Nouveau paradigme

Mark Zuckerberg rejoint Trump et Musk pour la liberté d’expression

Le patron de Meta, qui contrôle Facebook, Instagram et Threads, enterre sa politique de fact-checking et de filtrage des contenus racistes et homophobes.

C’est un tremblement de terre de forte magnitude qui a secoué le Web mardi 7 janvier. Mark Zuckerberg, patron de Meta (maison mère de Facebook, Instagram et Threads), a annoncé dans une vidéo son ralliement total aux valeurs de Donald Trump et d’Elon Musk.

La plus grande plateforme sociale occidentale ne combattra plus les fausses informations et les tentatives de détournement des élections, pas plus que le racisme ou l’homophobie, au nom d’une liberté d’expression totale.

S’il n’a jamais été le représentant d’une Silicon Valley éthique, le revirement de Mark Zuckerberg marque la soumission quasi totale des poids lourds de la tech américaine à la future administration Trump.


Dans une vidéo hallucinante de cinq minutes, que beaucoup ont d’abord crue fausse, Mark Zuckerberg a renié les principes défendus jusqu’alors par son groupe au côté de l’administration démocrate de Joe Biden.

Au nom de la liberté d’expression telle qu’elle est défendue par le mouvement Make America Great Again (MAGA) de Donald Trump, c’est-à-dire sans limite à la propagation de fausses informations et d’opinions extrêmes, Meta annonce une levée généralisée de ses filtres de contenus, à l’exception des violations « les plus sévères ».

Le changement interviendra d’abord aux États-Unis avant d’être étendu sur toute la planète.

« Point de bascule culturel »

« Au départ, j’ai pensé que c’était un deepfake [une fausse vidéo, NDLR], je me suis dit que ce n’était pas possible d’annoncer quelque chose d’aussi énorme en étant assis devant un mur de sa maison », nous confie Julien Pain, journaliste spécialisé dans le fact-checking, rédacteur en chef et présentateur de Vrai ou faux, sur France Info*.

« Un tel alignement sur le discours d’Elon Musk est fascinant de la part de quelqu’un qui était son plus grand ennemi », ajoute-t-il, estimant : « Zuckerberg n’a pas un engagement politique très fort. Il a retourné sa veste, sous la pression probablement de Musk et de Trump, en prenant une décision qui, de toute façon, est bonne pour son business, car une plateforme débridée génère plus d’interactions. »

« Nous nous débarrasserons des filtres liés à l’immigration ou au genre, qui sont déconnectés des discours majoritaires », a précisé Mark Zuckerberg. Le racisme ou l’homophobie seront vraisemblablement tolérés, forme extrême d’opposition à la politique woke des démocrates qui a exaspéré l’opinion publique américaine. « Il semble que nous soyons dans une nouvelle ère », a ajouté le milliardaire, estimant que « les récentes élections [américaines, NDLR] sont un point de bascule culturel ».

Le Texas, la nouvelle Californie

Zuckerberg a annoncé la mise à mort de sa politique de fact-checking, qui était destinée à rétablir les faits face aux fausses informations.


« Les fact-checkers sont politiquement biaisés », a-t-il affirmé en annonçant se « débarrasser des fact-checkers pour les remplacer par des notes de la communauté, similaires à celles de X », le réseau social d’Elon Musk (anciennement Twitter).

Ces notes reposent sur le principe de sagesse collective des internautes qui, parfois mieux que les services de modération, signalent et mettent en contexte de fausses informations.

Mais lorsque les internautes les plus mobilisés défendent une fausse information, le combat est perdu.

Les équipes de filtrage des contenus de Meta vont déménager de Californie pour s’installer au Texas, État républicain ultraconservateur par excellence, où les drapeaux confédérés côtoient souvent la bannière étoilée.

« Ce que dit Zuckerberg, c’est que l’Amérique de Trump a gagné, qu’il faut en finir avec les délires woke des côtes est et ouest et que c’est au Texas que doit se jouer la pensée dominante », analyse Julien Pain.

L’Europe censure plus que la Chine, selon Zuckerberg

Le patron de Meta fait allégeance à l’administration Trump, estimant que les quatre dernières années ont été « tellement difficiles lorsque même le gouvernement américain poussait à plus de censure ». Il en profite pour attaquer les États qui, selon lui, menacent le plus la liberté d’expression.

Sa première cible n’est pas la Chine, mais l’Europe, avec « ses lois sans cesse plus nombreuses pour institutionnaliser la censure ».

« Le problème n’est pas tant l’arrêt des financements du fact-checking de la part de Meta, car la plupart des grands médias vont continuer à faire ce travail de vérification des informations », précise Julien Pain*.

« Ce qui est important, c’est que l’on a désormais les deux plus gros réseaux sociaux du monde qui ont un discours commun dénonçant les fact-checkers comme une profession politisée, défendant une certaine vision du monde : c’est une idée pernicieuse propagée par les extrêmes dans le monde entier, qui nous présentent comme des censeurs », ajoute-t-il. «

Or nous ne censurons rien, nous ajoutons du contexte sur des messages factuellement faux », rappelle-t-il.

Facebook derrière la victoire de Trump en 2016

Rappel historique important : en 2016, Facebook avait involontairement offert à Donald Trump sa première victoire à l’élection présidentielle.

Le laxisme du réseau social face au scandale du ciblage des électeurs indécis avec de fausses informations, la fameuse affaire Cambridge Analytica, avait en effet permis à l’équipe de campagne de Trump, soutenue par des spécialistes russes, de récolter les quelques dizaines de milliers de voix cruciales pour faire basculer des États clés. Une victoire malgré son retard de 3 millions de voix à l’échelle nationale sur sa rivale Hillary Clinton.

Convoqué deux ans plus tard devant le Congrès, Mark Zuckerberg avait promis d’améliorer les garde-fous de son réseau. Finalement, il s’est contenté d’attendre le retour triomphal de Donald Trump.

* Julien Pain précise qu’il n’a « jamais touché un centime » des programmes de financement du fact-checking de Meta ou de Google.

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