Mystique

D’où vient réellement le christianisme ?

par Robert Feather

Cet article propose un bref aperçu de la nature et des racines historiques de la communauté de Qumrân qui vécut et travailla sur la rive occidentale de la mer Morte, entre 150 avant notre ère et 68 de notre ère, ainsi que des liens qui peuvent être établis entre elle et la prédication de Jean-Baptiste, le ministère de Jésus et les origines du christianisme.

Il s’appuie sur les travaux d’érudits tels que Jozef Milik, l’un des premiers à découvrir la nature des manuscrits de la mer Morte et à les analyser en profondeur dans les années 1950, ainsi que sur l’analyse de l’auteur des recherches les plus récentes, suite à la publication officielle des traductions de la plupart des manuscrits découverts près de Qumrân.

Mon précédent ouvrage, « Le Mystère du Rouleau de Cuivre de Qumrân », traitait de différents aspects des manuscrits de la mer Morte et, plus particulièrement, de l’un des rouleaux gravés sur cuivre par l’étrange communauté des Esséniens qui habitait Qumrân.


En tant que métallurgiste de formation, l’utilisation du cuivre par une secte juive dévote, vivant près de la mer Morte aux alentours du premier siècle avant notre ère, avait éveillé ma curiosité – d’autant plus que le texte hébreu semblait être une liste de trésors enfouis qui n’avaient apparemment jamais été découverts.

L’identification de l’emplacement de certains trésors décrits dans le Rouleau de cuivre n’était qu’une des affirmations étayées dans cet ouvrage ; j’ai identifié ces trésors comme étant conservés dans divers musées à travers le monde. Par ailleurs, une analyse détaillée a émergé de ma lecture du nom d’un pharaon égyptien crypté dans le texte du rouleau – une interprétation jugée « plausible » par le professeur John Tait de l’University College London et la professeure Rosalie David de l’Université de Manchester.

La conclusion profonde qui en est ressortie est que les Hébreux devaient être présents à la cour du pharaon Akhenaton et que les origines du monothéisme remontent à son époque.

Pour mon prochain livre, j’avais prévu d’étudier de plus près les croyances et le mode de vie de la communauté de Qumran, afin d’examiner comment ceux-ci ont pu influencer les débuts du christianisme et son émergence comme religion fille du judaïsme. Cependant, lors d’une discussion avec Jozef Milik, l’un des érudits ayant participé au déchiffrement des manuscrits de la mer Morte au début des années 1950, mes recherches ont pris une tournure étrange et totalement inattendue.


Jozef Milik avait dirigé l’équipe de traducteurs de l’École biblique de Jérusalem ; il était également, à cette époque, prêtre catholique. Ce que Monsieur Milik m’a révélé au cours de nos nombreuses conversations passionnantes sur la communauté essénienne m’a inspiré un nouveau livre et en constitue une part importante.

Au cours de mes recherches, j’ai découvert de nombreux éléments confirmant un lien entre une période pharaonique monothéiste unique de l’histoire égyptienne et les Esséniens de Qumran, qui vécurent mille ans plus tard et à mille kilomètres de là.

Aussi remarquable que puisse paraître ce lien, il a été critiqué mais non réfuté, et plusieurs éminents chercheurs ont indiqué qu’il permettait d’expliquer certaines anomalies observées dans leurs propres travaux. En poursuivant mes recherches sur la piste de Jozef Milik, de nombreux autres exemples sont apparus, étayant mes conjectures concernant ce lien et ayant une incidence considérable sur le judaïsme ancien et sur l’histoire de Jésus et de son époque.

L’objectif principal de nos recherches actuelles était toutefois de comprendre la nature des habitants de Qumran entre 150 avant notre ère et 68 de notre ère, date à laquelle leur colonie fut détruite par les Romains, les secrets qu’ils gardaient, leurs liens avec les premiers disciples de Jésus et les incroyables révélations de Monsieur Milik.

Ce n’est qu’à ma troisième visite, en octobre 1999, lorsque je suis revenu lui remettre un exemplaire de mon livre sur l’un des manuscrits de la mer Morte, que Jozef Milik a commencé à parler plus librement de sa jeunesse et de son travail. Il m’a spontanément indiqué sa date de naissance, le 24 mars 1922, et m’a expliqué pourquoi il avait quitté l’Église catholique. Officiellement, c’était pour épouser sa charmante épouse, Yolanta, née Zaluska, mais il y avait d’autres raisons, liées à ses découvertes et à son interprétation des manuscrits de la mer Morte.

Deux heures après le début de notre conversation, il a évoqué, d’une voix calme et presque désinvolte, certains événements survenus près de Qumran. Ce fut un moment d’une intensité saisissante. J’étais complètement bouleversé par l’impact de ses paroles.

Ces paroles saisissantes de Jozef Milik ont ​​déclenché chez moi un voyage de découverte visant à déterminer comment les circonstances de l’époque de Jésus pouvaient confirmer ou infirmer sa révélation. Cette quête m’a mené de la fraîcheur humide d’une journée d’automne parisienne à l’aridité reculée de l’Égypte, aux lieux saints de Jérusalem, à un havre de paix sur l’île de Man, aux catacombes de Rome, à Washington et New York, à un édifice gothique en Allemagne, et enfin aux rivages désertiques de la mer Morte en Israël.

Au fil de mes voyages et de mes recherches, il est devenu de plus en plus évident qu’un événement extraordinaire, encore inconnu, avait pu se produire à Qumran ou dans ses environs, et que d’autres personnes étaient au courant mais souhaitaient garder ces informations secrètes.

Qumran

Les Esséniens de Qumrân, une mystérieuse secte juive qui disparut soudainement de son habitat près de la mer Morte en Judée vers 68 de notre ère, formaient une communauté unique dans l’histoire juive. Ils pratiquaient un judaïsme très différent de celui pratiqué ailleurs durant la période du Second Temple.

Les origines de cette étrange secte recluse, qui a rédigé et possédé ce que l’on appelle aujourd’hui les manuscrits de la mer Morte, restent incertaines. L’influence qu’elle a pu exercer sur le christianisme primitif, ainsi que ses liens avec Jean-Baptiste et Jésus, font également débat. L’identité exacte de ces Esséniens suscite des réactions si passionnées qu’il n’est pas rare de voir des professeurs s’invectiver dans des salles de conférence pour défendre leurs théories respectives.

Si de nombreux points font consensus, d’autres demeurent des zones d’ombre. Cela tient peut-être en partie à des malentendus fondamentaux concernant leurs origines .de la communauté. Comme aime à le dire l’archéologue Magen Broshi, du Musée d’Israël :

« Il existe au moins dix théories différentes sur les origines et la fonction de Qumran. Par définition, neuf d’entre elles sont erronées. »

Au fil de notre récit, il deviendra de plus en plus évident que les activités des Esséniens sont au cœur de l’intrigue et revêtent une importance capitale pour le judaïsme, le christianisme et l’islam, ainsi que pour de nombreuses autres religions.

Il est utile de situer le contexte par une chronologie des événements de la période en question.

Après la découverte des manuscrits de la mer Morte à la fin des années 1940 et au début des années 1950, il est rapidement apparu que le judaïsme pratiqué par les auteurs/détenteurs des manuscrits – un groupe essénien minoritaire qui comptait peut-être moins de quatre mille personnes, soit 2 % de la population juive – était bien plus proche des pratiques et croyances des premiers chrétiens que de celles de tout autre groupe antérieur.

Auparavant, on supposait que le christianisme était issu du judaïsme pharisaïque. Ce qui inquiétait les autorités chrétiennes modernes, ce n’était pas tant l’erreur de leurs suppositions quant à la branche du judaïsme à l’origine du christianisme, mais plutôt la difficulté croissante à dissocier le christianisme de cette nouvelle orientation du judaïsme, jusque-là peu connue : l’essénisme.

La première affirmation sensationnelle reliant les manuscrits de la mer Morte au christianisme fut celle d’André Dupont-Sommer, professeur respecté de l’université de la Sorbonne, qui écrivit en 1950 qu’il voyait Jésus dans le « messie transpercé » mentionné dans l’un des manuscrits :

« Le Maître galiléen… apparaît à bien des égards comme une étonnante réincarnation du Maître de Justice. »

Lorsque l’identité de ce Maître de Justice fut révélée, il devint évident que Dupont-Sommer s’était lourdement trompé en le considérant comme « le prototype exact de Jésus ». En tant qu’étranger à l’équipe de traduction majoritairement catholique (il avait été abbé), Dupont-Sommer fut immédiatement critiqué par ses pairs pour ses conclusions hâtives et absurdes.

Néanmoins, Edmund Wilson, journaliste littéraire américain respecté et chroniqueur au New Yorker, reprit le sujet et publia par la suite un ouvrage intitulé Les Rouleaux de la mer Morte , dans lequel il affirmait que :

Qumran, « avec ses fours et ses encriers, son moulin et sa fosse septique, sa constellation de fonts baptismaux et les tombes sans ornement de ses morts, est peut-être, plus encore que Bethléem ou Nazareth, le berceau du christianisme ».

Quelques années plus tard, John Marco Allegro, le seul méthodiste au sein de l’équipe de traduction des manuscrits de la mer Morte, majoritairement catholique, rompit avec le consensus et déclara que l’un des manuscrits mentionnait la crucifixion et la résurrection messianiques. C’était sans aucun doute un brillant érudit, mais ses affirmations devinrent plus extrêmes avec la publication de son livre Le Champignon sacré et la Croix.

En 1970, il affirmait que le christianisme était né de la consommation de drogues hallucinogènes par les disciples de Jésus.

En 1979, il alla encore plus loin dans cette voie hypothétique, prétendant que Jésus n’était qu’une légende fantaisiste inventée par les Esséniens pour se forger leur propre Maître de Justice.

Allegro concevait ce Maître comme une incarnation de Josué/Jésus de l’époque de l’Exode, tué, ou peut-être crucifié, par le prêtre impie israélite Alexandre Jannée vers 88 avant notre ère. Allegro fut vilipendé par ses pairs dans une lettre ouverte au Times de Londres en 1956, et ne se remit jamais vraiment des attaques personnelles qui suivirent. La biographie que sa fille a récemment écrite et publiée cette année rétablit peut-être la vérité.

Au milieu des années 1980, Robert Eisenman, professeur de religions du Moyen-Orient à l’Université d’État de Californie, publia plusieurs ouvrages tentant d’établir un lien entre les Esséniens de Qumran et des personnages des Écritures chrétiennes. L’un des thèmes récurrents chez Eisenman est l’idée que Jacques le Juste, frère de Jésus, était le chef de la communauté essénienne de Qumrân.

Lorsque de nouveaux éléments des manuscrits de la mer Morte de la grotte 4 furent mis au jour en 1991, Eisenman, en collaboration avec Michael Wise, professeur associé d’araméen à l’Université de Chicago, reprit cette idée dans leur ouvrage * Les manuscrits de la mer Morte dévoilés* .

Dans ce livre, ils analysent également ce qu’ils considèrent comme une référence, dans le manuscrit de la guerre de la mer Morte, à une figure messianique souffrante, blessée et finalement tuée. Deux journalistes protégés de Robert Eisenman, Michael Baigent et Richard Leigh, développèrent les théories d’Eisenman dans leur livre * La supercherie des manuscrits de la mer Morte*, publié en 1991. Ils accusèrent par ailleurs les autorités catholiques et le Vatican d’un complot visant à dissimuler les enseignements et les croyances des Esséniens de Qumrân et à les dissocier du christianisme primitif.

Ces controverses furent alimentées de manière significative par Barbara Thiering, universitaire australienne de l’Université de Sydney. Elle affirmait qu’il y avait eu une totale incompréhension des manuscrits de la mer Morte. Thiering soutenait que le Maître de Justice et son rival, le Prêtre Impie, correspondaient à Jean-Baptiste et à Jésus.

Pour elle, Jésus n’était pas mort sur la croix, mais avait survécu à Qumran après son expérience de mort imminente.

D’autres commentateurs n’ont même pas pu trouver d’existence historique de Jésus et suggèrent qu’il s’agissait d’un personnage fictif issu des mythes grecs et des légendes païennes.

La conclusion générale, cependant, qui se dégage des sources extérieures aux Écritures chrétiennes, tant littéraires qu’archéologiques, est qu’une personne ayant incarné nombre des affirmations bibliques relatives à Jésus a bel et bien existé.  De plus, quels que soient ses attributs, divins ou autres, ils ont inspiré une ferveur religieuse qui a fini par donner naissance à un mouvement dont l’influence s’est étendue au monde entier.

Les Messies de Qumran

Deux concepts essentiels doivent être pris en compte pour comprendre les motivations des Esséniens, et plus particulièrement celles des Esséniens de Qumrân et leurs aspirations messianiques.

Premièrement, bien qu’ils accordassent une grande importance aux enseignements hébraïques traditionnels, ils suivaient une forme de judaïsme apparemment différente, imprégnée de l’esprit des premiers temps du Sinaï mosaïque et qui, selon moi, remonte à l’ancien monothéisme d’Akhenaton et de Jacob.

Deuxièmement, si le mouvement primitif de Jésus devait beaucoup aux croyances pratiquées à Qumrân, ce qui, à mon avis, deviendra encore plus évident à la lumière des éléments présentés dans mon nouvel ouvrage, il ne serait pas surprenant de constater que certains enseignements et symboles d’Akhenaton se sont retrouvés dans ce mouvement et, plus tard, dans le christianisme.

Les manuscrits de la mer Morte révèlent que les Esséniens de Qumrân se considéraient comme une élite messianique ; ils s’étaient retirés des luttes du Temple et du sacerdoce pour se réfugier dans le désert et préserver leur piété.

Les premiers versets d’Isaïe, chapitre 40, décrivent parfaitement leur rôle :

La voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez dans le désert une route pour notre Dieu.

Pour certains Esséniens, le besoin de se retirer s’inscrivait dans leur quête d’une réaffirmation de l’alliance divine conclue avec Moïse sur le mont Sinaï, une recherche de la pureté et de l’essence de la Torah et des enseignements hébraïques. Ils se considéraient comme les gardiens ancestraux de la « lumière de la vérité ».

Leurs croyances fondamentales et leur pratique religieuse particulière étaient en rupture avec celles du reste de la communauté juive, et ils suivaient un comportement rituel extrême ainsi qu’une stricte adhésion à leur interprétation de la Loi.

Alors, qui attendaient les Esséniens de Qumrân ? La réponse se trouve dans plusieurs textes des manuscrits de la mer Morte qui indiquent qu’ils attendaient deux, voire trois, messies selon certains érudits. Ces messies, l’un sacerdotal et l’autre royal, sont désignés par différents titres dans les différents rouleaux.

  • Sacerdotal : Interprète de la Loi, l’Étoile ; le Messie d’Aaron, de descendance princière
  • Royal : Prince de la Congrégation, le Sceptre ; le Messie d’Israël ; le Roi Messie

De plus, ils attendaient le retour d’un prophète semblable à Moïse.

Heureusement, plusieurs rouleaux contiennent des descriptions assez détaillées de ces messies, ce qui laisse supposer qu’il serait relativement aisé de les identifier. Malheureusement, il n’en est rien, et les chercheurs traditionnels s’attachent peu à exploiter ces informations.

Comme le souligne Joseph Fitzmyer, professeur émérite à l’Université catholique de Washington :

« Il est surprenant de voir une figure sacerdotale s’intégrer aux attentes messianiques de la communauté de Qumrân, car les Écritures hébraïques elles-mêmes mentionnent peu un futur « prêtre ». »

Il ne trouve aucune explication plausible à ce phénomène. En réalité, je crois que le nom d’Akhenaton, conservé dans le texte du Rouleau de cuivre, ainsi qu’une variante du nom de Meryra, son grand prêtre, utilisé comme titre pour un chef de la communauté de Qumrân, témoignent de ce lien sacerdotal, parmi de nombreux autres indices.

Un autre exemple clair provient du Rouleau de Guerre de la communauté

: « Et sur la bannière de Merari, ils écriront… les offrandes du Dieu [et le nom du Prince de Merari] » (4QM).

Une lignée de prêtres

Le Livre des Jubilés, d’origine essénienne, indique clairement que le patriarche Jacob transmit son enseignement à travers la lignée de Lévi, l’un de ses fils, donnant ainsi naissance aux prêtres lévites. Or, selon les Écritures hébraïques, ces prêtres héréditaires ne furent nommés qu’à l’époque d’Aaron, plusieurs siècles plus tard.

À l’époque de Jacob, il n’existait ni sanctuaire ni temple israélite, et pourtant les manuscrits de la mer Morte affirment à plusieurs reprises que des prêtres étaient nommés à cette époque. La seule explication plausible est qu’il existait des prêtres héréditaires au temps de Jacob, qu’il existait un lieu de culte, et qu’il s’agissait très probablement du Grand Temple d’Akhetaton, l’actuelle Amarna.

Le(s) Messie(s) attendu(s) par le reste de la population juive

La conception juive générale du Messie attendu peut être comprise à l’aune de l’ère messianique qu’il instaurerait. L’eschatologie de la fin des temps comporte essentiellement deux volets : la restauration matérielle et l’utopie spirituelle. Les conceptions juives diffèrent des idées chrétiennes de rédemption en ce qu’elles concernent le monde visible, tandis que le christianisme envisage une rédemption spirituelle et personnelle, reflétée dans l’âme.

La recherche de l’origine des citations des Écritures chrétiennes, en les rattachant à leurs sources originelles présumées (Qumran-Esséniennes et hébraïques), est un sujet brûlant d’actualité et préoccupe des centaines, voire des milliers, de chercheurs à travers le monde.

Des textes tels que les manuscrits de la mer Morte, la Genizah (découverte au Caire, en Égypte, à la fin du XIXe siècle ) et le fragment de John Rylands (le plus ancien exemple de texte du Nouveau Testament, daté d’environ 125 apr. J.-C.), ont alimenté d’innombrables débats sur les origines du christianisme.

Bien que de larges pans des Écritures hébraïques se soient révélés inspirés de textes égyptiens bien plus anciens, peu d’efforts ont été déployés pour étudier ces textes à la lumière de ces sources. Si les premiers auteurs chrétiens ont pu, en théorie, puiser certaines de leurs informations dans des versions de textes largement diffusées, il est probable qu’une grande partie de la littérature essénienne de Qumrân, qu’ils citaient, n’était accessible qu’aux membres de cette communauté.

Ces corrélations sont significatives car elles suggèrent que les premiers chrétiens avaient accès à des textes sectaires à diffusion restreinte et entretenaient des relations bien plus étroites avec les Esséniens de Qumrân qu’on ne l’avait admis jusqu’ici. Les idées et la théologie exclusivement promues par les Esséniens de Qumran, qui apparaissent dans les Écritures chrétiennes ou la pratique chrétienne mais pas dans d’autres sources juives, comprennent :

  • • Bélial comme incarnation personnelle des puissances du mal ;
  • • Le temple comme métaphore de la communauté ;
  • • Le dualisme en termes de lumière (bien) et de ténèbres (mal) ;
  • • L’assimilation de la justice au soleil ;
  • • L’exigence de se séparer de la voie des ténèbres et de marcher dans la lumière ;
  • • Les tribunaux de Qumran et de Corinthe suivant le même système judiciaire novateur ;
  • • La conviction de la nature irrémédiablement pécheresse de l’humanité ;
  • • Un humble maître de la justification par la grâce (reconnu par Paul comme le Christ) ;
  • • La connaissance des mystères (créatifs et eschatologiques) de Dieu révélée uniquement aux justes ; •
  • Les termes sagesse, connaissance et compréhension.Utilisé dans le même sens
  • • Les trois péchés cardinaux : la fornication, l’impureté et la cupidité (qui conduit à l’idolâtrie)
  • • La folie et la sottise comme fautes punissables
  • • L’impératif de correction fraternelle mutuelle – c’est-à-dire l’urgence de faire prendre conscience aux gens de leurs péchés et de les ramener à la lumière du bien
  • • La communauté de Qumran et l’Église chrétienne comme « élues »
  • • Les temps liturgiques de prière, les vigiles et les quarts (jours de jeûne et d’abstinence) transmis à l’Église depuis Qumran
  • • Tendances au monachisme et au machisme.

Pour la plupart des érudits modernes et nombre d’anciens, l’hypothèse d’une association de Jean-Baptiste avec les Esséniens de Qumran est bien plus plausible que celle concernant Jésus. Le dernier verset énigmatique de Luc, relatif à la vie de Jean dans le désert, comme l’a souligné l’abbé René Laurentin, autorité française du Concile de l’Église, n’a guère de sens s’il ne signifie pas que Jean-Baptiste était, dès son enfance, membre de la communauté de Qumran.

Le verset s’éclaire, affirme l’abbé, lorsqu’on considère le témoignage de Flavius ​​Josèphe, historien judéo-romain du Ier siècle de notre ère, qui décrit la coutume de la communauté de Qumran :

  • D’adopter « des enfants d’autrui, à un âge où leur esprit est encore assez malléable pour accepter facilement l’instruction » ( Guerres juives) .

John Allegro a également souligné que les parents de Jean-Baptiste étaient âgés et qu’à la mort de son père, il a probablement été adopté par la communauté, car il est difficile d’imaginer ce qu’il faisait enfant, errant dans le désert de Judée. La seule conclusion logique, au vu de tous les éléments, est qu’il a passé au moins une partie de sa jeunesse à Qumran.

L’activité principale de Jean-Baptiste était le baptême, et cela aussi peut être lié aux pratiques de Qumran où les initiés étaient admis dans la communauté par un baptême final de « fin de cycle » qui confirmait leur obéissance et leur engagement spirituel envers Dieu.

La question qui se pose naturellement est : « Quelles sont les origines du baptême ? »

Comment est-il devenu un rituel religieux ? La présence obligatoire d’eau dans le Tabernacle de Moïse indique l’importance de l’eau dès les premiers temps de l’histoire hébraïque. Son utilisation dans les rites religieux du Moyen-Orient avant cette époque est également attestée par diverses sources iconographiques. Son usage comme rite d’initiation, le baptême, semble toutefois avoir son origine en Égypte.

L’explication de l’extension de ce rituel par Jean-Baptiste réside, à mon avis, dans le même fil conducteur qui relie les pratiques religieuses d’Akhenaton à celles des Esséniens de Qumrân, comme le montre l’illustration ci-dessus.

Sur un bas-relief découvert à Amarna et datant d’environ 1350 avant notre ère, on voit une princesse d’Akhenaton recevoir la bénédiction : de l’eau purificatrice est versée sur sa tête depuis une jarre tenue par un rayon émanant d’Aton – le nom que le pharaon donnait à son dieu.

Seules des preuves externes supplémentaires pourraient confirmer la probabilité d’un lien entre Jean-Baptiste, et/ou d’autres membres du mouvement primitif de Jésus, et Qumrân. Il semble improbable, à première vue, que des preuves extraordinaires soient découvertes deux mille ans après les événements. Pourtant, ces preuves sont présentées dans *L’Initiation secrète de Jésus à Qumrân* , publié par Inner Traditions en juillet 2005.

L’Autre Messie : L’Extraordinaire révélation des manuscrits de la mer morte

Depuis deux mille ans, l’énigme de Jésus reste entière : qui était-il réellement ? Un homme, un prophète, un dieu ? Se considérait-il comme le Messie annoncé par les Ecritures juives ? Avait-il conscience de sa prochaine Passion, et dans ce cas, quel sens lui donnait-il ?

A partir de fragments des célèbres manuscrits de la mer Morte, Israël Knohl, directeur du département biblique à l’Université hébraïque de Jérusalem, jette les bases d’une nouvelle réflexion sur ces questions cruciales. Il met notamment en évidence, pour la première fois, des correspondances extrêmement troublantes entre la biographie de Jésus et celle du leader messianique qui l’a précédé d’une génération : Menahem l’Essénien.

Cet homme, issu de la communauté de Qumrân et assassiné par les soldats romains en l’an 4 av. J.-C., constitue sûrement le chaînon manquant entre l’histoire du judaïsme et celle du christianisme, qui permettra enfin de comprendre le destin de Jésus.

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