Mystique

Les 70 semaines du livre de Daniel

Étude du Livre de Daniel – partie 9

Familier de la cour, Daniel a connu les honneurs et les coulisses du pouvoir. Son origine princière, sa prestance, son intelligence lui ont ouvert les portes du palais de Babylone. Prophète, intercesseur, visionnaire, Daniel est aussi un homme d’État.

Près de soixante-dix années viennent de s’écouler depuis que le jeune adolescent a été déporté dans la capitale de l’empire. Il devait avoir alors à peine dix-sept ans. Il en a plus de quatre-vingt lorsqu’il rédige cette portion de son livre. L’empire babylonien est alors tombé aux mains des Mèdes. Une inscription, sur le mur du palais, en avait décrété la chute (Daniel 5:5, 25 à 28). Son dernier monarque trouvera la mort de la main des Mèdes après que ceux-ci se soient emparés du palais (Daniel 5:30, 31).

C’est une civilisation vieille de plus de deux mille ans qui vient de passer aux mains de Darius. La tête d’or a laissé la place au buste et aux bras d’argent (Daniel 2:32). Un Mède règne désormais sur la cité de Babylone et sur toute sa province, et Daniel est demeuré à son service.


Dans ce chapitre, Daniel introduit son récit par une présentation du nouveau maître des lieux (Daniel 9:1, 2a). Tout d’abord comme un vainqueur et un conquérantpuis, comme un souverain de filiation royale (« Darius, fils d’Assuérus ») qui assied son pouvoir (Daniel 6:1). D’une autre ethnie que les Babyloniens (« de la race des Mèdes »), il débute une nouvelle dynastie (« lequel était devenu roi du royaume des Chaldéens »). 

Encore influençable au tout début de son règne (Daniel 6:14 à 16), il a maintenant pleinement établi son autorité (Daniel 9:1). Dans ce contexte, le mot « Chaldéens » a son importance. Cette ethnie de Basse-Mésopotamie, fortement représentative de la classe dirigeante babylonienne, s’était, depuis fort longtemps, imposée à la cour. Lorsque Daniel parle de Darius comme « roi du royaume des Chaldéens », il affirme ainsi la fin de leur hégémonie.

Ces mots d’introduction sont de la main d’un homme qui connait les arcanes du pouvoir. Ils ont quelque chose de protocolaire. En tant que représentant de son souverain, Daniel met en avant sa dignité, sa lignée ainsi que l’aspect victorieux de celui-ci. On peut y voir le respect à l’égard de Darius, son nouveau souverain.

Une attitude qui tranche fortement avec le dédain qu’il éprouvait à l’égard de Belshatsar, dernier souverain babylonien, que Daniel regardait comme un roitelet de salon (Daniel 5:17a, 27), et dont il avait annoncé la chute (Daniel 5:26 à 28). Il se peut même qu’il ait assisté à l’exécution sommaire de celui-ci (Daniel 5:30, 31). Pourtant, Daniel aurait toutes les raisons de se montrer prudent à l’égard de Darius. Celui-ci avait, en effet, bien qu’à contrecœur, ordonné sa mise à mort (Daniel 6:16). 


Fraîchement arrivé au pouvoir, il s’était vu « piégé » par les membres d’une conjuration qui avaient juré la perte de son fidèle conseiller (Daniel 6:4, 12, 13). Mais le nouveau souverain n’a pas tardé à asseoir son autorité (Daniel 9:1). Les hauts dignitaires, impliqués dans cette cabale, périrent, dévorés par les lions (Daniel 6:24). Daniel prospéra sous le règne de Darius (Daniel 6:28a). C’est dans le courant de cette même année que se produisit la rencontre avec l’ange Gabriel.

En résumé

Alors qu’il consulte divers ouvrages dans la bibliothèque du palais, Daniel se met à lire une copie du rouleau de livre du prophète Jérémie (qui exerçait alors son ministère à Jérusalem, parmi les Judéens demeurés en terre d’Israël). Il y est écrit que l’exil du peuple hébreu devait durer soixante-dix ans, et que le peuple judéen reviendrait ensuite dans son pays.

Daniel, qui est un homme de prière (Daniel 6:10), et qui désire que se réalise cette prophétie, se met à intercéder en s’identifiant aux membres de la nation d’Israël. Il fait siens les péchés commis par ses pères et les dirigeants du pays (Daniel 9:3 à 19). Daniel, qui est d’origine princière, sait que, bien souvent, l’iniquité d’une nation naît tout d’abord dans le cœur de ses rois (Daniel 9:8). C’est alors que, de sa fenêtre ouverte en direction de Jérusalem (Daniel 6:10), il voit venir vers lui l’ange Gabriel.

Celui-ci s’étant rapproché, lui annonce la reconstruction de Jérusalem et de son Temple (le « Saints des saints »), ainsi que de mystérieux événements à venir. Il fait également mention du Messie et de mystérieuses « semaines » sur lesquelles on a beaucoup écrit. Le récit de cette vision s’arrête brusquement. La densité d’un tel texte nécessite pourtant qu’on s’y attarde.

Soixante-dix années

« La première année de son règne (celui de Darius le Mède), moi, Daniel, je vis par les livres qu’il devait s’écouler soixante-dix ans pour les ruines de Jérusalem, d’après le nombre des années dont l’Eternel avait parlé à Jérémie le prophète » (Daniel 9:2). 

L’utilisation du pluriel (« Je vis par les livres ») est due au fait que les écrits de Jérémie, qui mentionnent ces passages, ont été rédigés sur différents rouleaux (Jérémie 25:1, 11 à 14 / 29:10).

La forme de codex que nous lui connaissons aujourd’hui et qui se présente en un seul volume, n’est apparue que plus tardivement. Ce jour-là, Daniel s’est plongé dans la lecture des rouleaux de livre du prophète Jérémie, dont une copie avait été déposée à la bibliothèque du palais.

L’un des textes qui attire son attention date « de la quatrième année du règne de Jojakim, fils de Josias, roi de Juda – c’était la première année de Nabucadnetsar, roi de Babylone » (Jérémie 25:1). L’auteur du livre de Daniel date, quant à lui, cet événement de « la troisième année du règne de Jojakim » (Daniel 1:1)« Troisième année » selon la chronologie babylonienne qui ne compte pas l’année d’accession au trône. La première année de règne étant une « année pleine » (entière).

Les Judéens, par contre, tenait compte de l’année d’accession, ce qui crée ce décalage entre les deux chroniques royales. D’autre part, il est également fait mention de « la première année de Nabucadnetsar, roi de Babylone », soit l’année qui suivit son accession au trône et qui est également l’année durant laquelle Daniel fut emmené en exil à Babylone (Daniel 1:1, 3). Ce texte avait donc bien des raisons de l’interpeller.

Et que dit Jérémie dans ce rouleau de livre ?

« Tout ce pays deviendra une ruine, un désert, et ces nations seront asservies au roi de Babylone pendant soixante-dix ans… Mais voici ce que dit l’Eternel : dès que soixante-dix années seront écoulées pour Babylone, je me souviendrai de vous, et j’accomplirai à votre égard ma bonne parole en vous ramenant dans ce lieu » (Jérémie 25:11 / 29:10).

 « Dès que soixante-dix années seront écoulées pour Babylone… ». 

Mais Babylone est maintenant aux mains des Mèdes. L’empire babylonien, vieux de plus de deux mille ans, n’est plus.

 « Jaccomplirai à votre égard ma bonne parole en vous ramenant dans ce lieu » (Jérémie 29:10).

 La chute de l’empire babylonien ouvrait ainsi une perspective de Retour, inenvisageable jusque là. Il se produira sous le règne de Cyrus de Perse (2 Chroniques 36:22, 23). 

Pour comprendre la réflexion de Daniel, il nous faut nous arrêter un instant sur le texte original. Il est écrit : « Dani’yel binotî pasparîm » (« Daniel comprit par les livres« ). « Bin » signifie « discerner, comprendre, réaliser » avec l’idée d’une révélation dans l’espritDaniel fait preuve d’un « discernement spirituel » particulier dans l’exercice de son ministère (Daniel 5:12), et ce, depuis son plus jeune âge (Daniel 1:4).

C’est cette capacité qui va lui permettre de comprendre dans quels temps il se trouve. Tout comme autrefois les fils d’Issaccar dont il est dit « qu’ils avaient l’intelligence des temps pour savoir ce que devait faire Israël » (1 Chroniques 12:32). Une époque vient de prendre fin. Une autre débute avec, pour Israël, de nouvelles perspectives. Cela avait été annoncé et cela s’est accompli. Une page de l’Histoire venait de se tourner.

« Mais lorsque ces soixante-dix-ans  seront accomplis (dit Dieu), je châtierai le roi de Babylone et cette nation, dit l’Eternel, à cause de leurs iniquités; je punirai le pays des Chaldéens, et j’en ferai des ruines éternelles. Je ferai venir sur lui tout ce qui est écrit dans ce livre, ce que Jérémie a prophétisé sur toutes les nations, car des nations puissantes et de grands rois les asserviront eux aussi » (Jérémie 25:12 à 14).

« Le roi de Babylone » dont Jérémie fait prophétiquement mention, et qui devait être châtié, c’était Belshatsar. Ces « grands rois », ce sont ceux de Médie et de Perse. L’introduction de ce chapitre vient d’ailleurs le confirmer en parlant de « Darius, … devenu roi du royaume des Chaldéens » (Daniel 9:1).

« Mais lorsque ces soixante-dix-ans seront accomplis, je châtierai le roi de Babylone et cette nation, dit l’Eternel ». 

La chute de l’empire babylonien est donc la conséquence directe d’un jugement divin. Et la fin de cette civilisation survient au terme d’un autre jugement, celui qui frappa Israël durant soixante-dix ans. La mort du roi Belshatsar, la nuit même où Darius le Mède s’empare de la ville de Babylone, marque la fin d’un empire et le début d’un autre (Daniel 5:30, 31).

Un basculement s’est opéré dans l’Histoire des nations. Cette prise de conscience va pousser Daniel à entrer dans une période de jeûne et d’intercession (Daniel 9:3, 4). Sa prière fait écho aux paroles que prononça autrefois le roi Salomon lors de la dédicace du Temple, à Jérusalem :

 « Quand ton peuple d’Israël sera battu par l’ennemi pour avoir péché contre toi, s’ils reviennent à toi et rendent gloire à ton nom, s’ils t’adressent des prières et des supplications dans cette maison, exauce-les des cieux, pardonne le péché de ton peuple d’Israël, et ramène-le dans le pays que tu as donné à leurs pères » (1 Rois 8:33, 34).

Il est à noter que, après avoir compris que le temps du Retour était venu, Daniel ne s’est pas tourné vers le roi pour lui demander la libération de son peuple mais il s’est adressé à son Dieu dans la prière.

Lorsque Salomon avait demandé que Dieu le ramène dans « le pays de ses pères », il savait que cela était conditionnel.

Il fallait que, préalablement, « ils reviennent à (lui) et rendent gloire à (son) nom » et lui « adressent des prières et des supplications ». 

Et c’est exactement ce qu’est en train de faire Daniel qui s’identifie à son peuple en disant:

« Nous avons péché, nous avons commis l’iniquité, nous nous sommes détournés de tes commandements… » (Daniel 9:5). 

Et cet homme âgé, ce vieillard qui est de famille royale (Daniel 1:3) et qui vient de découvrir les écrits du prophète Jérémie, poursuit en disant : 

« Nous n’avons pas écouté tes serviteurs les prophètes qui ont parlé en ton nom à nos rois, à nos chefs, à nos pères et à tous le peuple du pays » (Daniel 9:6).

Ces « rois », ces « chefs », ces  « pères » dont il fait mention, ce sont ses propres pères, ses aïeux, ses ancêtres. Ceux de sa maison qui ont gouverné le royaume de Juda. Mais il étend cette responsabilité à la dynastie du royaume du Nord. Même si le schisme qui eut lieu sous Roboam, fils de Salomon, divisa le peuple d’Israël en deux royaumes, il n’en demeurait pas moins une seule nation aux yeux de Dieu. Et celle-ci avait péché contre lui. Et c’est pour elle que Daniel va intercéder avec force (Daniel 9:20).

Daniel se montre un puissant intercesseur, capable de s’identifier pleinement aux péchés de son peuple. Il prend sur lui la responsabilité des fautes commises par ses pères, mais il est un détail qui pourrait presque passer inaperçu.

Il poursuit en disant :

 « Je parlais encore, je priais, je confessais mon péché et le péché de mon peuple d’Israël… » (Daniel 9:20). 

Daniel confessait ses propres péchés. Certains personnages bibliques nous paraissent parfois tellement spirituels, tellement proches de Dieu, que l’on pourrait oublier un instant qu’eux aussi… Mais c’est justement cette attitude de coeur qui faisait de Daniel un si puissant intercesseur. Sa prière fit se mettre en mouvement l’une des plus hautes autorités angéliques en la personne de Gabriel car Daniel était considéré, dans les Cieux, comme « Un bien-aimé » (Daniel 9:23).

C’est cette position qui fit que, à peine avait-il commencé à prier que « la parole est sortie ». Si Daniel a une conscience aigüe du péché de son peuple, auquel il s’identifie, il a également en haute estime la Loi divine.

« Tout Israël a transgressé ta loi » dit-il (Daniel 9:11).

Néhémie exprimera plus tard, dans des termes assez similaires, la même repentance pour le peuple (Néhémie 1:6 à 11). Se lamentant sur Jérusalem, Jérémie écrivit :

 « Nos pères ont péché, ils ne sont plus, et c’est nous qui portons la peine de leurs iniquités ». Et plus loin : « Pourquoi nous oublierais-tu pour toujours, nous abandonnerais-tu pour de longues années ? Fais-nous revenir vers toi et nous reviendrons » (Lamentations 5:7, 20, 21). Ces « longues années » étaient alors sur le point de prendre fin.

Multiple de sept

En conséquence de son endurcissement, ainsi que d’une lente mais constante progression dans l’iniquité, le peuple était en exil. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir été averti. Lorsqu’il était encore dans son pays, le peuple d’Israël avait été mis en garde à de nombreuses reprises.

Pour comprendre la gravité de son péché, il nous faut relire le chapitre 26 du livre du Lévitique où il est fait mention d’une graduation des châtiments, proportionnels à la gravité de leur rébellion.

« Si, malgré cela, vous ne m’écoutez pas, je vous châtierai sept fois plus pour vos péchés… Si vous me résistez et ne voulez pas m’écouter, je vous frapperai sept fois plus pour vos péchés… Si ces châtiments ne vous corrigent pas, et si vous me résistez, je vous résisterai aussi, et je vous frapperai sept fois plus… Si malgré cela, vous ne m’écoutez pas et si vous me résistez, je vous résisterai avec fureur et je vous châtierai sept fois plus pour vos péchés… Je vous disperserai parmi les nations… Votre pays sera dévasté et vos villes seront désertes » (Lévitique 26:18 à 28).

 L’exil était une réponse à un endurcissement prolongé. N’ayant pas tenu suffisamment compte de ces avertissements, le peuple dut subir les conséquences de son obstination.

Parlant de ces récits passés, l’apôtre Paul écrira :

« Ces choses leur sont arrivées pour servir d’exemples, et elles ont été écrites pour notre instruction » (1 Corinthiens 10:6, 11).

Nous pourrions être tentés de penser « Oui, mais ça c’est l’Ancien Testament ! C’était pour Israël ! ».

L’auteur de l’épître aux Hébreux écrit cependant, citant le livre des Proverbes :

« Et vous avez oublié l’exhortation qui vous est adressée comme à des fils : Mon fils, ne méprise pas le châtiment du Seigneur, et ne perds pas courage lorsqu’il te reprend, car le Seigneur châtie celui qu’il aime, et il frappe de la verge tous ceux qu’il reconnait comme ses fils » (Hébreux 12:5, 6 / Proverbes 3:11, 12). 

L’auteur de l’Epître poursuit la comparaison en écrivant :

 « Supportez le châtiment : c’est comme des fils que Dieu vous traite; car quel est le fils qu’un père ne châtie pas ? Mais si vous êtes exempts du châtiment auquel tous ont part, vous êtes donc des enfants illégitimes, et non des fils. D’ailleurs, puisque nos pères selon la chair nous ont châtiés, et que nous les avons respectés, ne devons-nous pas, à plus forte raison, nous soumettre au Père des esprits pour avoir la vie ? » (Hébreux 12:5 à 9). 

Et il conclut en disant : 

« Nos pères nous châtiaient pour peu de jours, comme ils le trouvaient bon, mais Dieu nous châtie pour notre bien, afin que nous participions à sa sainteté. Il est vrai (reconnait tout de même l’auteur) que tout châtiment semble tout d’abord un sujet de tristesse et non de joie, mais il produit plus tard, pour ceux qui ont été ainsi exercés, un fruit paisible de justice » (Hébreux 12:10,11). 

Dans la pensée de l’auteur, le châtiment n’est pas purement répressif. Il a un objectif éducatif. De plus, il atteste la véracité de la filiation.

« Si malgré cela, vous ne m’écoutez pas et si vous me résistez, je vous résisterai avec fureur » est-il écrit dans le chapitre 26 du livre du Lévitique.

C’est peut-être sur la base de ces paroles de Dieu que Daniel dit, dans sa prière :

« Seigneur, selon ta grande miséricorde, que ta colère et ta fureur se détournent de ta ville de Jérusalem et de ta montagne sainte » (Daniel 9:16).

Mais Daniel connaît son Dieu. A la mention de « sa colère et sa fureur », il associe « sa grande miséricorde ». C’est là tout le caractère d’un Dieu qui, avec la tempérance adéquate, peut exprimer sa colère, pour ensuite manifester sa bonté à l’égard de celui qui reconnaît sa faute. La méthode éducative de Dieu étant parfaitement appropriée à chacun, on ne peut la reconnaître que comme étant parfaitement justifiée. C’est ce que fait Daniel dans sa prière d’intercession. Il ne s’appuie nullement sur ses propres mérites pour invoquer la bonté de Dieu (verset 17).

Il reconnaît que :

« ce n’est pas à cause de notre justice que nous te présentons nos supplications, c’est à cause de tes grandes compassions » (verset 18).

Daniel poursuit ainsi sa prière, implorant la bonté de Dieu et confessant le péché de son peuple. La justesse de son attitude à l’égard du péché de son peuple et de ses ancêtres, auquel il s’identifie lui-même, va avoir des implications à la mesure de sa sincère repentance.

Une prière inspirée

L’exil fut, pour le royaume de Juda endurci dans son péché, la sanction ultime. Une fois sa population déportée, la terre fut laissée en friche.

« Alors, le pays jouira de ses sabbats, tout le temps qu’il sera dévasté et que vous serez dans le pays de vos ennemis, alors le pays se reposera et jouira de ses sabbats. Tout le temps qu’il sera dévasté, il aura le repos qu’il n’avait pas eu dans vos sabbats, tandis que vous l’habitiez » (Lévitique 26:34, 35).

 Il semblerait que le peuple d’Israël ait pratiqué une « culture intensive » durant une période assez longue. Période pendant laquelle la terre aurait dû être laissée en jachère une année sur sept (l’année sabbatique). Or, ce ne fut pas le cas. Les soixante-dix ans d’exil devaient ainsi compenser les années sabbatiques qui n’avaient pas été respectées.

Une année par année sabbatique, cela fait une durée de quatre cent quatre-vingt dix ans (soixante-dix fois sept ans). Un retour en arrière de quatre cent quatre-vingt dix années nous projette à l’époque troublée des Juges. Ce qui signifie que la jachère, ordonnée par Dieu pour l’exploitation des terres, n’avait plus été pratiquée depuis la mort de Josué jusqu’à l’exil (Josué 24:31 / Juges 2:7).

Ainsi, il est écrit :

« le pays sera abandonné par eux, et il jouira de ses sabbats pendant qu’il restera dévasté loin d’eux, et ils paieront la dette de leurs iniquités, parce qu’ils ont méprisé mes ordonnances » (Lévitique 26:43). 

Daniel, se basant sur ce texte du Lévitique qui dit :

« Ils confesseront leurs iniquités et les iniquités de leurs pères » (Lévitique 26:40), inclut, dans sa prière de repentance, la confession de ce péché spécifique.

Sa prière d’intercession est une requête inspirée à la fois par l’Esprit de Dieu et par sa lecture des Écritures. En particulier, par le livre de Jérémie le prophète. Daniel est l’exemple de ce qu’un homme d’État peut accomplir lorsqu’il se met à l’écoute du Saint-Esprit en lisant les Écritures.

« Et maintenant, Seigneur, notre Dieu, toi qui as fait sortir ton peuple du pays d’Egypte par ta main puissante… nous avons péché, nous avons commis l’iniquité… à cause de nos péchés et des iniquités de nos pères, Jérusalem et ton peuple sont en opprobre à tous ceux qui nous entourent » (Daniel 9:15, 16).

Les soixante-dix années touchent à leur fin. Le temps du Retour en terre d’Israël approche. Daniel va donc intercéder afin que ce qui avait été annoncé par le prophète Jérémie puisse s’accomplir. Pour cela, il ancre sa prière dans l’histoire du peuple hébreu, relatée dans les Écritures. Il reconnaît tout d’abord que Dieu a accompli ce qu’il avait annoncé. Il confesse l’endurcissement de son peuple et reconnaît la justesse de ce jugement. Il oriente ensuite sa prière vers Jérusalem et son « sanctuaire dévasté » (Daniel 9:17 à 19). 

L’exil est un drame. La destruction du Temple, une catastrophe. Mais en découvrant ces textes, l’espoir renaît en lui. Lorsqu’il rédige son texte, encore tout imprégné de ses lectures, Daniel reprend des expressions de Jérémie :

« Toi qui t’es fait un Nom » en est une (Jérémie 32:20). 

Alors qu’il est en train de prier, un événement inattendu va survenir.

Une rencontre inattendue

« Je parlais encore dans ma prière, quand l’homme, Gabriel, que j’avais vu précédemment dans une vision, s’approcha de moi d’un vol rapide, au moment de l’offrande du soir » (Daniel 9:20, 21). 

Daniel fait ici référence à un événement survenu quelques années auparavant, lors de « la troisième année du règne du roi Belschatsar », le dernier des souverains babyloniens (Daniel 8:1, 16). Gabriel lui était déjà apparu auparavant. Daniel le reconnaît. La venue de cet ange se produisit à un moment bien précis : « au moment de l’offrande du soir ».

C’est un détail sur lequel on ne s’arrête pas forcément. Il a pourtant son importance. Malgré le fait que Daniel soit en exil depuis un grand nombre d’années, il a gardé en mémoire les temps marqués pour les sacrifices tels qu’ils étaient pratiqués autrefois dans le Temple. Il n’était alors qu’un jeune adolescent.

Daniel calque ses temps de prières quotidiens sur ce qui était autrefois ceux du Temple. Il s’en sert comme point de repère pour ponctuer ses journées d’exil (Daniel 6:10). Daniel fait donc ici référence à un moment précis de la journée.

Lorsque le Temple était encore en fonction, le dernier sacrifice de la journée était offert avant le coucher du soleil. C’est à dire, juste avant que débute un nouveau jour (un jour biblique débute au coucher du soleil et s’achève le lendemain soir). L’apparition de l’ange à cet instant précis est significative.

Suite à la prière de Daniel (qui vient d’évoquer la destruction du Temple), un ange vient à la lui, porteur d’un message. Un nouveau « Jour » s’annonce. Il faut ici tenir compte du fait que le mot « yom » (« jour » en hébreu) peut désigner tout à la fois un jour de vingt-quatre heures comme une période de temps plus ou moins longue mais pas forcément déterminée. L’arrivée de l’ange à cet instant précis donne un message fort. C’est un message d’espoir. Mais il y a autre chose.

Lorsque Gabriel apparaît, Daniel est en train d’intercéder pour la ville de Jérusalem, se lamentant sur la destruction du Temple, la cessation de la pratique des sacrifices et toutes ces choses qui faisaient battre le cœur de la ville sainte lorsqu’il était encore un jeune adolescent à la cour du roi. Or, le message que l’envoyé est chargé de transmettre à Daniel concerne justement l’objet de sa prière. Il lui dit :

« Daniel, je suis venu maintenant pour ouvrir ton intelligence. Lorsque tu as commencé à prier, la parole est sortie et je viens pour te l’annoncer, car tu es un bien-aimé » (Daniel 9:22, 23). 

L’ange donne ici une autre information, essentielle pour la compréhension de cette rencontre.

« La parole est sortie » quand Daniel a « commencé à prier ». À l’instant où Daniel a prononcé ces mots : « Seigneur, Dieu grand et redoutable, toi qui gardes ton alliance et qui fais miséricorde à ceux qui t’aiment » (Daniel 9:4), 

Gabriel est envoyé vers lui avec un message. Et pendant tout le temps pendant lequel Daniel priait et intercédait, Gabriel était en route vers le palais de Darius, à Babylone (verset 23). Or, le texte nous dit que Gabriel s’approcha de Daniel « d’un vol rapide » (verset 21). Cela manifeste-t-il un empressement dû à l’urgence de la mission ? Dut-il combattre sur le chemin, comme cela sera le cas plus tard, pour une autre mission (Daniel 10:13) ? 

Il y a eu une parfaite synchronisation entre le moment où Gabriel est sorti, la rapidité avec laquelle il s’est déplacé, et le moment où il rejoint Daniel pour lui communiquer son message. Cela ressemble à ces problèmes de mathématiques de mon enfance :

« Si un train part de tel endroit à telle heure, et que, roulant à telle vitesse, il arrive dans telle gare distante de… ».

Tous ces détails démontrent le soucis d’exactitude du rédacteur. Mais que serait un récit sans détails si ce n’est une suite de faits détachés de tout contexte ? On retrouve également cette synchronicité dans une description du prophète Ézéchiel (Ézéchiel 43:1, 2).

Comme le dit le Seigneur, par la bouche du prophète Esaïe :

 « Moi, l’Eternel, je hâterai ces choses en leur temps » (Esaïe 60:22b).

Une sagesse peu commune

Lorsque Gabriel expose à Daniel le but de sa mission, Il lui demande d’être « attentif et de comprendre la vision » (Daniel 9:23). Il faut pour cela que Gabriel lui « ouvre l’intelligence » (Biynah).

La tradition rabbinique dit que le Monde fut fondé à l’aide de trois formes différentes de la Sagesse divine : Hohmah, Biynah et Da’ath. 

Biynah, c’est le discernement, la compréhension. C’est cette forme de Sagesse qui fut donnée au roi Salomon (2 Chroniques 2:12).

Le livre des Proverbes nous dit qu’il est utile de posséder « la sagesse et l’instruction pour comprendre les paroles de l’intelligence (biynah) » (Proverbes 1:2).

Elle est appelée « la science des saints » (Proverbes 9:10)Biynah permet également de comprendre la façon dont Dieu accomplit « les desseins de son cœur » (Jérémie 23:20). Elle permit à Daniel de comprendre les visions (Daniel 8:15 / 10:1) et de répondre aux rois sur les questions difficiles de l’Etat (Daniel 1:20). Elle nous est également indispensable pour comprendre les Écritures.

L’ange ajoute :

« Soixante-dix semaines ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte » (Daniel 9:24).

Beaucoup de choses ont été écrites sur cette mystérieuse période. À quoi correspond-elle ? Diverses réponses ont été apportées à cette question. De nombreuses interprétations ont été données. Si cette révélation angélique est accordée à Daniel alors qu’il est en train de prier et de confesser son péché et celui de son peuple, Gabriel nous fournit déjà une début de réponse :

Ces « soixante-dix semaines ont été fixées… pour mettre fin aux péchés, pour expier l’iniquité et amener la justice éternelle, pour sceller la vision et le prophète, et pour oindre le Saint des saints » (Daniel 9:24).

Les soixante-dix semaines de Daniel ont suscité beaucoup de commentaires  et les opinions divergent sur le sujet. Différentes chronologies, solidement argumentées, ont été présentées avec force détails. Je m’en tiendrai ici à n’en présenter qu’une, classique et couramment reconnue. Ma démarche n’étant pas de défendre une interprétation particulière, mais de présenter quelques pistes de réflexion, ainsi que les textes bibliques qui s’y rapportent.

Ce passage du livre de Daniel est tellement associé à l’eschatologie et à son déroulement qu’on en oublie parfois de le considérer dans son cadre initial. Ce chapitre 9 relate premièrement la découverte, par Daniel, de textes du prophète Jérémie relatifs aux 70 années de déportation du peuple judéen à Babylone, et la restauration de Jérusalem et de son temple après cette période. Il est ensuite fait mention de l’intercession de Daniel suscitée par la lecture de ces promesses divines. En réponse à cette intercession, l’ange Gabriel vint parler à Daniel et lui annonça une suite d’événements qui devaient se produire dans un futur plus ou moins éloigné.

En quelques mots

Je présente ici, en quelques mots, l’interprétation chrétienne la plus courante :

Il est fait mention du décret du roi perse Cyrus qui ordonna la reconstruction du Temple de Jérusalem.

Ce décret marque le début des « 70 semaines d’années » (soit une période de 490 ans), période qui correspondrait à celle durant laquelle le peuple hébreu n’aurait pas respecté les « années sabbatiques » et se serait endurci dans son péché ce qui provoqua cet exil forcé.

Au bout de la soixante-neuvième « semaine d’année » (soit 483 années après le décret de Cyrus), « le Messie est retranché ». Cette expression désignant la mort du Seigneur Jésus-Christ. « Le conducteur » (Daniel 9:25) dont il est question dans le même texte désignerait celui qui ordonna la destruction de Jérusalem par les légions de Rome en l’an 70 de notre ère. En l’an 66, Vespasien (qui va devenir empereur de Rome) débute le siège de Jérusalem. Forcé de rentrer à Rome, Vespasien confie à son fils Titus la mission d’en achever le siège. La ville sera finalement détruite, ainsi que le Temple.

S’en suit une longue période de temps de deux millénaires, correspondant à l’histoire de l’Église et constituant un intervalle entre la soixante-neuvième et la soixante-dixième « semaine d’années ».

La soixante-dixième « semaine » forme donc une période de sept ans au début de laquelle un mystérieux personnage associé à « l’impie » (2 Thessaloniciens 2:9) et à l’Antéchrist (1 Jean 2:18), et qui sera un dictateur mondial, fera une alliance avec le peuple juif, autorisera la reconstruction du temple à Jérusalem et apportera la paix sur la terre. Après trois années et demi, il mettra fin aux sacrifices du temple qui auront été réinstaurés, il commettra une abomination semblable à celle que commirent l’empereur romain Caligula et le grec Antiochus Epiphane (qui avaient fait dresser une statue à leur image dans le temple) et il se « proclamera lui-même Dieu » (2 Thessaloniciens 2:4). S’ensuivront trois années et demi de grande tribulation à la fin desquelles le Seigneur reviendra établir son règne de Gloire.

Voilà, brièvement résumé, comment l’on interprète généralement ce texte. Je ne me concentrerai cependant pas ici sur « l’interprétation » proprement dite, mais sur une simple exégèse du texte qui nous fournit de nombreuses informations nécessaires à une plus juste compréhension de celui-ci. Etant donné les divergences d’opinions et d’interprétations de ce texte, il faut le dire, difficile à comprendre, je laisse au lecteur le soin de se forger les siennes.

Une autre explication fournie par la compréhension hébraïque du Livre de Daniel, qui au final, reste un livre hébraïque qui ne mentionne en aucun cas Jésus :

Le chapitre 9 parle de la reconstruction de Jérusalem après la déportation à Babylone, puis sa re-destruction par les romains. –

par le Rav Yehiel BRAND

1) Soixante-dix années se sont écoulées entre la destruction du premier Temple et la construction du deuxième Temple, comme prédit par le prophète Jérémie :

« Dès que soixante-dix ans seront écoulés pour Babylone, Je me souviendrai de vous, et J’accomplirai à votre égard Ma bonne parole, en vous ramenant dans ce lieu » (Jérémie 9, 12). Entre la construction et la destruction du Temple, se sont écoulées 420 années (‘Avoda Zara 9).

La destruction du deuxième Temple a eu lieu l’année 68 EC (ou éventuellement 67 ou 69) ; le deuxième Temple fut donc construit l’année -352, et le premier fut détruit l’année -422.

(Bien que pour le compte des « historiens », l’année de la destruction du premier Temple soit -587, mais ces derniers ne s’appuient pas sur une tradition fiable, comme c’est le cas chez le peuple juif et ses savants. Le compte des « historiens » est un arbitrage, injustifié, dans la « jungle » des immenses contradictions qui se trouvent dans des livres des Perses et des Babyloniens, entre autre par manque d’une base commune de comptage, voir le livre du professeur Héfétz Haim.)

La Bible et le Talmud comptent fréquemment les années en sept, puis sept fois sept (Vayikra 25, 8) ; sept années s’appellent une semaine. L’Ange dit à Daniel :

« Soixante-dix semaines ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour faire cesser les transgressions et mettre fin aux péchés, pour expier l’iniquité et amener la justice éternelle, pour sceller la vision et le prophète, et pour oindre le Saint des saints » (Daniel 9, 25).

Les « semaines » citées sont sept années. Soixante-dix semaines veulent dire soixante-dix fois sept années, et cela fait 490 années, le temps qui s’écoula entre la destruction du premier Temple et la destruction du deuxième Temple.

Les sages juifs qui vécurent à l’époque du deuxième Temple détenaient en effet une tradition concernant la date de la future destruction du Temple (Nazir 32b).

L’ange annonce à Daniel que pour expier les péchés des juifs, il ne leur suffit pas l’exil qu’ils subiront après la destruction du premier Temple, mais que 490 années plus tard, ils seront obligés de repartir une deuxième fois en exil. Ce n’est qu’après ce deuxième exil que la vision de tous les prophètes, c’est-à-dire la construction du troisième Temple, la venue du Messie qui scellera la prophétie, ainsi que le retour du Grand-prêtre, se réalisera.

2) Les deux prochains versets citent sept semaines et soixante-deux semaines :

« Sache-le donc, et comprends : depuis le moment où la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie jusqu’à l’oint, au conducteur, il y a sept semaines et soixante-deux semaines, les places et les fossés seront rétablis, mais en des temps fâcheux. Après les soixante-deux semaines, un oint sera retranché, et il n’aura pas de successeur. Le peuple d’un chef qui viendra, détruira la ville et le sanctuaire, et sa fin arrivera comme par une inondation; il est arrêté que les dévastations dureront jusqu’au terme de la guerre. » (Daniel 9, 25-26)

En fait, Korech, le roi de Mède et de Perse, a permis la reconstruction du Temple (Ezra 1, 1). Ce fait se déroula 52 années après la destruction du premier Temple, et les juifs ont alors commencé à offrir des sacrifices à Jérusalem. Cependant, le roi changea d’avis (Ezra, 4), et la construction fut retardée de 18 années, jusqu’à la venue de Darius, roi de Perse (Ezra, 5).

Quand l’ange annonce que, dans sept semaines, c’est-à-dire 49 années, reviendra l’oint, c’est-à-dire un prêtre pour faire les sacrifices, il s’agit des 49 années après la destruction du premier Temple. Bien qu’ils n’ont sacrifié que après 52 ans, l’ange ne prononça que des semaines entières, et il laissa le compte des années seules.

Quand l’ange annonce les soixante-deux semaines, c’est-à-dire 434 années, il s’agit des 18 années avant la construction du deuxième Temple, qui seront additionnées aux 420 années du deuxième Temple, ce qui fait en tout 438 années, pendant lesquelles ils ont offert des sacrifices. L’ange ne compte que 62 semaines, et ne cite pas les dernières 4 années entre 434 et 438, car elles ne donnent pas lieu à une semaine entière.

3) Quant aux chiffres que l’Ange annonce à Daniel (dans chapitre 12) concernant la délivrance du peuple juif, il dit :

« Depuis le temps où cessera le sacrifice perpétuel, et où sera dressée une chose pas correcte qui désole, il y aura mille deux cent quatre-vingt-dix jours. Heureux celui qui attendra, et qui arrivera jusqu’aux mille trois cent trente-cinq jours. » (Daniel 12, 11-12)

Nous ne possédons pas une tradition fiable de ces comptes, et nous sommes dans l’expectative.

Peut-être les jours – Yamim – veulent dire ici années, comme on le trouve fréquemment dans la Torah. Ce compte commence à partir du moment où : « cessera le sacrifice perpétuel, et où sera dressée une chose pas correcte qui désole ».

La cessation du sacrifice perpétuel correspond de toute évidence à la destruction du deuxième Temple, mais l’Ange ajoute : « et où sera dressée une chose pas correcte qui désole ».

Cela correspond, peut-être, à l’installation de la Mosquée sur l’endroit du Temple, qui se déroula, en plusieurs temps, à la fin du 7ème et pendant le 8ème siècle, sans qu’on ne sache exactement dans quelle année cette certaine chose pas correcte fut dressée ou inscrite.

A partir de cette date, il faudra ajouter 1290 années, jusqu’à la délivrance. Quant au chiffre 1335, Rachi rapporte le Midrach, que les 45 années entre 1290 et 1335 correspondent aux 45 années, pendant lesquelles le Messie se voilera, après sa première apparition.

4) L’ange annonce encore une autre date :

« J’entendis parler un Saint (Ange); et un autre Saint dit à celui qui parlait : Pendant combien de temps s’accomplira la vision sur le sacrifice perpétuel et sur la mise de l’erreur désolant ? Jusqu’à quand le saint et l’armée seront-ils foulés ? Et il me dit : Deux mille trois cents soirs et matins; puis le saint sera justifié. » (Daniel 8, 13-14)

Pour ce compte aussi, nous ne possédons pas une tradition fiable, et nous sommes dans l’expectative. Peut-être faut-il compter ces deux-mille trois cent années à partir de la construction du deuxième Temple. Comme cité en haut, il fut construit l’année -352. Si on ajoute 2300 années, cela donnera l’année 1948.

L’Ange a peut-être voulu dire qu’à partir de cette année-là, les nations ne pourront plus détruire l’armée des juifs, comme elles avaient l’habitude pendant l’exil, et que ce fait soit un prélude à la venue du Messie.

L’édit de Cyrus

« La parole (qui) a annoncé que Jérusalem sera rebâtie » est généralement associée à ce que l’on nomme « l’édit de Cyrus », car les Écritures font effectivement référence à un décret de « Cyrus roi de Perse (lè’ korês melek paras, Esdras 1:1). Roi de perse que le texte biblique hébreu mentionne sous le nom de « korês » (2 Chroniques 36:22, 23).

L’auteur du livre d’Esdras le mentionne également comme « roi de Babylone » (Esdras 5:13). L’empire babylonien ayant été intégré à celui de la Perse, cette appellation se justifie pleinement en ce que l’auteur souligne le fait que le souverain ordonne que soit rebâti le temple qui avait été détruit par Nabucadnetsar.

L’ordre de Cyrus de rebâtir les murailles de Jérusalem (verset 25) marque le point de départ des 70 semaines d’années. Néhémie donne la date de ce décret sous le règne de Xerxès (ou Artaxerxès, selon certains commentateurs) en 445 avant notre ère (Néhémie 2:1). Cette date précise du mois de Nissan, la vingtième année du roi Artaxerxès (-445), marque le début des 69 premières années jusqu’au Messie annoncé au verset 25.

Ce que ce roi babylonien a détruit, lui, Korês (Xerxès sous sa forme grecque), va le faire rebâtir. Ce n’est donc pas seulement un bâtiment qui va être élevé, mais plus encore, le trône de celui qui en ordonne la reconstruction. Et non seulement cela, mais il fait également remonter du trésor de Babylone les ustensiles du Temple pour les rendre à leurs anciens propriétaires afin qu’ils en restaurent le culte.

« Depuis le moment où la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie jusqu’à l’oint (Massiah)… ». Nous avons donc ici une période de temps « fixée, déterminée » (neh’tak) qui débute avec ce décret du « roi de Perse » et qui va jusqu’au « massiah ».

Le conducteur

Notre texte de référence mentionne « Jusqu’à l’Oint (massiah), au Conducteur (nagid)… ».

Le « oint » est donc identifié comme étant le Massiah. Mais qui est ce « Conducteur » (nagid, en hébreu) ? Un « nagid » est généralement « un chef, un roi du peuple d’Israël » (selon la définition courante de ce mot), mais Daniel utilise ce terme, à trois reprises, dans un autre sens.

Dans le livre de Daniel, il désigne tout d’abord « le chef d’un peuple qui viendra détruire la ville et le sanctuaire » (Daniel 9:26). Il ne peut s’agir de Nabucadnetsar, roi de Babylone, puisque cet événement s’est déjà produit à l’heure où l’ange s’adresse à Daniel. On peut donc facilement l’identifier comme étant le général romain Titus qui fit détruire Jérusalem et son temple en l’an 70 de notre ère (ce qui correspond à l’époque à laquelle « le Messie fut retranché »).

« Nagid » désigne également un autre personnage que l’on peut identifier comme étant le grec Antiochus Epiphane (de la dynastie grecque des Séleucides), qui fit égorger une truie sur l’autel du temple de Jérusalem et qui fit dresser une statue à son effigie dans le temple lui-même. Un acte blasphématoire que les Hébreux appellent « l’abomination de la désolation » et dont Jésus parle comme étant un événement à venir, faisant écho à ce qui s’était produit à l’époque où les Grecs occupaient la Judée (Matthieu 24:15).

Après avoir rasé le temple, les porte-enseignes des légions qui avaient fait le siège de la ville plantèrent leurs enseignes là où se trouvaient le Saint des Saints. Les enseignes romaines symbolisaient la protection de leurs dieux, représentés sous des formes animales qui leur étaient associées. C’était une façon de proclamer la victoire de leurs dieux sur ceux de leurs ennemis vaincus. A

lors, si le mot « nagid » désigne prioritairement « un chef du peuple, un roi de Judée » (2 Samuel 6:21), Daniel l’utilise dans le sens de « celui qui les a vaincu, qui en est devenu le maître ». Ainsi, lorsque Daniel associe les mots « massiah » et « nagid », il annonce prophétiquement que « le roi des Juifs » sera « retranché » et qu’un « nagid » romain, un chef du peuple, se rendra maître du peuple judéen (trente-sept années séparent la crucifixion de Jésus et la destruction du Temple). Cette phrase annonce donc, prioritairement, la destruction de Jérusalem par les légions romaines, mais également sa prise de pouvoir en Judée, et la crucifixion du Seigneur à qui Pilate avait demandé : « Es-tu le roi des Juifs ? » (Jean 18:33). Pilate lui dit encore : « Tu es donc roi ? Jésus lui répondit : Tu le dis, je le suis » (Jean 18:37). Mais il faudrait plutôt, afin de rendre pleinement le sens des paroles de Jésus, dire : « Tu le dis : Je Suis ». Ayant saisi cette subtilité, « les principaux sacrificateurs des Juifs dirent à Pilate : N’écris pas ‘roi des Juifs’ mais ‘Je Suis roi des Juifs » (Jean 19:21).

Il faut savoir qu’en hébreu, l’expression « je suis » n’existe pas. Cette formulation ne peut être utilisée que par Dieu lui-même, c’est pourquoi, lorsque les sacrificateurs demandent à Pilate de mentionner cette formule « Je Suis roi des Juifs », ils voulaient que l’on sache que Jésus avait été condamné non seulement pour avoir prétendu être le roi des Juifs, mais aussi et surtout pour avoir osé prétendre être lui-même Dieu (Je Suis), ce qui représentait le sacrilège suprême.

Mais si « le messie a été retranché », c’est pour accomplir l’un des objectifs du « net’hak » qui était « d’expier l’iniquité ». Le dernier objectif du net’hak étant de « oindre le Saint des Saints ». Or, Daniel avait annoncé la venue du « Conducteur » (nagid), de ce contemporain de Jésus qui amènerait les légions de Rome aux pieds des murailles de Jérusalem avec pour « objectif » de la détruire. Ce dernier objectif du « net’hak » devait donc se réaliser après la reconstruction d’un temple.

Certains commentateurs ont associé ce « nagid » (conducteur) au « chef qui viendra » du verset 26, à « la petite corne » mentionnée en Daniel 7:8 et « au roi qui fera ce qu’il voudra » (Daniel 11:36 à 45), ainsi qu’à « l’homme impie » (2 Thessaloniciens 2:3 à 8). 

Les Pères de l’Eglise, jusqu’au 3ème siècle de notre ère, partagent ce point de vue. Irénée situe la manifestation de l’antéchrist à la fin de notre ère, durant la dernière « semaine ». Il précise que sa tyrannie durera trois ans et six mois.

Selon Hyppolite, Daniel annonçait pour les derniers temps l’accomplissement des sept dernières années. « La petite corne », issue de la « quatrième bête » (selon Rav Dynovisz la Palestine promue par l’empire romain reconstitué, Daniel 7:8) s’élèvera un temps, mais cette « quatrième bête » sera détruite (Daniel 7:11, 12) et le règne éternel du Messie sera établi (Daniel 7:13, 14). 

À la fin de ces sept années, l’impie est jugé et la justice éternelle est restaurée (Daniel 9:24).

Le « net’hak », ce décret, dont il était question plus haut, trouve alors sa pleine réalisation (Daniel 9:24). L’iniquité a été expiée, il a été mis fin aux transgressions et aux péchés, la vision du prophète a été « scellée » (elle s’est totalement accomplie et peut donc être refermée), le Saint des Saints peut donc être oint (peut-être cela annonce-t-il la restauration du culte dans le Troisième Temple, celui dont le prophète Ézéchiel donne la description détaillée, Ézéchiel chapitres 40 à 48).

Conclusion

Le livre de Daniel, comme celui de l’Apocalypse de Jean, fait partie de cette littérature eschatologique juive dont il n’est pas toujours aisé de comprendre la signification. Si le désir de l’interpréter pour en chercher le sens exact est louable, il nous faut cependant nous en approcher avec beaucoup d’humilité, reconnaître que « nous ne connaissons qu’en partie » (1 Corinthiens 13:9) et accepter que notre compréhension de certains passages des Écritures demeure partielle.

Il peut donc être préjudiciable de vouloir leur imposer à tout prix notre compréhension des choses en affirmant qu’elle est rigoureusement exacte.

À la fin de son livre, Daniel reconnaît lui-même : « J’entendis mais ne compris pas » (Daniel 12:8a). Mais nous pouvons, nous aussi, nous joindre à lui pour dire : « Mon Seigneur, quelle sera l’issue de ces choses ? » (Daniel 12:8b).

Lire tous les chapitres de la série : Étude du Livre de Daniel


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