Secrets révélés

Les Européens devraient avoir le droit d’élire leur président

La fausse démocratie de l'UE : les citoyens ne choisissent pas leurs dirigeants.

L’idée que les Européens élisent leurs dirigeants est tellement répandue que beaucoup la tiennent pour acquise. Or, elle est fausse. Cette affirmation s’effondre dès qu’on pose une simple question .

Qui choisit le président de la Commission européenne, seul organe à Bruxelles doté du pouvoir exclusif de proposer des lois de l’UE ? Ce ne sont ni les électeurs français, ni italiens, ni polonais, ni même allemands. Ce sont un cercle restreint de dirigeants nationaux qui se réunissent à huis clos et négocient jusqu’à parvenir à un consensus.

Cette procédure est souvent défendue comme une forme respectable de délégation parlementaire, mais la ressemblance avec une véritable démocratie parlementaire est superficielle.


Un exécutif parlementaire est issu d’une assemblée législative élue. Le président de la Commission est élu à l’issue de négociations entre chefs de gouvernement qui ne sont pas responsables devant le Parlement européen et ne sont pas tenus de respecter ses résultats électoraux. Il en résulte un système qui, vu de loin, ressemble à une démocratie, mais qui fonctionne en réalité comme tout autre chose : une technocratie bureaucratique soustraite au contrôle populaire.

Un lecteur perplexe pourrait se demander en quoi cela importe, puisque le Parlement européen est élu par les citoyens et doit approuver le président de la Commission. Cela semble constituer une garantie démocratique. Le problème est que le pouvoir d’approbation du Parlement est réactif. Il peut ratifier ou rejeter une nomination, mais il ne peut pas en proposer une.

Cette différence est déterminante. Lorsque le pouvoir d’initiative appartient à un organe non élu, le pouvoir d’approbation devient souvent symbolique. Une assemblée législative à qui l’on impose une seule option viable, surtout si celle-ci reflète un compromis géopolitique délicat et opaque, n’exerce pas un véritable choix. Elle participe à ce que les critiques appellent un théâtre démocratique, une répétition des formes de la démocratie qui laisse le fond intact.

Le cas d’Ursula von der Leyen illustre parfaitement cette dynamique. En 2019, les électeurs européens ont été informés que le système des Spitzenkandidat lierait leur vote à l’élection du président de la Commission. Chaque grand parti a présenté un candidat de tête, et le Parti populaire européen (PPE) a mis en avant Manfred Weber. Il figurait sur des affiches et prenait la parole lors de meetings. Les partisans du PPE pensaient qu’en votant pour le parti, ils votaient pour Weber. Or, les traités n’obligeaient pas les dirigeants nationaux à respecter ce processus.


Le président français Emmanuel Macron désapprouvait la candidature de Weber, qu’il jugeait inexpérimenté. Le Conseil exigeant un consensus, ou au moins une majorité qualifiée, l’opposition de Macron fut décisive. La campagne de Weber s’évanouit dès que Macron déclara son opposition. Les électeurs n’eurent aucun recours.

S’ensuivit une série de négociations privées qui aboutirent à la popularisation d’un nom inconnu de la plupart des Européens. Ursula von der Leyen n’était pas candidate à l’élection. Elle n’avait participé à aucun débat. Elle n’avait pas parcouru les capitales européennes pour gagner la confiance des électeurs. De fait, les sondages de notoriété de l’époque montraient que moins de 10 % des Européens étaient capables de la reconnaître. Même parmi ceux qui connaissaient son nom, la plupart déclaraient ne pas disposer de suffisamment d’informations pour se forger une opinion.

Son bilan à la tête du gouvernement allemand de la Défense avait été désastreux, et nombreux furent les Allemands soulagés de la voir quitter la vie politique nationale. Pourtant, à Bruxelles, la controverse prime sur l’opportunisme. Elle s’est imposée comme une figure de compromis précisément parce qu’elle manquait de soutien politique. Son manque de compétences et d’impopularité faisait d’elle le choix le plus sûr. Les dirigeants pouvaient lui imputer leurs propres priorités, certains qu’aucune voix populaire ne s’y opposerait.

Lorsque sa nomination est parvenue au Parlement européen, l’issue était incertaine. La plupart des députés ne l’avaient jamais rencontrée avant le vote. Le résultat final fut de 383 voix pour sur 751, une marge historiquement faible pour une fonction aussi importante. Un système qui venait de célébrer une participation électorale record a ainsi porté au pouvoir une dirigeante qui n’avait pas participé aux élections. Si la légitimité démocratique repose sur la connaissance de son dirigeant avant son entrée en fonction, alors le processus de 2019 a échoué à ce test. Les électeurs n’ont eu ni la possibilité de la choisir, ni aucun moyen de la rejeter.

Le renouvellement des mandats en 2024 a rendu le problème encore plus flagrant. Le concept de candidats désignés, déjà fragilisé par les événements de 2019, s’est de facto effondré. Au lieu de présenter aux électeurs des candidats de premier plan, les groupes de partis ont instrumentalisé ces élections pour sonder l’opinion publique. Après le dépouillement, il est apparu clairement que la véritable décision reviendrait une fois de plus aux chefs de gouvernement.

L’axe décisif était composé de la France et de l’Allemagne. Macron et le chancelier Olaf Scholz s’accordaient sur le fait que la continuité à Bruxelles servait leurs intérêts, même si aucun des deux dirigeants ne croyait que von der Leyen bénéficiait d’un véritable soutien populaire. Les sondages à travers l’Europe montraient qu’elle était profondément impopulaire. En France, en Italie, en Espagne et aux Pays-Bas, une large majorité s’opposait à son maintien au pouvoir. Même en Allemagne, son propre parti abordait la question avec hésitation, compte tenu de ses faiblesses politiques.

Malgré cela, Macron et Scholz ont négocié un accord qui la remettait à la présidence – une marionnette qu’ils pouvaient contrôler. Les termes de cet accord n’ont jamais été soumis au vote. La France obtiendrait la présidence du conseil de surveillance de la BCE, ainsi qu’une influence sur la nomination du haut représentant pour les affaires étrangères.

L’Allemagne conserverait la mainmise sur sa politique industrielle et de défense. L’Espagne et le Portugal obtinrent des promesses concernant les portefeuilles sociaux. Les gouvernements d’Europe de l’Est obtinrent des concessions sur les dépenses de défense et les subventions agricoles. Aucun de ces accords ne fut divulgué dans les documents de campagne avant l’élection. Pourtant, ils déterminèrent l’identité du dirigeant exécutif le plus puissant d’Europe.

Certains défenseurs affirment que c’est ainsi que l’UE a été conçue pour fonctionner. Ils soutiennent que cela reflète la nature hybride de l’Union, à la fois supranationale et intergouvernementale. Les électeurs choisissent les membres du Parlement, mais les États membres élisent le président de la Commission.

Le véritable critère, selon eux, est l’efficacité du système. Cette affirmation repose sur une mauvaise interprétation de l’objection. Le reproche ne porte pas sur l’existence de négociations intergouvernementales, mais sur le fait que l’UE se présente comme un système démocratique tout en s’appuyant sur un mode de sélection des dirigeants qui marginalise les citoyens lorsque les enjeux sont les plus importants. Un système qui accorde aux citoyens le droit de vote mais pas le pouvoir de choisir leurs dirigeants engendre la désillusion. Il encourage une participation sans réelle autonomie. Il produit des institutions qui paraissent inaccessibles car elles le sont.

Pour bien saisir la différence, comparons l’UE à une démocratie parlementaire fonctionnelle. Au Royaume-Uni, les électeurs élisent le Parlement. Le chef du parti majoritaire devient Premier ministre. Si les électeurs sont mécontents du gouvernement, ils peuvent le destituer lors des élections suivantes. Le pouvoir exécutif est lié à l’électorat par le biais du Parlement. Les partis font campagne en présentant leur chef comme le futur chef du gouvernement. Chacun sait pour qui il vote.

Au sein de l’UE, ce lien fait défaut. Les électeurs élisent les membres du Parlement, mais le pouvoir exécutif émane d’un conseil de dirigeants nationaux responsables uniquement devant leurs électeurs. Les électeurs espagnols ne choisissent pas le chancelier allemand, pourtant ce dernier joue un rôle central dans la désignation du président de la Commission, qui gouverne l’Espagne en matière de droit européen. La logique est inversée. Le pouvoir monte vers Bruxelles, mais la responsabilité ne revient pas au citoyen.

Une seconde confusion découle de l’affirmation selon laquelle, puisque le Parlement européen peut destituer la Commission par un vote de défiance, le système s’apparente à un contrôle parlementaire national. Or, le seuil de destitution est exceptionnellement élevé et n’a jamais été atteint. Cette procédure est mal adaptée aux situations où le mécontentement est généralisé sans être concentré au sein d’une seule faction.

Un mécanisme de responsabilisation efficace doit être opérationnel dans des conditions politiques normales. En pratique, la direction de la commission est assurée, sauf si une supermajorité de gouvernements nationaux et de parlementaires s’y oppose, ce qui est rare. Ce système isole le pouvoir exécutif de l’électorat et, par conséquent, favorise les décisions qui privilégient la continuité bureaucratique au détriment de la prise en compte des réalités démocratiques.

Si le lecteur doute que cet isolement soit intentionnel, qu’il examine le rôle de la notoriété et de la popularité dans le processus de sélection. Un système démocratique valorise les candidats qui cultivent la familiarité et la confiance du public. Le système de l’UE valorise l’inverse. La faible notoriété d’Ursula von der Leyen en 2019 a été un atout. Son mandat impopulaire de ministre de la Défense n’a pas freiné son ascension, car la décision n’était pas soumise à un examen public.

En 2024, l’impossibilité pour les électeurs européens d’exprimer leur désapprobation par un vote direct était sans importance. Ce qui importait, c’était l’équilibre des pouvoirs au sein du Conseil européen et la volonté des dirigeants nationaux de conserver leur influence à Bruxelles. Les électeurs étaient spectateurs d’une mise en scène orchestrée à leur avantage, et non acteurs d’une véritable lutte pour le pouvoir.

Certains affirment que l’élection directe du président de la Commission résoudrait le problème. C’est possible, mais cela engendrerait aussi de nouvelles tensions. Une Union incapable de s’entendre sur l’intégration fiscale pourrait avoir du mal à désigner un exécutif politique unique. Cependant, l’existence de difficultés ne justifie pas le statu quo. Les démocraties sont constamment confrontées à des difficultés. Ce qu’elles ne font pas, c’est prétendre que les électeurs ont choisi des dirigeants qu’ils n’ont jamais eu l’occasion de sélectionner. Le problème de légitimité de l’UE découle du décalage entre l’apparence du choix démocratique et la réalité de la nomination bureaucratique.

Une question plus modeste se pose : l’UE peut-elle conserver la confiance du public avec son système actuel ? La participation aux élections législatives a augmenté ces dernières années, mais elle ne s’est pas traduite par une plus grande influence sur le pouvoir exécutif. Les électeurs finissent par se rendre compte que leurs choix restent sans conséquence.

Un système qui demande aux citoyens de voter mais leur refuse tout pouvoir favorise l’aliénation. Il alimente également l’idée, notamment en Europe centrale et orientale, que Bruxelles fonctionne comme une administration post-démocratique, une arène où fonctionnaires et dirigeants nationaux négocient des décisions sur lesquelles le public n’a aucune influence réelle.

Ceci nous ramène à la thèse centrale : l’Europe n’élit pas ses dirigeants. Elle élit des représentants qui peuvent influencer la législation, mais qui ne contrôlent pas la composition du pouvoir exécutif. Le véritable pouvoir de sélection repose entre les mains d’un petit nombre de dirigeants nationaux dont les motivations divergent souvent de celles de leurs citoyens.

L’UE a créé une simulation de choix démocratique sans autorité démocratique.

C’est une structure qui ressemble à la démocratie, fonctionne comme une bureaucratie et se soustrait à toute obligation de rendre des comptes. Cette structure peut servir les intérêts de ceux qui privilégient une gouvernance technocratique. Elle ne sert pas les intérêts des électeurs qui estiment que les élections doivent déterminer qui détient le pouvoir.

 Source American Liberty News décembre 2025


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