Dans ce traité, le rabbin Mordechai Yosef Ben Avraham explore les tensions psychologiques et spirituelles entre la « logique du palais » de la diaspora mondiale et la « vérité du terrain » des habitants du Moyen-Orient.
S’appuyant sur l’archétype mosaïque de la décolonisation interne et sur les bouleversements géopolitiques contemporains, notamment les accords d’Abraham et la restructuration des États faillis, l’auteur soutient que la véritable paix exige de « mettre à mort l’Égyptien intérieur » : l’abandon d’une nostalgie euphorique et déconnectée au profit d’une souveraineté utilitaire et centrée sur l’âme.
I. L’archétype du palais et du sable
Dans la géométrie sacrée de notre libération, la forteresse la plus redoutable n’est jamais celle de pierre et de mortier, mais celle de la mémoire et de l’ego.
Lorsque notre maître Moïse se tenait dans les salles scintillantes du Pharaon, il n’était pas un simple invité ; il était un produit du Palais. Il portait les titres, le langage et la « logique du Palais » du plus grand empire de l’histoire.
Pour devenir le rédempteur d’Israël, il lui fallut d’abord accomplir un acte de décolonisation intérieure.
La Torah nous dit qu’il « frappa l’Égyptien et l’ensevelit dans le sable ».
Il nous faut comprendre cela mystiquement : Moïse n’a pas seulement tué un oppresseur extérieur. Il a frappé l’« Égyptien intérieur », cette identité du confort, ce vernis de statut et cette sécurité illusoire de la distance.
En enterrant ce faux moi dans le sable de l’humilité, il a ouvert la voie au Buisson ardent.
Il a échangé le Logos de l’empire contre la sagesse du désert.
II. Le paradoxe de la diaspora : le palais de la mémoire gelée
L’âme de la diaspora vit souvent dans un état de déracinement temporel. Pour l’exilé, la terre natale n’est pas un paysage vivant et évolutif ; elle est figée dans le temps.
Parce que le départ de la terre est souvent né de l’exil, un mot qui signifie « contraintes » ou « détroits étroits », le parent diasporique crée un héritage aseptisé. Il transmet à ses enfants une vision idéalisée, peignant le tableau d’un Éden perdu pour les protéger du sentiment d’altérité qu’ils éprouvent en terre étrangère.
C’est la nostalgie restauratrice : le désir désespéré de reconstruire un foyer fantôme qui n’a jamais existé tel qu’on s’en souvient.
L’enfant hérite d’une « mémoire dorée ». Il devient le « patriote » d’un instantané.
Mais ce patriotisme n’est qu’une souveraineté illusoire, sans risque. À l’abri des capitales lointaines, il prône la « victoire totale », savourant l’exaltation d’une « guerre pure », tandis que ses frères et sœurs sur le terrain paient le prix fort d’une « paix fragile ».
III. La rencontre à la porte : la vérité fondamentale de Jérusalem-Est
Je me souviens très bien de mon arrivée en Israël, lorsque j’étudiais à la Yeshiva Ohr Somayach à Jérusalem-Est. C’est là, en arpentant ces pierres ancestrales, que j’ai découvert la vérité fondamentale que la logique du palais de la diaspora refuse de voir.
J’ai rencontré des adolescents palestiniens, de jeunes étudiants, et nous avons eu des conversations profondes et sincères.
Ce qu’ils m’ont raconté a brisé le discours euphorique de la « résistance ».
Ils ont expliqué être opprimés non pas par leurs voisins, mais par les organisations mêmes qui prétendaient les représenter : le Hamas, l’OLP et l’Autorité palestinienne.
Ces jeunes hommes ne se laissaient pas berner. Ils m’ont confié que ces dirigeants n’avaient aucun lien véritable avec le peuple palestinien, les considérant comme des vestiges de la Guerre froide : des individus formés comme agents et espions russes, poursuivant un programme de déstabilisation à la soviétique.
Pour ces étudiants, la « résistance » était une machine infernale conçue pour freiner la croissance occidentale et l’intégration régionale. Ils décrivaient un système prédateur qui endoctrine les enfants dès leur naissance, les transformant en instrument politique pour des dirigeants retranchés dans leurs palais luxueux, loin des souffrances du peuple.
Voilà l’« idéologie égyptienne » dans sa forme la plus pernicieuse : une idéologie étrangère qui colonise les âmes locales au service d’une puissance lointaine.
IV. Les lignes de front numériques : la déconnexion pathologique
Je porte ce message sur les places publiques numériques de Clubhouse et des différentes plateformes de médias sociaux où je constate que « l’Égyptien intérieur » se déchaîne dans toute sa violence. Ces espaces deviennent souvent le théâtre d’une absurdité tragique.
J’ai récemment assisté à un débat qui illustre parfaitement ce mal : un Américain, affirmant avoir quitté la Californie pour rejoindre les Gardiens de la révolution en Iran, s’entretenait avec des Iraniens qui avaient fui le régime quelques mois auparavant. L’exilé, encore marqué par la dure réalité de la guerre, tentait d’expliquer l’oppression qu’il subissait. Pourtant, cet Américain, galvanisé par une idéologie euphorique et radicalisée, prétendait être le véritable combattant contre le « mal occidental ».
C’est là le comble de la rupture : une violente réaction idéologique qui survient lorsque l’esprit du palais se heurte à la réalité.
L’individu de la diaspora, en quête d’un idéal héroïque pour combler son propre vide, s’accroche à une version radicalisée d’un pays qu’il n’est pas tenu d’habiter. Il réduit au silence ceux qui vivent réellement la lutte, prouvant ainsi que son « patriotisme » n’est pas un acte d’amour envers le peuple, mais un acte de vénération pour un mythe.
V. Restructuration de l’ego régional : Gaza et l’État des trois nations
Les innovations audacieuses du Conseil de la paix constituent la plus importante offensive contre l’Égypte de l’histoire moderne.
Les accords d’Abraham, la restructuration de Gaza en une zone économiquement viable et le projet visionnaire de démanteler l’empire iranien en trois États-nations distincts – persan, kurde et azerbaïdjanais/baloutche – sont autant de modèles pour une réalité concrète.
Pourtant, les arguments prévisibles de la diaspora révèlent toute la profondeur de leur logique de palais.
Ils prétendent que Gaza ne peut être restructurée car cela « viole la dignité nationale », sans voir que la « dignité » actuelle n’est autre qu’une prison gérée par le Hamas. Ils clament haut et fort que l’« unité » de l’Iran est sacrée, mais restent silencieux lorsque cette même unité pend des Kurdes à des grues et abat des jeunes Baloutches dans les rues.
Leur principal argument repose sur l’intégrité esthétique : ils veulent que la carte ait une certaine apparence pour satisfaire leur fierté nostalgique. Ils prétendent que la décentralisation est de l’« impérialisme », ignorant que les régimes centralisés actuels sont les véritables impérialistes, colonisant leur propre peuple.
La diaspora préfère une « grande tragédie unifiée » à un « succès plus modeste et décentralisé ». Ils se battent pour une « nation » qui est un cimetière, tandis que nous nous battons pour des « États » qui sont des pépinières pour les vivants.
VI. Les accords d’Abraham : la révolte des pragmatistes
Les Accords d’Abraham constituèrent une avancée révolutionnaire contre la logique du pouvoir. Ils instaurèrent une diplomatie de proximité, fondée sur le dialogue et le commerce maritime. En privilégiant l’interconnexion maritime et le commerce terrestre, les Accords reconnaissaient que les populations locales, directement concernées par les enjeux, accordaient la priorité à la prospérité et au respect de la vie plutôt qu’à des griefs ancestraux et importés.
La proposition de restructurer les États centralisés et oppressifs constitue l’épreuve ultime de notre capacité à « frapper l’Égyptien ».
La diaspora doit choisir : s’accrochera-t-elle au grand récit impérial d’un palais unifié et oppressif, ou soutiendra-t-elle une souveraineté qui permette aux Kurdes, aux Azéris et aux Perses de respirer librement ?
Conclusion : L’enterrement dans le sable
L’avenir de notre région repose sur notre volonté de faire table rase de notre identité égyptienne. Nous devons mettre fin à cette version de nous-mêmes qui se nourrit de distance, de nostalgie et d’un radicalisme déconnecté.
Débarrassons-nous de l’« égyptien » qui sommeille en nous, enterrons le fantôme d’un passé figé et unissons-nous enfin à nos frères et sœurs – ces étudiants palestiniens, ces pionniers israéliens, ces chercheurs de vérité – dans l’œuvre ardue et sacrée de l’édification d’une paix durable et ancrée dans la réalité.
Le désert est vaste, le buisson ardent, et le temps du palais est révolu.
Glossaire de l’âme éveillée
* Souveraineté des entreprises : La transition d’une identité passive et nostalgique à une gouvernance active et utilitaire qui donne du pouvoir aux communautés locales plutôt qu’aux empires centralisés.
* Diplomatie d’âme à âme : des relations internationales privilégiant le caractère essentiel et la prospérité partagée des peuples, plutôt qu’une politique technique dictée par des élites déconnectées de la réalité.
* L’Égyptien intérieur : le faux-moi psychologique enraciné dans le statut, le confort et la préservation de la « logique du palais » au détriment de la vérité authentique.
* Mitzrayim (Le Lieu Étroit) : Les contraintes spirituelles et mentales qui empêchent un individu de voir la « Vérité Fondamentale » de sa propre terre.
* Nostalgie restauratrice : La dangereuse tentative d’imposer un passé aseptisé et mythifié à un présent complexe et évolutif.
* Déconnexion euphorique : L’état psychologique de la diaspora où les souvenirs idéalisés prennent le pas sur la dureté et la réalité du pays d’origine actuel.
* Patriotisme par procuration : Plaidoyer ou financement de conflits nationaux à distance, où le défenseur ne court aucun risque personnel quant à l’issue.
* Intégrité esthétique : La préférence pour une frontière ou une carte nationale spécifique au détriment du bien-être et de la liberté réels des êtres humains qui s’y trouvent.
* Dislocation temporelle : Être mentalement ancré dans une version historique d’un pays alors que le territoire physique a évolué.
* La vérité du terrain : l’expérience vécue et sans fard des habitants d’un pays, qui contredit souvent les récits de la diaspora ou du gouvernement centralisé.

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