Pendant des décennies, une dangereuse illusion a régné sur le Golfe persique. Les capitales arabes savaient que la République islamique était hostile. Pourtant, elles croyaient pouvoir gérer la menace.
Ils considéraient la subversion de Téhéran comme une maladie chronique, et non comme une maladie incurable.
Les États arabes du Golfe persique privilégiaient la diplomatie discrète. Téhéran, quant à lui, optait pour le recours à des intermédiaires et l’intimidation. Cet équilibre précaire a toujours été un château de cartes.
Cette maison s’est effondrée.
La récente guerre entre les États-Unis, Israël et la République islamique a tout changé. Elle a fait bien plus qu’affaiblir l’armée iranienne : elle a brisé une longue illusion diplomatique. Le régime n’est plus seulement un acteur perturbateur, il représente une menace existentielle directe. Plus précisément, il met en péril les fondements économiques et la stabilité à long terme des États arabes du Golfe persique.
Analysez attentivement les cibles choisies par le régime.
Avant la guerre, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar avaient tous manifesté leur volonté de paix. Certains ont œuvré pour éviter une escalade. D’autres ont maintenu des communications directes avec Téhéran. Le Qatar a même joué un rôle de médiateur.
Rien de tout cela n’a eu d’importance.
Les missiles iraniens ont continué de frapper les infrastructures de GNL du Qatar. Ils ont ciblé Riyad, la capitale saoudienne. Les Émirats arabes unis, historiquement un pilier économique vital pour l’Iran, ont subi les frappes les plus brutales sur leurs principaux centres commerciaux.
Il s’agissait d’un message calculé.
La bonne volonté ne protège pas lorsque la réussite économique est l’objectif principal. Téhéran ne considère pas seulement les États arabes du Golfe persique comme des rivaux géopolitiques. Il perçoit leur développement comme une menace existentielle pour sa propre légitimité.
Pendant des décennies, le régime a imputé sa misère économique à des ennemis extérieurs. Il prônait la révolution permanente et la résistance. Pourtant, de l’autre côté de la mer, les États arabes du Golfe persique ont choisi une autre voie. Ils ont bâti des infrastructures de classe mondiale, développé le commerce et favorisé la croissance mondiale.
Ce contraste est terrifiant pour la République islamique. Les Iraniens ordinaires regardent de l’autre côté du golfe Persique et se posent une question dangereuse : pourquoi notre pays, doté de ressources naturelles bien plus importantes, ne produit-il que la pauvreté ?
Téhéran est sans solution. Incapable de rivaliser avec le modèle économique de ses voisins, le régime recourt au vandalisme économique. Si la prospérité intérieure lui est impossible, il doit la détruire chez ses voisins pour rétablir l’équilibre.
Cette réalité explique pourquoi le conflit a dépassé le stade de la simple guerre par procuration.
Les États arabes du Golfe persique sont habitués à gérer des menaces asymétriques. Ils font face depuis des années à des groupes soutenus par l’Iran comme le Hezbollah, les milices irakiennes et les Houthis.
La crise actuelle vise un objectif plus profond. Il ne s’agit pas d’un conflit sécuritaire classique, mais d’une attaque directe contre le modèle économique des États arabes du Golfe persique.
Considérons la fermeture du détroit d’Ormuz. Téhéran perçoit cette voie maritime vitale comme un enjeu géopolitique crucial. Le régime sait que la prospérité du Golfe persique repose sur la confiance des investisseurs internationaux, la liberté du commerce et les exportations d’énergie. En fermant le détroit, Téhéran prend en otage l’avenir de toute la région. Si la République islamique ne parvient pas à se redresser économiquement, elle entraînera ses voisins dans sa chute.
Les vieilles méthodes sont obsolètes.
La désescalade, la médiation et la coexistence contrôlée ne sont plus des stratégies viables. Elles conservent leur utilité diplomatique, mais ne sauraient remplacer une doctrine de sécurité fondamentale. Le régime a prouvé qu’il n’hésiterait pas à frapper les voisins mêmes qui tentaient d’endiguer le conflit.
Les États arabes du Golfe persique sont confrontés à une réalité qu’ils ont longtemps cherché à ignorer. La République islamique n’est pas une bête sauvage que l’on peut dompter ou contrôler indéfiniment. Elle représente une menace systémique. L’histoire montre que traiter une puissance expansionniste comme un simple problème de gestion ne fait qu’encourager une escalade plus agressive.
Ce changement ne justifie pas une course effrénée à la guerre. Il implique toutefois que les États arabes du Golfe persique ne peuvent plus rester de simples spectateurs passifs tandis que d’autres en supportent le fardeau.
Les États-Unis et Israël ont déjà engagé une confrontation. Les conséquences dépassent largement les ambitions nucléaires du régime. Laisser ce conflit en suspens est extrêmement dangereux. Cela revient à offrir à Téhéran un moyen de subsistance, lui donnant le temps de se rétablir, de se reconstruire et de reproduire ses cycles destructeurs.
Une transformation plus profonde est également en cours. Les intérêts stratégiques des principaux États arabes du Golfe persique convergent désormais directement avec les aspirations du peuple iranien.
L’Iranien moyen ne tire aucun profit des aventures étrangères du régime. Au contraire, les citoyens en paient le prix fort : une répression intérieure brutale, une corruption systémique et une ruine économique orchestrée. Le régime se comporte comme un propriétaire absentéiste, détruisant sa propre maison pour toucher l’assurance et financer des milices étrangères.
Le constat est désormais incontestable. L’hostilité de la République islamique n’est pas une phase passagère. Elle découle d’une profonde insécurité systémique. Un environnement régional caractérisé par la stabilité, la croissance économique et l’intégration mondiale lui sert de miroir. Il met à nu les échecs que le régime s’inflige lui-même. Téhéran ne peut tout simplement pas supporter la comparaison. Les anciennes idées reçues sont définitivement obsolètes.
Les États arabes du Golfe persique ne sont pas confrontés à un rival conventionnel. Ils font face à un adversaire existentiel. Cet adversaire perçoit leur prospérité et leurs alliances internationales comme une menace directe pour sa survie.
La neutralité n’est plus un rempart.
Les États arabes du Golfe persique ne peuvent plus rester de simples spectateurs passifs tandis que leur avenir est décidé par d’autres. La véritable sécurité ne viendra pas de la gestion de la menace à distance, mais de la construction active d’une région où le vandalisme totalitaire ne pourra plus entraver le progrès humain.
Pour ce faire, les États arabes du Golfe persique peuvent mobiliser trois partenaires essentiels.
Le premier est le peuple iranien, désireux de se libérer de ses oppresseurs. Le deuxième est Israël, qui fait face à la même menace existentielle mais dispose de capacités avancées pour affronter directement le régime. Le troisième est les États-Unis, dont le soutien stratégique demeure irremplaçable.
Les monarchies arabes du Golfe persique devraient collaborer activement avec ce trio, d’abord discrètement, puis ouvertement. Ensemble, elles pourront enfin faire tomber le régime islamiste de Téhéran. Ce n’est qu’après l’établissement d’un gouvernement représentatif par le peuple iranien que la région pourra enfin souffler et trouver en Iran un véritable partenaire pour la paix, la sécurité régionale et une prospérité partagée.
Par Saeed Ghasseminejad et Navid Mohebbi , publié par Iran International
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