Il existe une forme particulière de malhonnêteté qui ne repose pas sur des mensonges flagrants, mais sur l’omission délibérée de toute responsabilité. Lorsque l’Iran appelle Israël à accepter un cessez-le-feu au Liban, il se livre précisément à ce genre de malhonnêteté.
Prise isolément, la revendication paraît raisonnable : cesser les bombardements, épargner les civils, rétablir le calme. Mais elle ne l’est que si l’on ignore qui a déclenché les tirs, qui les finance, qui les arme et qui profite du chaos qui s’ensuit. Pour comprendre pourquoi la position de l’Iran sur le cessez-le-feu relève davantage de la mise en scène que de la diplomatie, il faut remonter à l’origine de tout cela : Téhéran.
Considérons la situation sur le terrain. Le Liban, pays d’environ 5,85 millions d’habitants selon les estimations démographiques des Nations Unies pour 2025, abrite entre 25 000 et 50 000 combattants du Hezbollah . Selon le CIA World Factbook, largement cité par Reuters et d’autres médias, les effectifs du Hezbollah s’élèvent à 45 000 hommes, dont environ 20 000 combattants à temps plein et le reste dans la réserve ou les forces auxiliaires.
Il ne s’agit pas de soldats en uniforme répondant aux ordres de Beyrouth. Ce sont des supplétifs iraniens, armés et financés par le Corps des gardiens de la révolution islamique, opérant sur le sol libanais avec un arsenal qui surpasse largement les capacités militaires de l’État libanais.
Les Forces armées libanaises, une institution forte de 80 000 hommes, fonctionnent avec un budget d’environ 700 millions de dollars par an. Le Hezbollah, en revanche, reçoit plus d’un milliard de dollars par an de la seule Iran, un chiffre corroboré par un document du Trésor américain de 2025 relatif aux sanctions, indiquant que le Corps des gardiens de la révolution islamique – Force Qods (CGRI-FQ) a transféré plus d’un milliard de dollars au Hezbollah depuis janvier de cette année-là, principalement par le biais de bureaux de change.
Reuters a corroboré ce chiffre de manière indépendante par l’intermédiaire d’un responsable américain nommé, tandis qu’une enquête distincte de Reuters a estimé le budget annuel du Hezbollah alloué par le Corps des gardiens de la révolution islamique à environ 700 millions de dollars, ce qui maintient la fourchette plausible dans la tranche des centaines de millions à plus d’un milliard de dollars.
Arrêtons-nous un instant sur ces chiffres. Le gouvernement libanais dépense 700 millions de dollars pour entretenir son armée nationale. L’Iran dépense au moins autant, et probablement davantage, pour maintenir une force armée parallèle au Liban, qui ne répond pas à Beyrouth mais à Téhéran. Il ne s’agit pas d’un partenariat, mais d’une occupation menée par le biais d’une influence financière et d’un alignement idéologique.
Le peuple libanais est pris au piège entre l’occupant et les conséquences de son agression.
L’arsenal lui-même témoigne de la situation avec une clarté brutale. Selon des estimations ouvertes du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), le Hezbollah disposerait de 120 000 à 200 000 armes de frappe à distance, comprenant des roquettes, des missiles et des drones de plus en plus sophistiqués. Reuters, s’appuyant sur le CIA World Factbook, avance le chiffre de plus de 150 000 missiles et roquettes, ainsi que des munitions de précision, des systèmes antichars, des missiles antinavires et des drones d’attaque unidirectionnelle.
Les rapports du Secrétaire général de l’ONU ont fait état de la découverte persistante de caches d’armes au sud du fleuve Litani, notamment des roquettes, des lanceurs, des mines et d’autres munitions. Les Forces armées libanaises affirment avoir neutralisé 98 % des caches signalées par la FINUL et saisi 579 lance-roquettes lors d’une seule opération documentée. Pourtant, de nouvelles caches continuent d’apparaître.
L’infrastructure se reconstruit sans cesse. Les armes continuent d’arriver. Et elles continuent d’arriver parce que l’Iran continue de les envoyer.
Depuis ses positions retranchées dans le sud du Liban, la vallée de la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth, le Hezbollah lance des attaques contre le territoire israélien. Ce schéma est bien documenté. Lors de l’escalade de mars 2026, Reuters a rapporté que le Hezbollah avait tiré des centaines de roquettes et de drones sur Israël, provoquant des frappes aériennes israéliennes à travers le Liban.
Le cycle est vicieux, mais asymétrique dans ses origines. Le Hezbollah lance des attaques depuis des positions infiltrées au sein des populations civiles. Israël riposte. Les civils libanais, qui n’ont ni autorisé ni souhaité l’attaque initiale, subissent les ravages. Puis, la communauté internationale, avec une constance frôlant la parodie, condamne Israël pour sa riposte, tout en restant remarquablement discrète sur l’organisation qui l’a provoquée ou sur le pays qui la finance et l’arme.
C’est là que la métaphore de la « prise d’otages », bien qu’imparfaite au sens littéral, devient indispensable à l’analyse. On peut la définir de la manière suivante : un acteur non étatique armé, doté d’un important pouvoir de coercition et d’une représentation politique, peut bloquer ou fausser les décisions souveraines, rendant ainsi l’action de l’État trop coûteuse pour les institutions libanaises.
Les preuves à ce sujet ne sont pas spéculatives. Lorsque le gouvernement libanais a voté en août 2025 pour confier à l’armée la mission d’instaurer un monopole d’État sur les armes, le Hezbollah a publiquement rejeté cette décision, la jugeant illégitime et affirmant qu’elle servait les intérêts israéliens. Les ministres chiites ont quitté la séance. Lorsque le gouvernement a salué, en septembre 2025, un plan de l’armée visant à entamer le désarmement, la branche politique du Hezbollah a indiqué que toute confrontation risquait de dégénérer en conflit civil.
Le même scénario s’est répété en 2026 : le gouvernement a réaffirmé le 2 mars l’autorité exclusive de l’État sur toutes les armes et activités militaires, pour se heurter à la résistance inflexible du Hezbollah. Il ne s’agit pas là des agissements d’un parti politique participant à la gouvernance démocratique, mais de ceux d’une faction armée disposant d’un droit de veto et appuyée par la menace crédible de violence.
Ce qui rend l’analogie avec la prise d’otages particulièrement pertinente, ce sont les données des sondages. Un sondage Gallup de 2025 a révélé que 79 % des Libanais interrogés estimaient que seule l’armée libanaise devrait être autorisée à posséder des armes. Il s’agit d’une très large majorité. Mais ce sondage comporte deux réserves importantes.
Tout d’abord, environ 10 % de la population a été exclue de l’échantillon car leurs zones de résidence, notamment les zones du sud, la Bekaa et les banlieues sud de Beyrouth, étaient sous le contrôle strict du Hezbollah et inaccessibles aux sondeurs.
Deuxièmement, le soutien au monopole d’État sur les armes chute brutalement parmi les chiites, principal électorat du Hezbollah : seuls 27 % y sont favorables, contre 69 % qui s’y opposent. Le consensus national est clair, mais le système de partage du pouvoir confessionnel au Liban confère un poids disproportionné aux blocs confessionnels, ce qui permet à la minorité soutenant le Hezbollah de paralyser la volonté exprimée par la majorité.
Il faut reconnaître au gouvernement libanais le mérite de ne pas être resté passif. Le calendrier des actions officielles est remarquablement cohérent dans sa direction, même si ses résultats restent limités. En mars 2025, un rapport du secrétaire général de l’ONU a détaillé les engagements liés au cessez-le-feu, notamment le retrait israélien, le déploiement des forces armées libanaises et le démantèlement et la confiscation des armes non autorisées.
En août 2025, le gouvernement charge officiellement l’armée d’instaurer un monopole d’État sur les armes avant la fin de l’année. En janvier 2026, l’armée annonce que son plan de restriction des armements dans le sud du pays est à un stade avancé. En février 2026, le gouvernement étend ce plan aux zones situées au nord du Litani. Enfin, en mars 2026, il publie une décision officielle réaffirmant l’autorité exclusive de l’État sur toutes les armes et activités militaires au Liban. À chaque étape, le Hezbollah oppose une résistance farouche.
Le cadre juridique international conforte les aspirations du gouvernement et du peuple libanais. La résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations Unies, adoptée en 2004, exige explicitement la dissolution et le désarmement de toutes les milices libanaises et non libanaises, ainsi que l’autorité exclusive du gouvernement sur l’ensemble du territoire.
La résolution 1701, adoptée en 2006, a établi une zone entre la Ligne bleue et le fleuve Litani, zone exempte de toute présence armée, de tout bien et de toute arme, à l’exception de ceux du gouvernement libanais et de la FINUL. Elle interdisait toute livraison d’armes au Liban, sauf autorisation gouvernementale. Ces deux résolutions sont toujours en vigueur. Elles ont toutes deux été systématiquement violées par le Hezbollah et, par extension, par l’Iran.
Ainsi, lorsque l’Iran intervient sur la scène internationale et exige d’Israël un cessez-le-feu, une question simple se pose : pourquoi l’Iran n’exige-t-il pas du Hezbollah qu’il en accepte un ? La réponse est simple : le Hezbollah n’est pas un acteur indépendant, libre de ses choix. Il est un instrument stratégique de la politique étrangère iranienne, financé par l’Iran, armé par l’Iran et œuvrant pour le compte de l’Iran.
Ces transferts annuels de plus d’un milliard de dollars ne relèvent pas de la charité. Il s’agit d’un investissement dans la déstabilisation régionale, et le Liban est la plateforme à partir de laquelle cet investissement génère des retours sur investissement mesurés en victimes israéliennes, en influence régionale et en distraction permanente de l’attention diplomatique occidentale.
Si l’Iran souhaitait véritablement la paix au Liban, la voie serait simple et ne nécessiterait aucune négociation avec Israël. L’Iran pourrait cesser de verser chaque année au Hezbollah plus d’un milliard de dollars. Il pourrait cesser d’expédier des dizaines de milliers de roquettes, de missiles et de drones vers le territoire libanais. Il pourrait appeler publiquement le Hezbollah à se conformer aux résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies en remettant ses armes aux Forces armées libanaises.
Cela pourrait offrir aux combattants du Hezbollah, plus fidèles à Téhéran qu’à Beyrouth, un sauf-conduit et une réinstallation en Iran. Aucune de ces mesures ne requiert l’accord d’Israël, ni un vote du Conseil de sécurité, ni des négociations multilatérales. Il suffit que l’Iran cesse les agissements qui provoquent la guerre.
L’objection selon laquelle le Hezbollah est « trop enraciné » pour être démantelé mérite un examen approfondi, mais elle renforce finalement l’argument plutôt que de l’affaiblir. Certes, le Hezbollah est représenté au Parlement. Certes, il fournit des services sociaux aux communautés chiites. Certes, ses combattants sont des citoyens libanais, et non des mercenaires étrangers au sens conventionnel du terme. Mais cet enracinement est lui-même le fruit de décennies d’investissements iraniens conçus précisément pour rendre l’organisation difficile à déloger.
Plus le Hezbollah est enraciné profondément, plus il est légitime d’affirmer que l’Iran porte une responsabilité quant aux conséquences de cet enracinement, notamment des guerres qui en découlent.
On ne peut pas passer des décennies à bâtir et à armer un État parallèle au sein d’une démocratie fragile et ensuite se dédouaner de toute responsabilité lorsque cet État parallèle entraîne le pays dans un conflit.
L’inquiétude quant à la faisabilité d’un transfert massif vers l’Iran est tout aussi réelle, mais exagérée. Aucun analyste sérieux ne s’attend à ce que 45 000 combattants embarquent pour Téhéran mardi prochain. La faisabilité est toutefois une notion relative. Un cadre négocié dans lequel l’Iran accueillerait les combattants volontaires, notamment les cadres supérieurs et les agents formés à l’étranger, tandis que les Forces armées libanaises intégreraient ou démobiliseraient le reste sous supervision internationale, n’est pas une utopie.
Il s’agit du genre de processus difficile, imparfait et progressif que des sociétés post-conflit ont déjà entrepris. Ce qui le rend impossible aujourd’hui, ce n’est pas la logistique, mais la volonté politique, et plus précisément la volonté politique de l’Iran de maintenir son infrastructure par procuration, quel qu’en soit le coût pour les civils libanais.
La comparaison entre l’armée nationale libanaise et la milice du Hezbollah mérite d’être soulignée car elle illustre concrètement l’absurdité du système actuel. Une armée nationale de 80 000 hommes, dotée d’un budget de 700 millions de dollars par an, est largement surpassée en termes de dépenses par une milice comptant jusqu’à 50 000 combattants et recevant plus d’un milliard de dollars d’un gouvernement étranger.
Cette milice possède plus de roquettes et de missiles que la plupart des armées nationales. Elle contrôle des territoires inaccessibles aux instituts de sondage nationaux. Elle quitte les réunions du gouvernement lorsqu’elle est en désaccord avec les décisions souveraines. Elle déclenche des guerres non autorisées par le gouvernement national et qu’elle est impuissante à arrêter. Et lorsque ces guerres font des victimes civiles, la colère internationale ne se dirige pas contre la milice ou son commanditaire, mais contre la nation qui se défend contre ses attaques.
C’est sur ce renversement de logique morale que repose la demande de cessez-le-feu de l’Iran. Elle exige de la communauté internationale qu’elle traite le symptôme, la riposte israélienne, comme la maladie, tout en ignorant le véritable agent pathogène : l’armement et le financement systématiques par l’Iran d’un acteur non étatique qui prend en otage la population d’une nation souveraine dans le cadre de son aventurisme militaire.
Un cessez-le-feu qui laisse le Hezbollah armé et financé n’est pas la paix. C’est une pause, une pause que l’Iran mettra à profit pour se réapprovisionner, se réarmer et préparer la prochaine escalade, moment auquel il exigera à nouveau qu’Israël cesse les tirs sans rien faire pour arrêter les siens.
Le peuple libanais mérite mieux. Il l’a exprimé massivement. Son gouvernement l’a affirmé à maintes reprises par des décisions du Conseil des ministres et des déclarations présidentielles. Les Nations Unies l’ont également affirmé par des résolutions contraignantes du Conseil de sécurité. Seuls le Hezbollah et l’Iran s’y opposent, car le système actuel sert leurs intérêts au détriment du Liban.
Chaque dollar que l’Iran envoie au Hezbollah est un dollar qui prolonge les souffrances des Libanais. Chaque roquette expédiée dans la vallée de la Bekaa est une roquette qui finira par être tirée sur Israël et qui provoquera une frappe meurtrière contre des civils libanais. Toute exigence d’un cessez-le-feu par Israël sans que les causes du conflit soient abordées revient à exiger que le Liban reste un champ de bataille.
L’Iran détient la clé de la paix au Liban. Il refuse simplement de l’utiliser. Si Téhéran veut que les bombardements cessent, il doit cesser de financer les terroristes. S’il veut protéger les civils libanais, il doit cesser d’y infiltrer son armée supplétive.
Si l’Iran souhaite un cessez-le-feu, il devrait exiger du Hezbollah qu’il dépose les armes, respecte le droit international et se soumette à l’autorité de l’État libanais. Si les combattants du Hezbollah jugent cette perspective intolérable, l’Iran devrait les accueillir à bras ouverts. Voilà à quoi ressemblerait un véritable engagement en faveur de la paix. Tout le reste n’est que posture, destinée à préserver l’influence iranienne au prix de vies libanaises et israéliennes.
Source American Liberty Avril 2026
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