Une nouvelle stratégie juridique et rhétorique, venue du Canada, s’infiltre dans les institutions américaines. Ses partisans la qualifient de « racisme anti-palestinien », ou APR (Anti-Palestinian Racism).
Ils le présentent comme un cadre de droits civiques analogue aux définitions existantes de l’antisémitisme — un outil permettant d’identifier et de sanctionner la discrimination à l’encontre d’un groupe vulnérable.
Ce n’est absolument pas le cas.
C’est plutôt : Tenter de redéfinir la loi pour autoriser la haine antijuive.
Leur objectif est de modifier la façon dont nous, Occidentaux, parlons et, par conséquent, pensons au Moyen-Orient. Ils soutiennent que l’hostilité envers « l’identité palestinienne » constitue une menace directe pour les musulmans et les Arabes, menace qu’il convient d’identifier et d’éradiquer.
Une organisation américaine à but non lucratif, l’Institut pour la compréhension du racisme anti-palestinien, déploie désormais ce programme aux États-Unis, emboîtant le pas à l’organisation Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient (CJPME). Ce groupe américain a élargi la liste des idées inacceptables pour y inclure « le déni de la colonisation de la Palestine ; l’appropriation de la culture palestinienne sans reconnaissance ; et le déni de leur droit au retour » en Israël.
L’APR est un cadre conçu pour soustraire le terrorisme palestinien – et en réalité toute action palestinienne – à tout jugement moral.
Ses concepteurs ont déjà démontré qu’il qualifie de racisme toute condamnation du massacre du 7 octobre.
Le concept a été formellement défini pour la première fois dans un rapport de 2022 de l’Association des avocats arabo-canadiens (AAAC). L’AAAC décrit le racisme antipalestinien comme un racisme qui « réduit au silence, exclut, efface, stéréotype, diffame ou déshumanise les Palestiniens ou leurs récits », et refuse explicitement d’en donner une définition précise, préférant un cadre « fluide, contextuel et adaptable ».
Cette imprécision est délibérée : un cadre qui ne peut être circonscrit ne peut être réfuté. Et un cadre dont le sens est ambigu peut être utilisé à tort et à travers.
Les objectifs de tout cela deviennent clairs lorsqu’on applique le langage de l’APR aux positions historiquement dominantes.
Par exemple, la loi sur les droits des Palestiniens (APR) interdit les discours qui « nient l’histoire palestinienne » ou « ne reconnaissent pas les Palestiniens comme un peuple autochtone doté de droits collectifs exclusifs ».
Appliquée de manière systématique, cette interprétation revient à nier la vérité de l’expérience palestinienne, alors même que le fait avéré que de nombreux arabes palestiniens ont vendu volontairement leurs terres à des acheteurs juifs avant 1948 est présenté comme une négation de l’histoire palestinienne.
Quel culot !
NDLR : Cela consiste, par ailleurs, à nier tout lien entre le peuple juif et la terre d’Israël, ce qui est un mensonge.. Le peuple palestinien n’existe que depuis peu et aucun état palestinien arabe, n’a jamais existé à cet endroit. L’archéologie l’a démontré.
L’identité arabe palestinienne ne s’est cristallisée que dans les années 1960. La première revendication formelle d’une identité nationale palestinienne remonte à 1964, avec la création de l’Organisation de libération de la Palestine – après la fondation d’Israël en 1948.
- Il est impossible de mentionner que les Palestiniens revendiquent fièrement leurs origines en Arabie, au Yémen ou dans d’autres régions lointaines.
- Le débat historique important sur le nombre de Palestiniens ayant fui ou ayant été expulsés en 1948 est assimilé à une atteinte à la dignité palestinienne.
- Le lien religieux et historique des Juifs avec Jérusalem – que Yasser Arafat a notoirement nié devant Bill Clinton à Camp David – est perçu comme un refus de reconnaître l’identité palestinienne.
- Affirmer que les Juifs ont un droit ancestral à vivre en Israël est considéré comme du racisme.
Dans le cadre de la loi sur la responsabilité des parties (APR), l’ensemble des preuves relatives au conflit devient un terrain miné où une description exacte est confondue avec un discours haineux.
C’est ainsi que l’APR transforme l’honnêteté historique en délit d’opinion.
Les partisans de l’APR présentent cela comme le pendant naturel de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA.
Cette comparaison est fallacieuse.
L’IHRA prévoit une exception explicite : la critique du gouvernement, des politiques et de la conduite militaire d’Israël est protégée par la liberté d’expression. Son cadre est honnête ; il présuppose un monde où Israël peut se tromper et où la distinction entre critiquer un État et cibler un peuple est réelle et mérite d’être préservée.
L’APR ne contient aucune exception de ce type. Ni l’ACLA n ses dérivés américains ne comportent de disposition protégeant les critiques à l’égard de la conduite, des dirigeants ou des violences palestiniennes.
Ce que l’APR ne protège pas est clairement mis en évidence par la date du 7 octobre 2023.
Le mécanisme est inhérent aux définitions, et ce à deux égards.
Premièrement, l’APR qualifie de raciste tout discours « diffamant les Palestiniens et leurs alliés par des propos calomnieux, tels que l’antisémitisme intrinsèque, la menace terroriste ou la sympathie pour le terrorisme, ou encore l’opposition aux valeurs démocratiques ».
Le Hamas étant palestinien, qualifier ses membres de terroristes – prérequis à toute condamnation du 7 octobre – revient donc à diffamer les Palestiniens en les présentant comme des menaces terroristes.
Deuxièmement, l’APR définit la « justification de la violence contre les Palestiniens » comme incluant le fait de « faire porter aux opprimés la responsabilité des actes de l’oppresseur ».
Les Palestiniens sont, par définition, la partie opprimée ; Israël est, par définition, l’oppresseur ; le Hamas hérite catégoriquement du statut d’opprimé.
Condamner le 7 octobre revient à faire porter aux opprimés la responsabilité des actes de l’oppresseur, ce que l’APR qualifie de racisme.
Aucune de ces interprétations n’est forcée. Toutes deux résultent directement du langage propre au framework.
Les concepteurs de l’APR l’ont fait intentionnellement. Dania Majid, cofondatrice de l’ACLA et principale auteure de la définition de l’APR, a signé une lettre en novembre 2023 rejetant l’idée que « contextualiser » les actions du Hamas comme étant de l’antisémitisme et qualifiant la lutte contre l’antisémitisme de « nouveau maccarthysme ».
Les personnes à l’origine de l’APR ne considèrent pas les attentats du 7 octobre comme une atrocité méritant d’être condamnée. Elles perçoivent cette condamnation comme une discrimination et ont conçu le cadre en conséquence.
Le Conseil scolaire du district de Toronto en a fait l’expérience directe. Lorsque le TDSB a condamné les attentats du 7 octobre, il a fait l’objet de plaintes officielles relatives à l’APR — non pas parce que ses déclarations étaient mal formulées, mais simplement parce qu’il avait condamné le Hamas.
La plainte a abouti : le TDSB a été contraint d’intégrer l’APR dans sa stratégie de lutte contre la haine et le racisme. Ainsi, l’APR, ce concept fictif, est désormais inscrit dans la politique officielle aux côtés des mesures de lutte contre l’antisémitisme.
Lorsque les partisans de la théorie de la responsabilité palestinienne (TRP) n’invoquent pas directement les définitions, ils se réfugient derrière l’argument du péché originel : le terrorisme palestinien est toujours imputable à Israël, fruit inévitable de l’occupation, et le condamner sans condamner sa cause profonde relève de l’évasion morale – une TRP en soi.
Ceci révèle la véritable nature de ce cadre : une structure où la violence palestinienne est systématiquement soustraite à tout jugement moral indépendant, car elle est systématiquement pré-expliquée par la culpabilité israélienne. Aucune atrocité ne peut s’y soustraire.
Chaque massacre est pré-blanchi.
L’asymétrie avec l’IHRA est flagrante. L’IHRA protège le droit de critiquer un État tout en établissant une limite concernant le ciblage ethnique. L’APR, quant à elle, protège une organisation terroriste de toute critique en intégrant son idéologie – les Palestiniens comme victimes absolues, Israël comme oppresseur absolu – à la définition du racisme, puis en laissant délibérément cette définition suffisamment vague pour pouvoir l’étendre et la faire taire contre tout argument qu’il faudrait ensuite réduire au silence.
Chaque reproche formulé à l’encontre de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA — qu’elle criminalise les critiques légitimes, qu’elle est trop vague, qu’elle confond le sectarisme réel avec l’opinion politique — s’applique directement et précisément à APR. La différence réside dans le fait que, pour l’IHRA, ces reproches sont infondés, tandis que pour APR, ils constituent le cahier des charges.
Le postulat fondamental de l’APR est, par essence, irréfutable.
Toute preuve le remettant en cause est requalifiée d’APR.
Le massacre de 1 200 personnes n’a pas invalidé cet axiome. Il a été métabolisé, réinterprété comme une confirmation de la nature de l’oppresseur, et la condamnation du massacre comme une confirmation du racisme qui le rend possible.
Un cadre qui transforme ses contre-preuves les plus accablantes en preuves supplémentaires de ses propres conclusions n’est pas un outil de défense des droits civiques. C’est une idéologie dotée d’un mécanisme d’application légale. Aucun acte commis par les Palestiniens contre les Juifs ne manque de déclencher l’application de l’APR, qui le considère comme justifié.
L’IHRA a tenté de protéger les Juifs de la discrimination tout en laissant le débat politique ouvert. L’APR tranche ce débat en déclarant illégal un aspect de la question, et en conservant une définition suffisamment souple pour pouvoir l’élargir progressivement au besoin. Et c’est là tout l’enjeu.
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