propre apparition, plastique comme toute apparition″.

Extrait de “Levinas face au beau“


La question lancinante du beau et du bien parcourt l’histoire de la philosophie, et prend un tour particulièrement tragique au XXe siècle où elle revient à se demander :

Comment se fait-il que rien, ou presque rien, dans la culture, ne se soit avéré apte à endiguer l’incroyable puissance des ténèbres, de la cruauté et de la haine qui a déferlé sur une terre où la beauté avait mis sa marque en maints endroits ?

Comment expliquer que l’émotion face au beau ressentie par ceux qui, en Europe, participaient, de loin et parfois de très près, à l’édification des bûchers de mort, les ait laissés de marbre face aux visages suppliciés ? « 

Ainsi ancrée dans l’oeuvre de Levinas, la beauté serait-elle alors  » sans message, impassible, muette et solitaire  » ?

C’est ce que David Gritz étudie ici, dans un ouvrage qui laisse entrevoir la clairvoyance et la détermination d’un jeune esprit particulièrement brillant, inaugurant ainsi le chemin d’une vie qu’il voulait philosophique.



Que pensez-vous de cet article ? Inscrivez-vous et rejoignez la conversation





Merci à tous pour votre soutien.

Beaucoup d'entre vous sont avec moi, par le coeur et la pensée, et je vous transmet ma gratitude.

Vous pouvez assurer la continuité de ce site de plusieurs manières : En partageant les articles que vous avez aimé. En achetant vos livres et vos produits préférés sur Amazon via ce site. Ou, si vous en avez la possibilité, en faisant un don (si minime soit-il). Recevez toute ma gratitude... Mon Amour vous accompagne...


Votre aide est importante pour continuer...




ELISHEAN777 Communauté pour un Nouveau Monde  © Elishean/2009-2020


Tags:
0 Commentaires

Laisser une réponse

Imaginer un Nouveau Monde © Elishean 2009 - 2020

CONTACT

Vous pouvez nous envoyer un e-mail et nous vous répondrons dès que possible.

En cours d’envoi
ipsum adipiscing fringilla elit. risus. dolor vel, amet, suscipit consectetur
ou

Vous connecter avec vos identifiants

ou    

Vous avez oublié vos informations ?

ou

Create Account

%d blogueurs aiment cette page :