Macron n’a même pas eu la décence de subordonner sa reconnaissance d’un État palestinien inexistant à la libération des otages par le Hamas.
À la veille du Nouvel An juif, alors que les familles du monde entier se préparaient à célébrer le renouveau et la résilience, le président français Emmanuel Macron a choisi un symbole différent.
Il a officiellement reconnu, le 23 septembre, aux Nations Unies, un prétendu État palestinien – un acte qui a enhardi le Hamas, alors même que les vingt otages israéliens que l’on croyait encore en vie étaient affamés, torturés et piégés dans les tunnels de Gaza. Macron n’a même pas eu la décence de subordonner sa reconnaissance d’un État palestinien inexistant à la libération des otages par le Hamas.
D’autres dirigeants modestes et modérés, bénéficiant d’une large base islamiste, ont rejoint Macron dans cette démonstration narcissique : le Premier ministre britannique Keir Starmer, le Premier ministre australien Anthony Albanese et le Premier ministre canadien Mark Carney. Ils ont suivi l’exemple de Macron en accordant une légitimité internationale à une cause vouée au terrorisme.
Le moment choisi n’aurait pas pu être plus cynique . Il a bafoué la dignité des otages et de leurs familles, et récompensé des forces qui glorifient la conquête et le carnage, y compris en Occident.
L’ Autorité palestinienne continue de fonctionner comme une dictature non élue, canalisant des millions de dollars vers son tristement célèbre programme d’« emplois » de tuerie – parfois qualifié d’« aide sociale » – qui verse des salaires aux terroristes et à leurs familles en fonction du nombre de Juifs qu’ils assassinent. Plus ils assassinent de Juifs, plus leur allocation mensuelle est élevée. Les manuels scolaires palestiniens continuent d’effacer Israël des cartes, de présenter les Juifs comme des usurpateurs et d’enseigner aux enfants que l’aspiration ultime est le martyre.
Le terroriste qui a brûlé vifs une mère et son enfant est rémunéré par l’Autorité palestinienne
La reconnaissance de Macron, saluée par de larges pans de l’Europe et au-delà, n’était pas l’acte d’un homme d’État en quête de paix.
C’était une tentative pitoyable de s’accrocher au pouvoir par un dirigeant affaibli, cherchant désespérément à se poser en « arbitre moral » à l’étranger tout en évitant de rendre des comptes sur son propre territoire. Macron est prêt à trahir les Israéliens, qui se battent non seulement pour l’Occident, mais aussi pour son propre peuple, les Français.
Le grand chef français Charles Martel, qui repoussa les musulmans qui tentaient de conquérir la France à Tours en 732, mourrait probablement à nouveau de dégoût.
Le calcul de Macron est transparent : apaiser un électorat musulman de plus en plus affirmé, satisfaire les élites progressistes et espérer qu’un geste international détournera l’attention du public français de son autorité nationale en déclin .
Ce n’est pas la première fois que, dans des moments d’épreuve morale, la France trahit ses propres idéaux. Il n’y a pas si longtemps, la France capitulait devant Hitler et vivait sous le régime collaborationniste du Troisième Reich, Vichy.
La nation même qui se proclame berceau des Droits de l’Homme a un long et très controversé passé à l’égard des Juifs et, plus tard, de l’État juif.
De l’hystérie antisémite de l’affaire Dreyfus à la rhétorique anti-israélienne de Charles de Gaulle, de la protection accordée par la France au Grand Mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, après la Seconde Guerre mondiale, à l’accueil réservé à l’ayatollah Ruhollah Khomeini à la veille de la Révolution islamique iranienne, Paris a oscillé à maintes reprises entre de nobles proclamations universalistes et des concessions sordides .
La position actuelle de la France sous Macron n’est pas une aberration. C’est le dernier chapitre d’une longue histoire de politiques ambiguës – et souvent hypocrites – envers le peuple juif et l’État d’Israël. Pour comprendre cette trajectoire, il faut commencer au moment même où le sionisme politique moderne est né : l’affaire Dreyfus, en plein cœur de Paris.
I. Dreyfus comme matrice : la naissance du sionisme politique moderne
En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus, officier juif de l’armée française, fut faussement accusé de trahison. Le scandale qui s’ensuivit déchira la société française, divisant le pays en deux camps : les antidreyfusards, imprégnés de théories du complot antisémites, et les défenseurs de Dreyfus, ralliés aux principes de preuve, de justice et d’égalité devant la loi.
L’hystérie ne se limitait pas aux tribunaux. Les journaux français diffusaient des caricatures venimeuses présentant les Juifs comme des traîtres, des parasites et des intrus étrangers au sein du corps politique français. La foule scandait « Mort aux Juifs » dans les rues de Paris.
Pour beaucoup, l’affaire ne concernait pas la culpabilité ou l’innocence d’un officier, mais la place des Juifs en France même.
Un homme observa cette tragédie avec une intensité particulière : Theodor Herzl, un journaliste juif viennois qui couvrait le procès. Herzl avait autrefois cru aux promesses du libéralisme européen, convaincu que les Juifs pouvaient s’intégrer pleinement au sein des États-nations modernes. Pourtant, à Paris, il constata la fragilité de ce rêve. Si l’antisémitisme pouvait éclater avec une telle virulence au pays de Voltaire (qui, hélas, était lui-même un antisémite venimeux) et des Lumières, alors l’émancipation était un mensonge. Les Juifs, concluait Herzl, ne seraient jamais en sécurité sans leur propre État.
De cette révélation naquit la brochure de Herzl, Der Judenstaat ( L’État juif ), parue en 1896, puis, un an plus tard, le premier congrès sioniste à Bâle. Sa vision n’émergea pas du néant ; elle naquit du venin dont il avait été témoin en France. L’affaire Dreyfus devint le creuset où se forgea le sionisme politique moderne.
Les courants intellectuels français ont non seulement donné naissance au sionisme, mais ont aussi nourri l’antisémitisme sous des formes qui allaient se propager dans le monde entier. Alors que la France oscillait entre défenseurs de la justice et marchands de haine, les lignes de front tracées dans les années 1890 allaient résonner tout au long du XXe siècle.
II. Lettres françaises et le puits empoisonné (années 1890-1930)
Il est difficile de comprendre la propagation moderne de l’antisémitisme européen sans prendre en compte son moteur littéraire français.
En 1886, Édouard Drumont publia La France juive , un best-seller qui présentait le sectarisme comme une explication complète du déclin français. Drumont ne se contenta pas de « décrire » les Juifs ; il les dénonça comme une cabale étrangère, conférant ainsi à un mouvement populaire à la fois ses slogans et son vernis pseudo-intellectuel. Son journal, La Libre Parole, normalisa le discours, faisant de l’antisémitisme une habitude quotidienne pour des milliers de lecteurs. Le modèle du complot, de la démonologie financière et du mépris culturel allait se répandre dans toute l’Europe et jusqu’au XXe siècle.
Dans l’entre-deux-guerres, le climat s’était dégradé. Jacques Doriot, autrefois communiste en pleine ascension, s’était mué en fasciste et avait fondé le Parti populaire français (PPF). Son parcours, de tribun d’extrême gauche à collaborateur nazi, incarnait une sombre convergence : la haine des Juifs comme pont entre les extrêmes. Sous l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, le PPF a appliqué des politiques antisémites et imité les méthodes nazies, démontrant ainsi comment la politique française pouvait servir de courroie de transmission à un totalitarisme importé.
Le canon littéraire lui-même ne fut pas épargné. Louis-Ferdinand Céline, l’un des romanciers français les plus doués stylistiquement, publia deux pamphlets notoires – Bagatelles pour un massacre (1937) et L’École des cadavres (1938) – imprégnés d’une bile antisémite génocidaire. Il ne s’excusa jamais. Même des décennies plus tard, les débats sur la réédition de ses pamphlets reconnaissaient leur caractère ouvertement antisémite et fasciste. Ce qui comptait pour le reste du monde, c’était leur valeur d’exportation : lorsque la haine est écrite avec élégance, elle se propage plus loin.
III. L’angle mort communiste : de Molotov-Ribbentrop au défaitisme (1939-1941)
Lorsque Staline signa son pacte de non-agression avec Hitler en août 1939, le choc parcourut toute l’Europe. Le Parti communiste français connut quelques difficultés, puis s’allia à Moscou.
Il en résulta une campagne de propagande prônant le défaitisme et une prétendue « paix » avec Hitler, précisément au moment où la France avait réellement besoin d’une mobilisation immédiate. Des analyses contemporaines et ultérieures montrent comment les communistes ont propagé l’idée que la guerre était « impérialiste », sapant ainsi la détermination nationale à un moment décisif.
Les travaux universitaires détaillent les changements tactiques et leur impact au sein des usines et des syndicats au cours de la période 1939-1940. Le récit est complexe, mais le fil conducteur ne l’est pas : entre 1939, le pacte de non-agression germano-soviétique, et juin 1941 (opération Barbarossa, lorsque l’Allemagne envahit l’Union soviétique), la position du Parti communiste français reflétait la politique soviétique, et non les intérêts de la France. Cette position, aussi rationalisée fût-elle, s’est révélée catastrophiquement en décalage avec la menace réelle à laquelle la France était confrontée.
Tandis que l’extrême droite avait donné la parole à l’antisémitisme, une partie de l’extrême gauche offrit à Hitler une occasion – brève mais fatale – de diviser et de démoraliser une démocratie. Motifs différents, même effet : la France est entrée dans la tourmente de la guerre après avoir été affaiblie de l’intérieur.
IV. Vichy : complicité de l’État et déportations
Après la défaite de la France face à l’Allemagne en 1940, la collaboration s’installa. Le régime de Vichy ne se contenta pas de se soumettre aux décrets allemands ; il embrassa son propre antisémitisme. L’appareil de Vichy fonctionnait avec un zèle bureaucratique : lois définissant qui était juif, exclusion des Juifs de toute profession, saisies de biens, internements et, finalement, déportations à Auschwitz. Le mythe entretenu d’une France « protégeant » les Juifs pendant que l’Allemagne les privait de liberté a depuis longtemps été démoli par l’ histoire . Vichy était un gouvernement français, promulguant des lois pour persécuter les Juifs sur le sol français et, dans de trop nombreux cas, les livrer à la mort.
Le choc est durable car la trahison était intime. La nation de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen a transformé son propre code juridique en arme contre une infime minorité qui avait combattu pour la France pendant les Première et Seconde Guerres mondiales et qui croyait en sa promesse. Ce n’était pas seulement une histoire d’occupation ; c’était une histoire nationale.
V. Realpolitik d’après-guerre : protéger le Grand Mufti
Peu d’épisodes illustrent aussi clairement la duplicité de la France que la protection qu’elle a accordée après la guerre à Amin al-Husseini, le Grand Mufti de Jérusalem.
Bien avant la Seconde Guerre mondiale, al-Husseini avait incité à des pogroms meurtriers contre les Juifs de Palestine, notamment en 1929 à Hébron et Safed. Al-Husseini apporta ensuite un soutien idéologique au pogrom de Farhud en Irak en 1941, au cours duquel plus d’une centaine de Juifs furent assassinés et des centaines d’autres blessés.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Husseini fut un partenaire dévoué de l’Allemagne nazie : il diffusa depuis Berlin une propagande antijuive et antibritannique, fit pression sur Adolf Hitler et le chef SS Heinrich Himmler pour empêcher tout transfert de Juifs en Palestine, et participa même au recrutement de Musulmans bosniaques dans la Waffen-SS.
À la fin de la guerre, la nécessité de rendre des comptes était évidente. Le nom d’Al-Husseini fut évoqué pour le procès de Nuremberg ; la Yougoslavie déposa une demande d’extradition pour crimes de guerre, et la Grande-Bretagne insista initialement pour qu’il soit poursuivi.
Cependant, le gouvernement français, qui l’assigna à résidence de mai 1945 à mai 1946, avait d’autres priorités. Craignant apparemment de s’aliéner l’opinion arabe et désireux de préserver l’influence de la France en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, les responsables du ministère français des Affaires étrangères conclurent que la clémence envers Husseini serait récompensée diplomatiquement. Le poursuivre, craignaient-ils, risquerait de déclencher des soulèvements et de nuire à la bonne volonté des pays musulmans.
Les considérations politiques prirent le pas sur la justice. La détermination britannique s’affaiblit ; la Yougoslavie finit par abandonner sa demande. La France utilisa cet effondrement comme prétexte pour éviter un procès. En mai 1946, Husseini s’échappa opportunément de France pour l’Égypte. La plupart des historiens s’accordent à dire que cette fuite fut tolérée, voire facilitée, par le gouvernement français, désireux de se débarrasser d’un embarras politique tout en s’attirant les faveurs des dirigeants arabes.
Cet épisode a établi un modèle qui allait hanter la politique française pendant des décennies : contraint de choisir entre défendre la justice pour les victimes juives ou cultiver des alliances avec les Arabes, Paris a opté pour la seconde option. Ce faisant, la France a abrité l’un des antisémites les plus virulents du XXe siècle – un allié actif d’Hitler, un recruteur pour les SS et un instigateur de pogroms – car son utilité politique l’emportait sur l’impératif moral de rendre des comptes .
S’ensuivit une brève période d’alliance et de partenariat rationnels entre la France et Israël, qui conduisit finalement les deux pays à devenir des puissances nucléaires. Malheureusement, cette lune de miel ne dura pas.
VI. De Gaulle et la « politique arabe » (1967 et après)
La réaction de Charles de Gaulle à la guerre des Six Jours marqua une rupture radicale dans la politique française envers Israël. Quelques jours après la victoire militaire éclatante d’Israël en juin 1967, Paris, qui était auparavant l’un des principaux fournisseurs d’armes d’Israël, imposa un embargo sur les armes, rompant ainsi les liens militaires et marquant un tournant stratégique vers les capitales arabes.
Cet embargo, ainsi que le langage dur employé par de Gaulle pour décrire Israël et les Juifs – les qualifiant à un moment donné de « peuple sûr de lui et dominateur » – laissèrent une cicatrice durable dans les relations franco-israéliennes et ouvrirent la voie à une diplomatie française plus ouvertement pro-arabe et pragmatique.
La logique de ce changement était simple : la France se réorientait vers ce qu’elle percevait comme des intérêts nationaux à long terme – l’approvisionnement énergétique grâce au pétrole arabe, les liens commerciaux et l’influence en Afrique du Nord après la décolonisation – même au prix de l’aliénation d’un allié démocratique. De Gaulle était manifestement convaincu que le maintien de bonnes relations avec le monde arabe servirait le rôle mondial de la France et contribuerait à garantir son indépendance vis-à-vis des États-Unis et de l’Union soviétique. La conséquence morale, cependant, était un double standard évident : une rhétorique universaliste à l’intérieur du pays ; des coups bas transactionnels à l’extérieur.
VII. Giscard, le regroupement familial et le tournant démographique (1974-1981)
L’ordre social et politique français d’après 1968 a été marqué par des politiques dont l’impact social et politique à long terme a été sous-estimé par de nombreux commentateurs. Parmi ces politiques figurait le cadre juridique du regroupement familial pour les immigrés, consolidé au milieu des années 1970 sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing et de ses premiers ministres.
En autorisant les travailleurs immigrés de longue date à faire venir leur famille en France, les gouvernements successifs ont transformé une politique de l’emploi temporaire en un changement démographique plus permanent, avec des conséquences importantes sur la politique intérieure et la composition de l’électorat qui, au cours des décennies suivantes, allaient fortement influencer l’approche de la France au Moyen-Orient.
Il est important d’insister soigneusement sur la causalité : la législation sur le regroupement familial n’a pas déterminé de manière déterminante un choix de politique étrangère. Elle a néanmoins contribué à créer les circonscriptions électorales dont les préoccupations et les votes allaient peser de plus en plus lourd pour les dirigeants français – et auprès desquelles les élites politiques ont parfois cherché à obtenir des gestes de conciliation en matière de politique étrangère par opportunisme politique. En bref, la politique d’immigration est devenue un facteur important dans les calculs géopolitiques de la France.
VIII. Le refuge de Khomeiny : la rampe de lancement involontaire de la France (1978-1979)
Lorsque l’ayatollah Ruhollah Khomeini passa ses derniers mois d’exil à Neauphle-le-Château, près de Paris, la France devint, par inadvertance, une plateforme de diffusion pour le mouvement révolutionnaire islamique iranien.
Grâce à une large liberté de la presse et à un corps médiatique international assidu rassemblé autour du religieux, les sermons et déclarations de Khomeini furent rapidement retransmis en Iran. Ce que les autorités françaises considéraient comme une solution humanitaire et logistique à court terme se transforma en erreur stratégique : la relative ouverture de la France amplifia le message de Khomeini et l’aida à consolider un discours révolutionnaire qui allait bientôt renverser le Shah d’Iran et instaurer un régime théocratique, djihadiste et anti-occidental.
La décision d’autoriser Khomeini à entrer sur le territoire français était complexe. Expulsé de Nadjaf, en Irak, il cherchait un lieu d’où il pourrait librement communiquer ses messages à l’Iran. Selon les reportages de l’époque et les récits ultérieurs, les responsables français et leurs hôtes locaux étaient davantage guidés par des considérations d’asile et les formalités des visas que par une quelconque intention de soutenir une révolution islamique. Pourtant, son séjour en France a eu pour effet stratégique de donner à Khomeini un immense porte-voix international. Les médias français – et la protection des droits civiques en France – ont transformé un religieux reclus en icône mondiale.
IX. Mitterrand, Beyrouth et le paradoxe de la protection (1982)
La guerre du Liban de 1982 a démontré une fois de plus comment la France pouvait se positionner rhétoriquement comme médiatrice tout en poursuivant des politiques jugées opaques, voire hostiles, par beaucoup en Israël et aux États-Unis. A
lors que les forces israéliennes se rapprochaient de Beyrouth-Ouest et que les dirigeants de l’OLP étaient menacés d’anéantissement, Paris, sous la présidence de François Mitterrand et par le biais de sa politique étrangère, a préconisé la création d’une force multinationale pour superviser l’évacuation de l’OLP du Liban. La France a fait pression pour que le contingent multinational censé superviser le retrait de l’OLP soit mis à contribution et a fourni des troupes. La posture diplomatique française a été présentée comme sauvant l’OLP d’une destruction totale. Le chef de l’OLP, Yasser Arafat, a lui-même exprimé publiquement sa gratitude à la France pour son rôle dans l’organisation et la garantie de l’évacuation.
Cette même intervention a néanmoins alimenté les récits de partialité française.
Les critiques ont soutenu que la volonté de Paris de jouer les bergers auprès d’Arafat reflétait non pas un instinct humanitaire neutre, mais une tendance politique constante à courtiser l’opinion arabe et à préserver l’influence française au Levant.
La force multinationale a réussi à évacuer des milliers de terroristes de l’OLP et les dirigeants de l’organisation, mais les conséquences sanglantes dans la région ont révélé les limites du théâtre diplomatique lorsqu’il n’est pas assorti de mesures décisives pour protéger les civils et affronter les milices. Le rôle de la France à Beyrouth en 1982 est donc ambigu : protecteur de l’évacuation sur le papier ; en pratique, un État dont les choix politiques généraux ont à plusieurs reprises privilégié l’accommodement des terroristes au détriment de la responsabilisation.
X. L’« accord secret » : le FPLP et les services de renseignement français
L’un des épisodes les plus sombres et les plus révélateurs de la diplomatie française de la fin du XXe siècle fut la discrète coordination entre des éléments des services de renseignement français et des groupes terroristes palestiniens.
Dans les années qui suivirent une vague d’attentats terroristes sur le sol français dans les années 1970 et 1980, d’anciens responsables des services de renseignement français reconnurent plus tard que les services de sécurité du pays avaient conclu des accords informels avec des factions terroristes palestiniennes – non par sympathie pour leur cause, mais par pure volonté transactionnelle de tenir le terrorisme à distance des rues françaises.
Yves Bonnet, qui dirigeait la Direction de la surveillance du territoire (DST) au début des années 1980, a publiquement décrit comment la DST entretenait des liens avec des organisations terroristes palestiniennes comme une méthode « pragmatique » pour prévenir les attentats et préserver l’ordre intérieur.
Il ne s’agissait pas d’une diplomatie de haut vol . C’était un accord sous couvert de cynisme : tolérance et engagement limité en échange de la simple promesse que les meurtriers ne frapperaient plus la France.
Le coût moral fut énorme. En faisant de la stabilité leur priorité absolue, les autorités françaises normalisèrent tacitement les contacts avec les organisations ciblant les Juifs et les Israéliens. Ces arrangements secrets brouillèrent la frontière entre contre-terrorisme et collusion, et servirent d’exemple précoce d’un modèle français récurrent : lorsque la tranquillité et l’influence intérieures dans le monde arabe entrent en conflit avec la sécurité des Juifs, l’équilibre penche souvent en faveur de la tranquillité.
XI. Le réflexe arabisant de Chirac
La carrière de Jacques Chirac incarnait l’ambivalence de la diplomatie postcoloniale française : un dirigeant qui a publiquement dénoncé les crimes passés de la France contre les Juifs (son discours de 1995 reconnaissant sa responsabilité dans les déportations de Vichy est historique), tout en cultivant à maintes reprises des liens personnels et politiques avec des dirigeants arabes autoritaires.
Les liens de longue date, presque intimes, de Chirac avec l’Irak et avec Saddam Hussein en particulier étaient bien connus des cercles diplomatiques ; ces liens illustrent comment la politique étrangère française a souvent privilégié les relations personnelles et le commerce stratégique au détriment de la clarté morale.
La texture de ce réflexe est également visible dans des épisodes symboliques plus modestes. Lors d’une visite en Israël en octobre 1996 , le président Chirac s’est emporté face à ce qu’il a qualifié de « provocation » de la part d’agents de sécurité israéliens en civil lors d’une promenade dans la Vieille Ville de Jérusalem – un incident devenu emblématique de la sensibilité de Paris aux affronts perçus comme israéliens et de sa propension à dramatiser des griefs qui trouvaient un écho auprès de l’opinion publique arabe et musulmane.
Que cette explosion ait été théâtrale ou une véritable indignation, elle a alimenté un discours : la France soumettrait Israël à un examen minutieux, parfois perçu comme public et punitif, tout en restant discrète, conciliante ou accommodante envers les régimes arabes.
Chirac a également joué un rôle de coulisse dans les moments de crise régionale. Durant la période tendue qui a suivi l’échec de Camp David II et les violences qui ont entouré la seconde Intifada en 2000, la posture de Paris a privilégié la dissimulation diplomatique et la protection des dirigeants palestiniens, ce qui, selon ses détracteurs, a parfois protégé des personnalités dont les méthodes et la rhétorique ont durci le conflit au lieu de le résoudre. Cette posture – mi-humanitaire, mi-calcul géopolitique – a confirmé une habitude française : jouer le rôle de médiateur et d’intermédiaire moral tout en poursuivant des politiques qui préservent l’influence de Paris dans le monde arabe, comme son soutien à l’homme fort irakien Saddam Hussein.
XII. Al-Durrah : l’icône qui a divisé une nation
Rares sont les images du conflit israélo-palestinien qui ont eu l’impact émotionnel brut de la séquence diffusée par France 2 le 30 septembre 2000 : un père penché sur son fils, sous les balles sifflantes, et le garçon apparemment mourant devant la caméra.
La scène de Mohammed al-Durrah est devenue un symbole de la souffrance palestinienne et une image rassembleuse dans tout le monde musulman. Le reportage initial de France 2, narré par Charles Enderlin et filmé par Talal Abu Rahma, a été largement accepté comme réel et rediffusé ; il a façonné l’opinion internationale pendant les premiers mois de la deuxième Intifada, un violent soulèvement palestinien contre les Israéliens.
Ce récit, cependant, n’a pas résisté longtemps à l’examen médico-légal et juridique .
Les enquêtes ultérieures, le réexamen des images et plusieurs reconstitutions techniques ont soulevé de sérieux doutes quant à savoir si les tirs israéliens avaient causé la mort du garçon ou s’il avait même été abattu. Certains enquêteurs ont avancé que l’image avait été montée ou racontée d’une manière qui produisait une impression politiquement explosive non pleinement corroborée par le matériel brut – par exemple, comment se fait-il que, si Mohammad al-Durrah a été abattu, il n’y ait pas eu de sang sur les lieux ?
La controverse a donné lieu à des poursuites en diffamation, à des débats médiatiques houleux en France et à une longue guerre des récits : pour de nombreux critiques, l’affaire al-Durrah est devenue un test pour savoir si l’on pouvait faire confiance aux médias français pour couvrir avec sérénité la Palestine-Israël – ou si des images puissantes produites à l’étranger seraient transformées en instruments de mobilisation politique dans le pays.
Les conséquences politiques du scandale furent immédiates. L’image a exacerbé le sentiment anti-israélien dans l’opinion publique française, alimenté les protestations et durci la vision belliqueuse du conflit dans les médias et la politique français. Que l’on croie intégralement le récit original de France 2 ou que l’on accepte les reconstructions sceptiques, l’affaire al-Durrah a démontré comment une seule séquence télévisée peut bouleverser l’équilibre politique d’un pays et créer un problème durable de crédibilité pour ses médias .
XIII. L’intelligentsia antisioniste française
Au-delà des présidents et des chefs du renseignement, la classe intellectuelle et médiatique française a joué un rôle déterminant dans l’évolution des mentalités. De certains chroniqueurs influents aux éditoriaux de grandes publications, les discours antisionistes ont souvent imprégné le discours, versant parfois dans des excès rhétoriques risquant de confondre critique politique et dénigrement culturel ou religieux.
Des médias et des personnalités de l’ensemble de l’écosystème médiatique français — des principaux éditoriaux de Mediapart aux controverses au sein du Monde et de Libération — ont été accusés par leurs critiques d’une couverture asymétrique qui place les pires actions d’Israël au centre tout en « contextualisant » ou en minimisant l’incitation, la violence et le terrorisme des Palestiniens et d’autres acteurs extrémistes.
Edwy Plenel lui-même, avant de fonder Mediapart et après avoir été rédacteur en chef du Monde , a un parcours illustrant ce problème. En 1972, alors qu’il écrivait pour Rouge , l’hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire trotskiste, il réagit au meurtre d’athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich non pas par une condamnation, mais par des éloges. Il affirmait qu’« aucun révolutionnaire ne pouvait renier Septembre Noir » après le meurtre des athlètes israéliens, offrant ainsi ce que ses contemporains qualifiaient de « soutien inconditionnel » aux terroristes.
Bien que Plenel ait depuis pris ses distances avec ce radicalisme juvénile, reconnaissant qu’il était indéfendable, l’épisode reste un solide rappel de la manière dont une partie de l’intelligentsia française a franchi la ligne de la critique politique à la glorification de la terreur.
Ce contexte engendre deux problèmes connexes.
Premièrement, il rend le débat public français particulièrement capricieux : une grande partie des institutions françaises qui forgent l’opinion interprètent les événements à travers des cadres qui mettent souvent l’accent sur l’universalisme français et le langage des droits humains, mais appliquent ces cadres de manière inégale lorsque les Juifs et Israël sont impliqués.
Deuxièmement, il autorise les acteurs politiques à mener des politiques qui reflètent le discours des élites – des politiques qui, pour des raisons de politique intérieure ou de positionnement international, peuvent être nettement moins favorables à Israël qu’à des États rivaux. Le résultat est prévisible : lorsque l’indignation morale est sélective, la crédibilité s’érode – et la communauté juive, et Israël, en paient souvent le prix.
XIV. La couverture médiatique qui a induit une nation en erreur
Aucune analyse de la position ambiguë de la France envers Israël ne serait complète sans un examen minutieux de son écosystème médiatique . Depuis des décennies, les unes du Monde , de Libération et du Monde Diplomatique offrent un cadrage disproportionné qui diffame Israël tout en édulcorant la violence palestinienne.
Les titres qualifiant le contre-terrorisme israélien d’« agression », tout en minimisant les tirs de roquettes ou les attentats-suicides, ont façonné l’opinion publique française, parfois plus résolument que les discours présidentiels.
L’effet de cette orientation éditoriale est cumulatif : chaque couverture, chaque tribune, chaque image biaisée s’intègre dans une architecture narrative où Israël apparaît comme l’agresseur permanent et les Palestiniens comme les victimes archétypales.
Cette distorsion n’est pas seulement théorique. Elle influence les choix politiques, enhardit les intellectuels qui confondent antisionisme et vertu morale, et renforce un climat où les politiciens savent qu’ils peuvent marquer des points en affichant leur distance par rapport à Jérusalem. À long terme, la couverture médiatique a renforcé le deux poids, deux mesures et fourni une couverture culturelle aux trahisons diplomatiques.
XV. Qatar, Inc. : Argent, influence et l’aveuglement de Macron
Le XXIe siècle a ajouté une dimension plus transactionnelle à la politique arabe de la France : l’investissement dans l’économie française. Peu d’États ont investi avec autant d’agressivité dans les actifs et les entreprises françaises que le Qatar. Cet émirat riche en pétrole a investi des milliards dans l’immobilier parisien, les holdings médiatiques, les maisons de luxe et les franchises sportives.
L’acquisition du Paris Saint-Germain est devenue un symbole de l’ancrage profond du capital qatari dans la vie publique française. À ces investissements s’est ajouté un soft power : chaînes de télévision, groupes de réflexion et campagnes d’influence visant à diffuser le discours de Doha dans le discours français.
Le bilan du Qatar n’est pas sans faille . Pendant des années, il a financé le Hamas et protégé ses dirigeants. Que la France ait toléré – et même courtisé – le Qatar malgré ces liens témoigne d’un schéma bien connu : l’opportunisme géopolitique l’emportant sur la clarté morale. Macron lui-même a hésité sur le Qatar, oscillant entre critiques modérées et adhésion enthousiaste. Le paradoxe est fallacieux : alors que Macron prône la laïcité républicaine chez lui, il accueille favorablement les investissements d’une monarchie accusée d’alimenter l’extrémisme islamiste à l’étranger.
Certains investisseurs qataris se sont récemment retirés des marchés français, laissant entendre que le soutien de Doha est conditionnel et que l’équilibre entre les intérêts de Macron offre des rendements incertains. Parallèlement, Macron vante de nouveaux partenariats économiques, notamment la promesse de 10 milliards d’euros d’investissements qataris en France – rappelant que les belles positions diplomatiques sont souvent atténuées par des accords financiers pragmatiques.
XVI. La France Insoumise : La menace intérieure.
En France, un parti politique d’extrême gauche est devenu une force déstabilisatrice. La France Insoumise (LFI), dirigée par Jean-Luc Mélenchon, a adopté des méthodes d’agitation politique qui rappellent de plus en plus les stratégies nazies : intimidation de rue, propagande permanente et recours obsessionnel à des boucs émissaires. LFI a placé l’antisémitisme et l’hostilité envers Israël au cœur de son discours.
Des députés comme Thomas Portes, Aymeric Caron et Rima Hassan ont transformé leur obsession antisioniste en un projet politique quasi monopolistique, utilisant Israël comme paratonnerre pour susciter le ressentiment.
L’objectif est clair : capter le plus de voix possible au sein des communautés immigrées, où cette rhétorique trouve un terreau fertile. Pour Macron, désormais impopulaire auprès d’une large majorité de la population française d’origine autochtone ou intégrée, « jeter Israël sous le bus » sert un double objectif : tenter de séduire une partie de cet électorat tout en apaisant un mouvement de rue ultra-violent enhardi par les incitations constantes de LFI.
XVII. 7 octobre 2023 et après : le discours anti-israélien de Macron
Le massacre du Hamas du 7 octobre 2023 a été un véritable point d’éclair moral. Au départ, les propos de Macron étaient sans équivoque : « La France est solidaire d’Israël et des Israéliens, attachée à leur sécurité et à leur droit à se défendre », écrivait-il le jour de l’attaque. Pourtant, en quelques mois, la rhétorique a évolué.
Alors que les images poignantes de Gaza saturaient les médias internationaux et que la pression montait de la gauche européenne et des communautés musulmanes en France, Macron a commencé à mettre l’accent sur les préoccupations « humanitaires » et à appeler publiquement au cessez-le-feu et à la retenue. Le 25 juillet 2025, il a annoncé sur X que « l’urgence aujourd’hui est que la guerre à Gaza cesse et que la population civile soit sauvée », et a déclaré son intention de reconnaître officiellement un État palestinien aux Nations unies – ce qu’il a fait le 23 septembre 2025 .
Ce revirement révèle la faiblesse du calcul de Macron. Il a présenté la « reconnaissance » aux Nations Unies comme un correctif humain – un moyen de « restaurer l’espoir politique » et de raviver la solution à deux États – mais cette décision était à la fois malvenue et politiquement naïve, voire hypocrite.
La publication de Macron sur X insistait sur la conditionnalité (le Hamas doit abandonner le contrôle et l’Autorité palestinienne doit se réformer), mais ces conditions restent inapplicables en pratique. Un État sans garanties concrètes risque de récompenser ceux-là mêmes – comme le Hamas et ses parrains – qui utilisent le terrorisme comme une politique. La déclaration de Macron ressemble moins à de la diplomatie qu’à des tirs à blanc : une tentative symbolique d’apaisement pour apaiser les voix de certains électeurs et reconquérir la supériorité morale à l’étranger en proposant un État que quelqu’un d’autre – une nation souveraine, lointaine – est censé mettre en place, tout en ne proposant rien du tout à Israël et aux États-Unis.
La réaction internationale fut immédiate et révélatrice. Les partisans de la ligne dure israélienne saisirent l’occasion pour durcir leur position. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, remercia publiquement Macron – ironiquement – d’avoir fourni « une raison supplémentaire » de réclamer la souveraineté israélienne sur certaines parties de la Judée-Samarie, tandis que d’autres ministres évoquaient ouvertement des mesures d’annexion qui jusqu’alors étaient restées largement rhétoriques. De telles réactions étaient prévisibles : la reconnaissance unilatérale encourage les contre-attaques maximalistes de la partie menacée.
Washington n’a pas non plus adhéré à la stratégie de Macron. Des responsables américains ont publiquement averti qu’une reconnaissance européenne unilatérale affaiblirait l’influence des négociations sur les otages et pourrait renforcer les factions extrémistes au sein de la politique palestinienne. L’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a déclaré : « Si la France est vraiment déterminée à créer un État palestinien, j’ai une suggestion à lui faire : se tailler un morceau de la Côte d’Azur. »
L’acte symbolique de Macron a effectivement saboté les canaux, menés par les États-Unis, les plus susceptibles de sécuriser les otages et de contenir le Hamas.
Sur le plan intérieur, la manœuvre de Macron a mal fonctionné. De nombreux sondages indiquent qu’une large majorité des Français – environ les trois quarts – s’oppose à une reconnaissance immédiate et inconditionnelle d’une « Palestine » tant que des otages israéliens resteront à Gaza ou que le Hamas restera au pouvoir.
Le décalage entre Macron et son électorat est frappant. Alors qu’il cherchait à être applaudi à l’étranger, il était largement perçu dans son pays comme se livrant à des postures morales qui avaient peu de chances d’apporter la paix et beaucoup de chances d’aggraver la situation.
La crédibilité de Macron a été encore davantage entamée par d’autres crises intérieures qui ont révélé une lassitude de la gouvernance et des dérives stratégiques. Son administration a été ébranlée par des manifestations de rue répétées – contre la réforme des retraites, l’austérité et d’autres mesures – et l’autorité de son gouvernement a été affaiblie par des scandales et une popularité en baisse.
Ces faiblesses signifient que Macron dispose de moins de ressources politiques intérieures pour absorber une réaction internationale négative ou pour promouvoir une politique étrangère susceptible de compromettre son avenir politique. Le moment choisi pour reconnaître un État palestinien inexistant ressemblait moins à un objectif moral élevé qu’à l’acte mal calculé d’un dirigeant aux abois cherchant à relancer une carrière en déclin.
La déclaration de « reconnaissance » de Macron fera probablement plus de mal que de bien.
Elle a suscité la colère d’Israël, n’a pas réussi à convaincre les États-Unis, s’est aliéné des pans entiers de son propre électorat et a encouragé les partisans de la ligne dure israélienne à envisager une annexion permanente. Le résultat est politiquement à l’opposé de ce que Macron pensait promettre. Il ne s’agit pas d’une diplomatie relancée, mais d’une impasse plus difficile et plus dangereuse, la réputation de la France en tant que médiateur impartial étant gravement entachée.
Ce décalage – entre un président cherchant désespérément l’approbation à l’étranger mais tentant de séduire un public de plus en plus sceptique face aux prétentions des élites – est l’ironie ultime. La nation d’Alfred Dreyfus, d’Émile Zola et des Droits de l’Homme, si souvent invoquée comme le symbole d’un « universalisme » dont personne ne semble plus vouloir, se retrouve dirigée par un gouvernement plus soucieux de belles paroles que de justice véritable.
La manœuvre de Macron, comme l’embargo de de Gaulle sur Israël, comme l’accueil réservé par la France à Amin al-Husseini, restera dans les mémoires non pas comme une démonstration de diplomatie, mais comme une nouvelle illustration du deux poids, deux mesures de la France envers les Juifs, Israël et d’autres politiques où elle se pose en avatar de la vertu.
Et ensuite ?
La relation complexe de la France avec les Juifs, le sionisme et Israël s’étend de l’affaire Dreyfus au théâtre diplomatique actuel sous Macron. Cette histoire est une mosaïque d’idéaux nobles, de trahisons et de compromissions odieuses qui ont privilégié les intérêts français à la clarté morale, ainsi que d’une succession de dirigeants qui ont parfois courtisé les dirigeants et les « causes » arabes pour des raisons de stratégie, de prestige ou de politique intérieure.
Ce qui est nouveau – et alarmant – c’est la façon dont une présidence française contemporaine, ambitieuse à l’étranger mais faible sur le plan intérieur, a choisi une voie symbolique, unilatérale et idyllique – en reconnaissant le statut d’État d’une « Palestine » fictive – dans un contexte de violence extrême, de prises d’otages et de fragilité diplomatique.
La décision de Macron est présentée comme un outil pragmatique pour recadrer la région et « isoler le Hamas », alors qu’elle n’a fait que durcir la position d’Israël, aliéné de larges pans de l’opinion publique française et rouvert de vieilles blessures que la politique française d’après-guerre n’avait jamais complètement guéries.
Si l’oscillation séculaire de la France entre principes et intérêts personnels nous enseigne quelque chose, c’est que des gestes déconnectés des réalités du terrain et d’une application crédible des règles conduisent rarement à la paix. Reconnaître un État inexistant – alors que des otages sont toujours retenus captifs et que le Hamas est toujours au pouvoir – privilégie la force à la reconstruction et les discours aux résultats. La seule voie durable nécessitera des garanties de sécurité crédibles, un plan applicable de désarmement des groupes terroristes et une stratégie diplomatique coordonnée avec Israël et les États-Unis – et non une simple prouesse diplomatique qui attise les passions, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Enfin, une France raisonnable doit affronter son passé avec honnêteté : les tensions antijuives, les collaborateurs nazis qui ont facilité la déportation des Juifs vers la mort, les compromis d’après-guerre qui ont protégé les criminels de guerre et les fréquentations répétées avec les mouvements illibéraux à l’étranger.
Ce n’est qu’en affrontant des politiques qui lui font plus de mal que de bien qu’elle pourra promouvoir de manière crédible « la paix et la prospérité », que ce soit au Moyen-Orient ou sur son territoire.
Que pensez-vous de cet article ? Partagez autant que possible. L'info doit circuler.
|
Aidez Elishean à survivre. Merci |











