Secrets révélés

La chute du quartier juif dans la vieille ville de Jérusalem

Le 28 mai 1948 reste l'un des épisodes les plus poignants de la guerre d'indépendance d'Israël.

À peine deux semaines après la proclamation par David Ben Gourion de la création de l’État d’Israël, l’ancienne enclave juive qui existait sans interruption depuis des siècles à l’intérieur des remparts de la Vieille Ville fut envahie par la Légion arabe de Transjordanie.

Ses défenseurs se rendirent, ses bâtiments furent systématiquement détruits ou pillés, et ses habitants, combattants et civils confondus, furent faits prisonniers ou expulsés.

Les Juifs furent victimes d’un nettoyage ethnique, chassés d’un lieu où ils vivaient depuis des siècles.


La tragédie n’a donné lieu à une enquête officielle que quelques mois plus tard, alors que la guerre faisait toujours rage ailleurs dans le pays. Les archives de cette commission, conservées à la Bibliothèque nationale d’Israël, offrent un aperçu poignant des derniers jours chaotiques du siège et de la douloureuse décision de hisser le drapeau blanc.

Les racines de cette catastrophe se trouvent dans le plan de partage des Nations Unies de novembre 1947 (résolution 181).

Bien que ce plan prévoyât une Jérusalem administrée internationalement et séparée des États juif et arabe, des violences ont éclaté presque immédiatement après le vote.

Début décembre 1947, le quartier juif, qui abritait environ 2 000 habitants et était entouré de quartiers majoritairement arabes, était de fait assiégé.


Les convois de ravitaillement en provenance de la Nouvelle Ville étaient régulièrement pris en embuscade, et les ruelles étroites du quartier devenaient un no man’s land mortel.

Lorsque le mandat britannique prit fin le 14 mai 1948 et qu’Israël proclama son indépendance, la Légion arabe, unité bien entraînée, commandée par les Britanniques et dotée d’artillerie et de véhicules blindés, entra en action.

Les 18 et 19 mai, un assaut audacieux du Palmach permit de s’emparer brièvement de la porte de Sion et de faire pénétrer un petit contingent de renforts dans le quartier. Cependant, cette percée se révéla illusoire. Les renforts étaient insuffisants pour modifier l’équilibre des forces, et en quelques jours, le 6e bataillon de la Légion, fort de quelque 650 soldats aguerris, s’engouffra dans les brèches et entreprit la conquête méthodique du quartier, rue par rue.

Dans le quartier juif, les défenseurs n’ont jamais dépassé 131 hommes et femmes armés, pour la plupart des habitants du quartier à peine entraînés, et non des troupes régulières de la Haganah ou du Palmach. Les munitions étaient extrêmement rares ; les grenades étaient épuisées et chaque balle de fusil était comptée avant d’être tirée.

Les communications avec les positions dispersées parmi les maisons et les synagogues en ruine ont été interrompues à plusieurs reprises down. Les réserves alimentaires se sont réduites à du pain pita fait maison, « farine + sel. Et un peu de confiture », comme l’a témoigné plus tard Mordechai Weingarten, président du conseil d’urgence du quartier.

Les boulangeries avaient été prises ou détruites, l’eau était rationnée et le moral était au plus bas. On découvrait des combattants cachés dans des synagogues aux côtés de civils terrifiés, et les rumeurs d’un secours imminent qui ne se concrétisa jamais ne firent qu’accroître le désespoir.

La Légion arabe, en revanche, bénéficiait d’une supériorité de feu écrasante. Mortiers, mitraillettes et explosifs lui permettaient de progresser à coups de canon, tandis que des haut-parleurs diffusaient quotidiennement des appels en hébreu, en arabe et en anglais exhortant les Juifs à négocier plutôt que de subir l’anéantissement. Pendant des semaines, les commandants assiégés refusèrent de répondre.

Au matin du 28 mai, le quartier n’était plus qu’une poignée de bastions en ruines. La Légion s’apprêtait à prendre d’assaut les dernières positions le long de la rue Sha’ar HaShamayim, et le massacre semblait inévitable. Moshe Rusnak, officier de la Haganah en charge des opérations, était visiblement à bout de forces, mais refusait toujours de se rendre.

C’est une délégation de rabbins, menée par Mordechai Weingarten, qui a finalement forcé la décision. Ils ont exigé que Rusnak autorise des pourparlers, initialement présentés comme des négociations pour l’évacuation des blessés et des morts des deux camps. Rusnak a accepté à contrecœur cet ordre du jour limité et a renvoyé les rabbins sous drapeau blanc.

Vers 10 heures, la délégation rencontra le commandant du bataillon de la Légion, le major Abdullah el-Tell, au café Alsheich, près de la synagogue Hurva. El-Tell éluda toute discussion sur les pertes et lança un ultimatum sans appel : reddition sans condition dans l’heure et quinze minutes, faute de quoi le quartier serait pris par la force.

Les rabbins revinrent pâles et bouleversés. À 13 heures, les commandants militaires et les représentants civils du quartier se réunirent. Tous votèrent pour la reddition, à l’exception d’un officier de l’Irgoun qui s’abstint. Même Rusnak finit par céder.

Quelques minutes avant le départ de la dernière délégation pour officialiser les termes avec el-Tell, Rusnak envoya un télégramme au quartier général du district de Jérusalem, sous les ordres de David Shaltiel, affirmant que les pourparlers ne portaient que sur la récupération des corps et un cessez-le-feu, une déclaration qui, selon l’historien Yitzhak Levy, visait à protéger les deux hommes de l’aveu insupportable qu’il ne restait plus d’autre option.

Le drapeau blanc qui flottait près de la boulangerie ce matin-là avait déjà révélé la vérité.
Aux termes de la reddition convenue cet après-midi-là, les combattants juifs armés furent faits prisonniers de guerre et conduits dans des camps en Transjordanie. Les civils, femmes, enfants, personnes âgées et blessés, furent évacués vers la partie ouest de Jérusalem, contrôlée par Israël.

Presque aussitôt, la Légion arabe et les habitants arabes du quartier commencèrent à détruire systématiquement les synagogues et les maisons, soit en les faisant sauter, soit en les pillant.

La synagogue Hurva, magnifique édifice central du quartier, fut dynamitée quelques jours plus tard.

Lorsque les forces israéliennes sont finalement entrées de nouveau dans la vieille ville en juin 1967, elles n’ont trouvé que des décombres là où une communauté juive dynamique s’était dressée pendant des siècles.

La commission d’enquête réunie le 17 août 1948 par David Shaltiel a entendu les témoignages de survivants, dont Weingarten, des officiers de la Haganah et le juriste militaire Gideon Hausner (qui deviendra plus tard procureur au procès d’Eichmann).

Les membres ont examiné si l’on aurait pu conserver davantage de territoire, si les secours avaient été suffisants et si la reddition n’avait pas été prématurée. La réflexion finale de Weingarten fut, comme à son habitude, empreinte de retenue :

« On aurait peut-être pu faire davantage… Le peuple juif a une histoire longue et sanglante. »

Au final, le comité a réparti les responsabilités plutôt que de désigner des coupables.

Le quartier juif avait été sacrifié sur l’autel de la lutte pour Jérusalem et du jeune État. Ses défenseurs s’étaient battus avec une ténacité extraordinaire contre toute attente.

Pourtant, la chute de l’ancienne enclave juive de la Vieille Ville, scellée en ce désespéré après-midi de printemps sous un drapeau blanc, laissa une blessure qui mit dix-neuf ans et une autre guerre à cicatriser.

Reste à demander à la Jordanie qui a volé la terre de qui !!!


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