Secrets révélés

CHINE, RUSSIE, IRAN. La dialectique de l’axe du Mal

La GUERRE MONDIALE vue par le « KISSINGER PERSAN » et la coalition islamiste.

En Iran, quelque chose de profond est en train de bouger. Alors que le Guide Suprême avait un plan pour contrer Washington avec la Russie et la Chine, Téhéran pourrait basculer.

Nous traduisons pour la première fois en français un texte pivot d’Hassan Abbasi : idéologue proche du régime, au cœur de la structure opaque d’une théocratie inquiète, il articule, sur des ressorts purement complotistes, le schéma d’une géopolitique de l’affrontement mondial.

Pour Hassan Abbasi, idéologue complotiste des Gardiens de la Révolution iranienne, nous sommes sortis de l’interrègne.


Les coordonnées de la conflictualité des cinquante années à venir seraient fixées et les forces en présence identifiées : une nouvelle trilatérale Russie-Chine-Iran ferait face aux États-Unis qui, à travers trois branches de l’Otan, européenne, moyen-orientale et pacifique, affronterait cette coalition d’ennemis autour de trois zones de tension : l’Ukraine, la Palestine, et Taïwan.

Pour lui, il serait nécessaire d’adapter la pensée stratégique à cette « nouvelle guerre froide » qui explique les conflits actuels et permet de prévoir ceux des années à venir. Il appelle à abandonner le cadre de pensée de la « Quatrième guerre mondiale » au cours de laquelle, des années 1990 aux années 2020, les États-Unis auraient eu pour objectif de diviser les États du Moyen-Orient pour les réduire à l’impuissance, de détruire la région en enflammant l’opposition religieuse entre Sunnites et Chiites, et de s’emparer des ressources de la région.

Cette guerre aurait été perdue par Washington, contrainte d’abandonner peu à peu à partir de 2021 des différentes zones dans lesquelles elle avait conduit des opérations militaires — de l’Irak à l’Afghanistan.

« Nous annonçons aujourd’hui la fin de la Quatrième guerre mondiale, la fin de la recomposition politique du Grand Moyen-Orient, la fin de la guerre de religion. Un nouveau chapitre a commencé. Nous l’appelons : nouvelle guerre froide. »

Cette voix d’un idéologue des Gardiens de la Révolution ne saurait résumer toute l’idéologie politique de la République islamique : il s’agit d’une expression plus radicale et extrémiste que le centre de gravité du régime iranien.


Contrairement à Kissinger — Abbasi est parfois surnommé « le Kissinger persan » — il n’a jamais exercé de fonctions politiques de premier plan. Ses prises de positions incarnent de façon particulièrement explicite le « Triple Axe » qui découlerait des intérêts partagés par la Russie, la Chine et l’Iran1.

Ce discours est aussi le dernier avatar d’un courant de politique étrangère influent dans l’histoire de la République islamique d’Iran, le « Regard vers l’Est » (Négâh bé Sharq) qu’avait théorisé et défendu Mahmoud Ahmadinejad lors de ses deux mandats présidentiels (2005-2013), reposant sur l’idée que le centre de gravité du monde se déplaçant vers l’Asie, l’Iran devait se concevoir de plus en plus comme une puissance asiatique, et anti-occidentale.

Cette vision du monde coexiste avec d’autres doctrines politiques et géopolitiques, dont l’importance évolue au gré de la conjoncture politique internationale.

La réélection potentielle de Donald Trump et une politique plus hostile vis-à-vis de l’Iran pourrait conforter le courant représenté par Abbasi au sein de la République islamique.

Nous publierons prochainement dans le Grand Continent d’autres voix, de clercs conservateurs, de théologiens réformateurs, de juristes modérés, qui chacun à leur manière, proposent des pistes pour imaginer le futur de la République islamique, le jour où la clef de voûte actuelle du système, l’ayatollah Ali Khamenei, disparaîtra.

1 — La Quatrième guerre mondiale et le plan de gulliverisation du Moyen-Orient

Un nouvel ordre mondial est en train prendre forme. Il pourrait définir les relations internationales pendant les cinquante prochaines années : votre jeunesse, votre âge mûr, et peut-être jusque dans votre vieillesse.

Ce discours est une conférence donnée le 23 janvier 2024 (03 Bahman 1402) dans le think tank « Centre d’analyse doctrinale » (markaz-é beressi-yé doctrinâl), que dirige Hassan Abbasi.

Pour commencer, je voudrais revenir sur la Quatrième guerre mondiale. Celle-ci a éclaté après la Guerre froide, qui a elle-même duré de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à l’effondrement de l’URSS et la chute du mur de Berlin. Comme la Guerre froide, la Quatrième guerre mondiale est désormais terminée.

La Guerre froide est considérée par Hassan Abbasi comme la troisième guerre mondiale ; la période qui suit la Guerre froide et se termine selon lui aujourd’hui serait par conséquent la « Quatrième » guerre mondiale.

Mais revenons d’abord sur ses origines. Il y a plusieurs dizaines d’années, le chef du service de renseignement extérieur français, Alexandre de Marenches, a théorisé l’idée d’une Quatrième guerre mondiale dans son livre publié en anglais sous le titre The Fourth World War, paru aux États-Unis en 1992 puis traduit en persan il y a trente ans exactement.

Dans son livre, il explique que la guerre entre l’Est et l’Ouest, entre le marxisme et le libéralisme, entre le socialisme et le capitalisme, est terminée. Ce qu’il entrevoit, ce n’est pas une guerre entre le Nord et Sud, ou une guerre entre les pays riches et les pays pauvres, mais bien une guerre entre l’Ouest et le monde islamique.

Ce livre d’Alexandre de Marenches a une étonnante postérité. Initialement publié en France comme mémoires sous la forme d’entretiens avec Christine Ockrent en 1986, intitulés Dans le secret des princes, il est traduit et partiellement réécrit en anglais en 1992 sous le titre The Fourth World War : Diplomacy and Espionage in the Age of Terrorism. Il gagne une certaine notoriété pour avoir annoncé l’invasion de l’Irak par les États-Unis. En Iran, le livre est traduit assez rapidement mais reste confidentiel. Il est néanmoins parfois cité, comme dans le journal ultraconservateur Javân, proche des Gardiens de la Révolution, qui se réjouit que les Iraniens soient identifiés dans le livre comme un ennemi potentiellement redoutable des puissances occidentales.

Dix ans après Alexandre de Marenches, James Woolsey, le chef de la CIA, annonçait que la Quatrième guerre mondiale avait bel et bien commencé après le 11 septembre 2001 — et qu’elle se déroulerait au Moyen-Orient.

Quel était le but ultime ? Déclarer la guerre à l’Iran. Cette Quatrième guerre mondiale consistait avant tout à vouloir diviser les États du Moyen-Orient pour réduire leur capacité d’action, comme l’explique James Blackwell dans son livre Thunder in the Desert.

Le livre de Blackwell cité par Abbasi est en fait une analyse tactique du succès américain lors de l’opération « Tempête du Désert ». Comme l’a expliqué Louis Gautier dans nos pages, par mais aussi au-delà de son aspect militaire, la première Guerre du Golfe a inauguré une nouvelle ère géostratégique : « La guerre du Golfe est annonciatrice de conflits qui intègrent à l’intervention militaire des dimensions collatérales aux actions de combat : la communication en temps réel vers l’opinion, l’engagement humanitaire auprès des populations kurdes victimes d’actes collatéraux de répression perpétrés par le régime de Saddam Hussein, la protection de l’environnement ou encore la continuité du droit international. »

Il s’agissait d’un plan de gulliverisation de la région : l’objectif était de faire des États du Moyen-Orient des Liliputiens qui puissent tenir dans la paume de Gulliver, c’est-à-dire le régime sioniste, qui deviendrait, à la suite des divisions, le plus puissant de tous.

Diapositive extraite de la présentation Power Point d’Abbasi


Dans la théorie conspirationniste d’Abbasi, cette image représenterait les pays d’un Moyen-Orient élargi réparti en trois catégories : à droite, les six pays « Gulliver » (les plus grands pays à diviser) : Iran, Egypte, Turquie, Syrie, Irak et le « régime sioniste » (Israël) ; au milieu, les pays « d’espoir » : Libye, Arabie saoudite, Yémen, Oman, Algérie, Soudan ; à gauche, les pays « inquiets » : Liban, Emirats arabes unis, Qatar, Koweït, Tunisie, Jordanie.

Si l’Arabie saoudite est divisée en cinq pays, l’Iran en sept pays, la Turquie en deux pays, l’Égypte en deux pays, la Syrie en trois pays, l’Irak en trois pays, l’Afghanistan en deux ou trois pays, le Pakistan en deux pays, il ne restera alors dans le monde musulman que des États de la taille du Bahreïn, du Qatar, des Émirats arabes unis, qui n’ont pas la possibilité de décider par eux-mêmes.

Dans ce contexte, la stratégie officielle de la République islamique a été d’empêcher les États-Unis de mettre en œuvre ce plan et de s’opposer à la désintégration des pays. C’est la tâche principale que s’est fixée le corps des Gardiens de la Révolution, dans le cadre de l’Axe de la Résistance.

Cette vision du monde revient à présenter les Gardiens de la Révolution comme les défenseurs inattendus de l’intangibilité des frontières dans l’ordre post-1945. On peut y lire une réponse à Kissinger qui considérait que l’Iran devait choisir entre être « une cause ou une nation » et que la République islamique était une puissance révisionniste, signifiant qu’elle souhaitait transformer et remettre en cause l’ordre mondial tel qu’il existe.

« L’Axe de la Résistance » est une manière de désigner la coalition des intérêts anti-occidentaux au Moyen-Orient, qui réunit des acteurs aux idéologies a priori différentes voire opposées autour du concept de « Résistance ».

Rappelons en effet que le Hezbollah est la branche politique de l’organisation armée nommée « Résistance islamique au Liban » (al-muqāwamah al-islāmīyah fī lubnān) et que le Hamas est un sigle signifiant « ḥarakat al-muqāwma al-ʾislāmiyya » ou « Mouvement de résistance islamique ».

La force Qods suit l’idée exprimée par le martyr Qassem Soleimani à propos du séparatisme irakien. Lors du vote pour l’indépendance du Kurdistan, on a pu voir des partisans de l’indépendance hisser des drapeaux sionistes à côté de drapeaux kurdes. Mais deux ou trois jours après la cérémonie funéraire de feu Jalal Talabani [le 06 octobre 2017], l’ancien président de l’Irak et fondateur de l’Union patriotique du Kurdistan irakien, Hadj Qassem a déclaré à Massoud Barzani : « nous empêcherons la désintégration de l’Irak, nous ne la laisserons pas se produire, car cela risque d’arriver alors à tous les pays, qui se désintègreront tous ».

Qassem Soleimani est mentionné tout au long du discours comme une référence, un modèle à suivre et la preuve de la justesse de la cause de la Révolution iranienne contre ses ennemis. Hassan Abbasi l’appelle de différents noms : « Hajj Qassem » rappelle sa piété, car « Hajj » est un titre qui s’accolle au nom d’un croyant musulman qui a fait un pélerinage à la Mecque ; « shahid », ou « martyr », inscrit le Général Soleimani dans la martyrologie chiite de la République islamique.

L’opposition aux autonomies kurdes est un élément central de la doctrine des Gardiens de la Révolution.

L’insistance du discours sur l’intangibilité des frontières est aussi une manière de refuser plus d’autonomie aux populations kurdes, en Irak et en Syrie bien entendu, mais aussi en Iran, où plus de 10 millions de Kurdes vivent, dans l’Ouest du pays. Fabrice Balanche a analysé dans le Grand Continent cette opposition des puissances régionales aux autonomies kurdes.

Ce plan reproduit celui que l’Amérique et l’Europe avaient élaboré pour découper les pays en morceaux il y a cent ans, en 1915, lorsqu’ils ont divisé l’Empire ottoman en une dizaine de pays : la Turquie, la Syrie, le Liban, l’Irak, etc… Cent ans après les Accords Sykes-Picot, la même histoire recommence. Picot était français et Sykes était anglais. Ils ont placé une règle sur la carte, traçant une ligne établissant que la Syrie se trouverait ici, l’Irak là, l’Arabie saoudite par là-bas, et ainsi de suite.

Une fois de plus, ils voulaient mettre le monde islamique en pièces, comme ils l’avaient fait avec l’empire ottoman. Tous les occidentaux qui sont venus dans la région y sont arrivés après avoir étudié Sykes-Picot et la désintégration de l’empire ottoman : Lawrence d’Arabie, Gertrude Bell — à propos de qui un film est sorti en 2015, intitulé La Reine du Désert.

Dans toute la conférence d’Hassan Abbasi se mêlent les références à des événements réels, les théories géopolitiques, et les représentations cinématographiques du cinéma hollywoodien. Archéologue britannique, Gertrude Bell (1868-1926) a soutenu la création d’États arabes indépendants au Moyen-Orient et notamment de l’Irak à la suite de la chute de l’empire ottoman.

Dans le film évoqué par Hassan Abbasi et réalisé par Werner Herzog, elle est incarnée par Nicole Kidman. Elle est également l’une des premières traductrices en anglais du Divan de Hâféz, l’un des plus importants recueils de poésie persane classique.

Une partie de leur plan était le projet du Grand Moyen-Orient — dont l’objectif était en fait la disparition du Moyen-Orient tel qu’il existait. Ils souhaitaient que, de Marrakech à l’Indonésie sur la côte de l’océan Pacifique, dans tout le monde musulman, sur une distance de quinze mille kilomètres de long et large de cinq mille kilomètres, il n’y ait plus un seul grand pays.

C’est pourquoi ils ont séparé en deux le Soudan, grand comme la France, et l’ont appelé le Sud-Soudan ; de même en République centrafricaine, en favorisant les chrétiens et en chassant les musulmans vers le Niger ; nous avons vu le même phénomène au Niger, ainsi qu’au Myanmar, où ils ont soutenu les bouddhistes et massacré les musulmans, avant de les envoyer au Bangladesh.

Qui s’est opposé à cette stratégie ? La République islamique d’Iran. Qui a préparé la riposte ? Le Corps des gardiens de la révolution islamique ? Qui a pris la direction des opérations ? L’Imam des musulmans.

L’Imam des musulmans est une autre manière de désigner le Guide Ali Khamenei. Dans ce passage, au pic de son complotisme, Abbasi étend la lutte contre les États-Unis à l’ensemble de la planète, et ne s’arrête pas au Moyen-Orient.

Diapositive extraite de la présentation Power Point d’Abbasi

Dans le discours d’Abbasi, cette carte serait censée montrer le supposé plan des États-Unis de découper l’Iran en plusieurs États qui réuniraient chacun une ethnie dominante dans la région en question.

Ne reposant évidemment sur aucune réalité, elle est surtout le symptôme de l’opposition radicale de la République islamique, notamment des Gardiens de la Révolution, depuis 1979, à toute forme de séparatisme dans un pays où l’ethnie majoritaire ne représente qu’entre 55 et 65 % de la population.

Si le projet de création d’un Kurdistan autonome a été longuement débattu et qu’il a existé un an un Gouvernement populaire d’Azerbaïdjan en 1945-1946, créé dans le cadre de la crise irano-soviétique, l’idée d’un « Arabistan » ou d’un « Baloutchistan iranien » semble une totale invention d’Hassan Abbasi.

Ceux qui parlent aujourd’hui de l’éclatement de l’Iran encouragent les séparatistes iraniens en Europe et en Amérique. Ils leur offrent des tribunes avec les drapeaux des différentes régions ethniques d’Iran dans les rues d’Allemagne, de Belgique, de Hollande, de France, d’Angleterre, d’Amérique et du Canada.

Il s’est passé beaucoup de choses au cours des trente dernières années. Nous avons assisté à l’affaiblissement du libéralisme, aux problèmes rencontrés dans les domaines économiques et financiers, aux problèmes sociaux et psychologiques des États libéraux.

Le régime baasiste de Saddam nous avait attaqué avec l’aide des Occidentaux. Cette guerre s’est terminée en 1988. Cette « guerre imposée » contre l’Iran a duré huit ans, contre la défense sacrée, mais tout le monde l’a oublié. Mais la guerre que nous avons vécue, a elle duré 30 ans.

Il s’agit d’un passage obligé de tout discours de politique étrangère iranienne, visant à rappeler ce qui est perçu par le pouvoir politique iranien comme la faute originelle la plus évidente des puissances occidentales : le soutien militaire occidental massif apporté à Saddam Hussein pendant la longue guerre qui a opposé l’Irak à la République islamique d’Iran, de 1980 à 1988.

Cette guerre est nommée en persan « la guerre imposée » (djang-é tahmili) tandis que les combats iraniens pendant cette guerre sont décrits comme « la défense sacrée » (défâh-é moqadas). L’immense majorité des dirigeants actuels de la République islamique et tous les généraux des Gardiens de la Révolution ont commencé leur carrière politique et militaire au cours de conflit.

La dénonciation de l’aide occidentale à Saddam Hussein au cours de la Guerre Iran-Irak fait consensus au sein du système politique iranien, des plus modérés aux plus conservateurs. Cet argument est notamment mobilisé pour justifier l’existence du programme balistique iranien, au motif que, pendant la guerre contre l’Irak, les villes iraniennes ont subi de nombreux bombardements, sans pouvoir répliquer, faute de missiles balistiques.

2 — La Quatrième guerre mondiale mise en échec par la résistance iranienne

Voyant que le délitement des États du Moyen-Orient ne fonctionnait pas, ils ont tenté d’infléchir la stratégie de la Quatrième guerre mondiale en attisant les tensions religieuses entre d’un côté Daech et de l’autre côté le Hezbollah libanais — espérant que la guerre étendue aux sunnites et aux chiites contribuerait à détruire le monde islamique.

Hassan Abbasi fait référence à un article de Richard N. Hass dans Project Syndicate, du 21 juillet 2014, « The New Thirty Years War », dont il montre à ce moment-là une capture d’écran son auditoire.

L’Iran a échappé à la Quatrième guerre mondiale. Pourtant, comme le montre le réalisateur Oliver Stone dans le film W, qui raconte la vie de George W. Bush, le plan initial des États-Unis était de s’en prendre à l’Iran. On voit dans une scène du film Dick Cheney, le Vice-Président américain, proposer de prendre l’Iran en tenaille via l’Irak et l’Afghanistan, pour « assécher le marécage » et prendre le pétrole.

Scène du film W de Oliver Stone (2008). Diapositive extraite de la présentation Power Point d’Abbasi

Au sein du parti républicain, on trouve deux groupes : les faucons et les colombes. Parmi les faucons on trouve Paul Wolfowitz et ses proches, comme Condoleezza Rice, comme Eliot A. Cohen, qui ont essayé de mettre en œuvre la Quatrième guerre mondiale. Eliot A. Cohen a officiellement écrit que les États-Unis menaient la Quatrième guerre mondiale. L’objectif principal était l’attaque de l’Iran et la destruction de l’Islam.

Hassan Abbasi fait référence à un article de Eliot A. Cohen, conseiller de Condolezza Rice de 2007 à 2009, et aujourd’hui professeur à la Paul H. Nitze School of Advanced International Studies de l’Université Johns-Hopkins, écrit dans le Washington Post le 20 novembre 2001 et intitulé « World War IV ».

La Quatrième guerre mondiale s’achève grâce à la voie montrée par la République islamique, et surtout grâce aux préceptes du Guide Suprême, qui était conscient de la nature de cette Quatrième guerre mondiale avant même qu’elle ne soit déclarée. Sa capacité à nous avertir témoigne de sa sagesse et de sa grâce particulière — qui est la grâce de Dieu.

En effet, les Américains ont dû fuir l’Afghanistan à l’été 2021. L’Irak, quant à lui, n’est plus américain, mais aux mains de Hachd al-Chaabi.

Nous annonçons aujourd’hui la fin de la Quatrième guerre mondiale, la fin de la recomposition politique du Grand Moyen-Orient, la fin de la guerre de religion. Un nouveau chapitre a commencé, que nous appelons la nouvelle guerre froide.

3 — La nouvelle guerre froide

Pour comprendre la configuration de la nouvelle guerre froide, nous avons représenté sur ce graphique l’OTAN mondiale en trois branches : l’OTAN arabe, l’OTAN européenne, l’OTAN orientale, face aux trois puissances régionales qui leur font face. Dans cinq ans, ce sera la feuille de route de tout le monde — pas seulement de l’Iran.

Diapositive extraite de la présentation Power Point d’Abbasi

Si l’on voit poindre l’idéologie libérale-sioniste derrière le drapeau américain, on voit derrière les drapeaux de la Russie, de l’Iran et de la Chine respectivement l’Orthodoxie, l’Islam et le Social-confucianisme. Ces trois idéologies diffèrent de l’idéologie libérale.

Pendant la précédente Guerre froide, où se trouvait le lieu de tension maximale ? La ville de Berlin, entourée par son mur. Quand le mur de Berlin est tombé, la première Guerre froide s’est achevée.

Le thème de la nouvelle guerre froide, comme l’idée d’une alliance naturelle entre la Chine, la Russie et l’Iran, se situe dans la continuité de la politique étrangère de « regard vers l’Est », lancée par Mahmoud Ahmadinejad lors de sa présidence5 et qui avait déjà fait son aggiornamento lors d’un Dialogue sur la Sécurité Régionale organisé en octobre 2018 à Téhéran, où il était question de « Regard vers l’Est.

Les trois Berlin de la nouvelle guerre froide

Dans cette nouvelle Guerre froide, il y a trois Berlin.

Le premier Berlin est l’Ukraine ; le deuxième Berlin est la Palestine ; et le troisième Berlin, Taïwan.

Chacune des trois puissances, la Russie, la Chine et l’Iran, se trouve derrière un point de tension : la Russie derrière l’Ukraine ; la Chine derrière Taïwan ; la Révolution islamique et la République islamique derrière la Palestine.

Chaque Berlin pourrait représenter l’échec ou le succès de chacun de ces acteurs. Si la civilisation libérale se retire de l’Ukraine, c’est qu’elle y a échoué. Si la civilisation libérale se retire de Taïwan, c’est qu’elle y a échoué. Si la civilisation libérale se retire de la Palestine, c’est qu’elle y a échoué. Les défaites et les victoires de cette nouvelle Guerre froide se produiront sur ces trois champs de bataille.

Tous les événements qui se sont produits récemment sont résumés par ce schéma. Les évolutions et les mouvements stratégiques durent généralement au moins 25 ans et s’étalent souvent sur deux générations, c’est-à-dire 50 ans. Il est nécessaire de faire évoluer notre esprit stratégique pour quitter les concepts de la Quatrième guerre mondiale et embrasser les coordonnées de la nouvelle Guerre froide.

C’est un monde divisé en quatre pôles idéologiques, dans lesquels trois se trouvent face à un ennemi commun : la civilisation libérale.

La Trilatérale de la nouvelle guerre froide

Dans la précédente guerre froide, le Trilatéralisme se situait du côté de la civilisation occidentale, à travers l’alliance entre l’Amérique du Nord, l’Europe occidentale et le Japon. Dans la nouvelle guerre froide, le Trilatéralisme est apparu du côté opposé : les Russes orthodoxes, les Chinois confucéens sociaux et les Iraniens musulmans ont mis en place une nouvelle Trilatérale.

Je fais référence au concept de ce livre, The Trilateral Commission and Elite Planning for World Management.

Quiconque veut comprendre le système d’organisation du monde actuel doit s’approprier ce concept de Trilatérale. Le nouveau trilatéralisme unit la Chine, l’Iran et la Russie, qui ne sont pas unis par une idéologie, mais par leur appartenance commune au Pacte de Shanghaï et leur opposition à l’idéologie libérale.

La référence à la Commission Trilatérale est un topos du discours complotiste. Ici, elle semble d’autant moins justifiée que les « triptyques » opposés d’Abbasi n’ont pas grand chose à voir.

Le vocable « trilatéralisme » est agité comme un slogan qui ne correspond à aucune réalité concrète, visant essentiellement à chercher à mettre l’Iran sur le même plan que la Chine ou la Russie — alors que le « Pacte de Shanghaï » (l’Organisation de Coopération de Shanghaï).

Les États-Unis sont contraints de défendre leurs alliés en Ukraine et leur bastion à Taïwan pour qu’il ne s’effondre pas. Ils doivent défendre leur position sur le front intermédiaire à Gaza pour que le régime sioniste ne s’effondre pas et ne soit pas contraint de se retirer de Palestine.

La civilisation libérale, en somme, a constitué au cours des ces dernières années trois fronts, trois Berlin — où se jouera l’avenir du monde.

Les pays arabes et musulmans dans la guerre de Soukkot

Historiquement, le monde arabe a toujours eu des positions marquées sur le conflit israélo-palestinien. Au cours des trente dernières années, deux principaux groupes se sont distingués.

D’un côté les pays qui avaient officialisé des accords de paix avec Israël et reconnu son existence. C’était l’Égypte et la Jordanie. Face à eux, existait ce que l’on nommait le camp du refus.

Aujourd’hui, la dynamique a sensiblement évolué puisque plusieurs pays ont signé les accords d’Abraham en décembre 2020, marquant une nouvelle phase de relations avec Israël: les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan.

Malgré cette ouverture, un camp du refus demeure, principalement structuré par l’axe de puissance iranienne dans la région. Il englobe des pays tels que l’Irak, la Syrie et, dans une certaine mesure, le Liban, principalement en raison de l’influence du Hezbollah.

Les Émirats arabes unis, tout comme Bahreïn bien que d’une manière plus modeste, ont établi des relations diplomatiques avec Israël par le biais des Accords d’Abraham. Cette démarche les distingue de certains de leurs voisins. Contrairement au Maroc, les Émirats arabes unis n’ont pas eu de présence de population juive importante dans leur histoire récente. Leur position géographique et leur puissance régionale en font toutefois des acteurs clefs de la crise diplomatique ouverte par la guerre de Soukkot.

La tenue des Accords d’Abraham dépend en partie de la réaction d’Israël face à certaines situations. Cela peut limiter les Émirats dans leurs actions, tout en leur offrant une opportunité de jouer un rôle de médiateur dans la région. En termes de géopolitique régionale, le Qatar se distingue par son rôle de soutien financier de premier plan du Hamas, créant ainsi un point de tension potentiel avec les Émirats arabes unis.

Malgré cette rivalité, les deux pays restent paradoxalement parmi les zones les plus stables en cas de tensions régionales accrues : Dubaï, en particulier, est considérée comme un bastion investi par l’ensemble des parties prenantes à tous les conflits régionaux, voire internationaux.

Une question cruciale est de savoir quel serait le seuil, en termes de victimes palestiniennes à Gaza, en Cisjordanie ou au Liban, qui pousserait les Émirats arabes unis, mais aussi le Maroc, à reconsidérer les Accords d’Abraham. Bien qu’il soit difficile d’évaluer un tel seuil, ces accords, difficiles à conclure, seraient probablement maintenus, sauf en cas de catastrophe d’une ampleur inimaginable.

À long terme, il est peu probable que ces pays rompent totalement leurs liens avec Israël. Ces États pourraient adopter toute une gamme de discours nuancés pour signaler leur préoccupation, leur condamnation tout en cherchant à proposer des solutions diplomatiques, de façon à signaler leur nouveau rôle de puissance médiatrice régionale.

En termes de géopolitique régionale, le Qatar se distingue par son rôle de soutien financier de premier plan du Hamas, créant ainsi un point de tension potentiel avec les Émirats arabes unis.

HUGO MICHERON

L’Arabie saoudite occupe aujourd’hui une position très singulière et elle est fragilisée par la guerre de Soukkot. Sous la direction de Mohammed ben Salmane (MBS), elle avait amorcé une politique audacieuse de rapprochement et de normalisation avec Israël.

Cette démarche aurait pu être concrétisée cet automne ou en 2024. Mais une escalade du conflit pourrait suspendre durablement cette dynamique et, par extension, remettre en cause une grande partie de la stratégie suivie jusque-là par le prince héritier, dont l’argument principal auprès de la communauté internationale a été que la région serait plus stable et plus calme sous sa houlette.

En réalité, malgré ces promesses, l’Iran continue de disposer de moyen d’atteindre indirectement Israël via le Hamas et le Hezbollah et donc de perturber les plans du rival saoudien.

La question de la capacité réelle de l’Arabie saoudite à juguler la situation actuelle est posée et la réponse à celle-ci déterminera fortement les tendances dans la nouvelle période que cette crise semble dessiner.

Dans l’immédiat, la position d’un Iran fragilisé par les manifestations et les protestations populaires a été renforcée. Mais on voit difficilement comment Israël ne chercherait pas, en même temps que de « détruire le Hamas » à réduire également la capacité que l’Iran a de semer indirectement la terreur sur le sol israélien.

Bref, malgré ses atouts financiers et diplomatiques, l’Arabie saoudite doit réfléchir à la manière de gérer cette situation complexe. Pour l’instant, les déclarations de la diplomatie saoudienne, appelant à l’intervention de la communauté internationale après avoir souhaité jouer le rôle d’hégémon régional, pourraient être perçues comme un signe de faiblesse.

La position algérienne mérite aussi d’être évoquée. Très vite, le pays a tenu un discours très ferme de soutien au Hamas. Pourtant, elle n’appartient pas à l’axe de puissance iranienne. Elle a adopté dès le début, des positions très similaires à cet axe, pour trois raisons. D’abord, il y a une question de voisinage : la position algérienne tient en grande partie à ses tensions diplomatiques avec le Maroc.

L’Algérie a vivement critiqué les Accords d’Abraham et utilise le soutien au Hamas pour mettre son voisin en difficulté, alors que celui-ci peine à concilier ses engagements diplomatiques avec la volonté populaire, largement en faveur du Hamas.

Ensuite, la diplomatie algérienne suit une direction de plus en plus ouvertement anti-occidentale. On l’a vu dans d’autres contextes, comme avec la guerre en Ukraine, où l’Algérie a immédiatement soutenu la Russie, rappelant ainsi ses liens historiques avec l’URSS.

Enfin, historiquement, l’Algérie se trouve dans le camp du refus lorsqu’il s’agit de la question israélo-palestinienne. Mais ce facteur historique n’est pas le seul en jeu : la dynamique politique interne joue également un rôle crucial.

L’actuel régime algérien fait face à une population majoritairement jeune, confrontée à de hauts taux de chômage. Celle-ci est par ailleurs animée d’un ressentiment profond envers Israël : utiliser le conflit externe pour canaliser une partie de la frustration politique interne permet de réduire la pression sur le régime. C’est une tactique ancienne et éprouvée — que la guerre de Soukkot ramène au premier plan.

Pour l’instant, les déclarations de la diplomatie saoudienne, appelant à l’intervention de la communauté internationale après avoir souhaité jouer le rôle d’hégémon régional, pourraient être perçues comme un signe de faiblesse.

HUGO MICHERON

Au sein du camp du refus, la situation du Liban interpelle singulièrement à cause du poids que le Hezbollah y a acquis.

Devant l’ampleur des massacres commis par le Hamas en Israël, il est très possible que la guerre ne se limite pas à Gaza, ce qui pourrait réenclencher un certain nombre de dynamiques au Moyen-Orient. De fait, si l’attention est principalement centrée sur Gaza et Israël, ces attaques ont été orchestrées depuis longtemps, avec des préparatifs en partie menés à Beyrouth.

Dans cette crise, il faut souligner la triangulation entre le Hamas, le Hezbollah et, dans une certaine mesure, certains acteurs de la crise syrienne. L’implication potentielle du Hezbollah pourrait pousser Israël à cibler le Liban, ce qui ferait entrer la guerre de Soukkot dans une nouvelle dimension. L’ampleur des massacres commis par le Hamas, les enlèvements et leur perception en Israël ont déjà introduit une rupture.

Une ombre plane sur cette carte et sur cette étude, qui détaille de manière systématique la prise de position de chaque pays : la place de la Russie, qui profite notamment du rôle décroissant de l’Europe.

La Russie, qui avait été relativement silencieuse dans la région depuis la chute de l’URSS, en grande partie sous influence américaine, a refait surface comme une puissance majeure depuis une dizaine d’années. Cela a été particulièrement évident lors de la guerre en Syrie, où Moscou a joué un rôle prépondérant, surpassant même les États-Unis dans sa capacité à influer sur le cours de la guerre, notamment en intervenant directement au sol pour sauver son allié, Bashar al-Assad.

Malgré son rôle de modérateur de l’influence iranienne, la Russie est souvent perçue comme étant en collusion avec l’Iran sur de nombreux fronts. Dans le cas de la guerre de Soukkot, elle semble pour l’instant adopter une approche de neutralité, se positionnant davantage comme un intermédiaire. C’est ce qu’elle a fait valoir le 10 octobre pendant la visite du Premier ministre irakien au Kremlin, au cours de laquelle Vladimir Poutine a pointé du doigt les échecs américains dans la région et l’incapacité des États-Unis à régler la crise, tout en appelant à la désescalade. Ce dernier terme n’est pas neutre dans la bouche de Poutine : c’est l’élément de langage qu’ils essayent d’imposer pour l’Ukraine afin d’obtenir une reconnaissance du statu quo.

L’implication potentielle du Hezbollah pourrait pousser Israël à cibler le Liban, ce qui ferait entrer la guerre de Soukkot dans une nouvelle dimension.

HUGO MICHERON

Rien d’illogique là-dedans : le comportement de la Russie au Moyen-Orient est influencé par ses intérêts en Ukraine, en particulier par sa stratégie visant à affaiblir l’Occident, notamment l’Europe.

C’est que, dans la crise actuelle, l’Europe, malgré son soutien financier important à l’Autorité palestinienne, semble manquer de poids politique et diplomatique dans la région. Bien qu’elle finance une grande partie de l’infrastructure de l’Autorité palestinienne, ses efforts n’ont pas conduit à la création d’un État palestinien capable de stabiliser la situation, mais plutôt à une expansion des colonies en Cisjordanie.

Si l’on revient au début des années 2010, la guerre civile syrienne a été un moment déterminant. Initialement, l’Europe avait une influence significative en Syrie, mais à la fin du conflit, celle-ci avait considérablement diminué, comme l’illustre le processus d’Astana, qui a vu la Russie, l’Iran et la Turquie se réunir pour discuter de la situation en Syrie. Alors même que ces trois pays poursuivaient des intérêts et des objectifs divergents en Syrie, ils se sont entendus sur un point : celui d’écarter les Occidentaux — et en premier lieu, les Européens — du règlement de la crise et, plus généralement, des affaires régionales. On en voit les conséquences aujourd’hui à l’aube de la guerre de Soukkot, mais aussi en Afrique subsaharienne et au Maghreb.

Le 11 octobre, Mohammed Ben Salman et Ebrahim Raïssi, le président iranien, ont échangé un coup de téléphone pendant lequel ils ont évoqué « l’escalade militaire en cours à Gaza ». Le prince héritier saoudien a insisté sur les efforts diplomatiques du royaume pour mettre fin à l’escalade. Il a rappelé la « nécessité d’adhérer aux principes du droit humanitaire international », exprimant son inquiétude quant à « la situation humanitaire désastreuse à Gaza ». Enfin, il a redit le soutien inébranlable de l’Arabie Saoudite à la « défense de la cause palestinienne et son soutien aux efforts visant à parvenir à une paix globale et équitable qui garantisse les droits légitimes du peuple palestinien. »

MEMBRES DE LA LIGUE ARABE

Le Secrétaire Général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, rejette la violence « des deux côtés » et appelle à une résolution juste au conflit israélo-palestinien. Des échanges auraient aussi eu lieu entre la Ligue arabe et la Russie pour trouver une solution au conflit.

Algérie

Après l’Iran, l’Algérie a été le deuxième pays à prendre position d’une manière claire, en condamnant d’une manière unilatérale l’État d’Israël — considéré comme le seul responsable « d’attaques brutales » — et en revendiquant le droit des Palestiniens à combattre « l’occupation sioniste ».

Dans un communiqué officiel diffusé sur les réseaux sociaux par le compte du Ministère des affaires étrangères algérien, on peut lire :

« L’Algérie suit avec une grande préoccupation l’évolution des attaques brutales d’Israël sur la bande de Gaza, qui ont coûté la vie à des dizaines de fils et filles innocents du peuple palestinien, tombés en martyrs face à la persistance de l’occupation sioniste dans la politique d’oppression et de persuasion qu’elle impose au courageux peuple palestinien.

L’Algérie condamne fermement ces politiques et pratiques qui violent les règles humanitaires les plus élémentaires et les références de la légitimité internationale.

Dans ce contexte, l’Algérie renouvelle sa demande d’une intervention immédiate de la communauté internationale à travers les instances internationales compétentes pour protéger le peuple palestinien de l’arrogance et du crime que l’occupation zioniste a érigé en caractéristique de cette coopération.

L’Algérie renouvelle également sa conviction que l’occupation coloniale sioniste est au cœur du conflit arabo-israélien et que la fin des fléaux et tragédies adverisites résultant de ce conflit réside incontestablement dans la réponse aux droits nationaux légitimes du peuple palestinien et dans son habilitation à établir son statut indépendant sur les frontières de 1967 avec Al-Quds Al Sharif [l’un des noms arabes de Jérusalem] comme capitale.

Alger, Le 7 octobre 2023 »

L’Algérie et Israël n’ont jamais eu de relations diplomatiques officielles, l’Algérie participant au boycott d’Israël par la Ligue arabe et ne reconnaissant pas officiellement l’État d’Israël. Alger refuse par ailleurs l’entrée à toute personne détenant un passeport israélien ou tout autre passeport avec un visa d’Israël dans son territoire.

Cette position est au cœur de la doctrine du président algérien Abdelmadjid Tebboune, notamment en relation aux accords d’Abraham et dans une fonction anti-marocaine. Lors d’un entretien avec les médias algériens le 20 septembre 2020, il déclarait :

« Nous avons remarqué une sorte de course à la normalisation. C’est une chose à laquelle nous ne participerons jamais, à laquelle nous ne donnerons jamais notre bénédiction, la question palestinienne est sacrée pour nous et c’est la mère de toutes les questions et ne sera résolue que par l’établissement d’un État palestinien, avec les frontières de 1967, avec Jérusalem sainte comme capitale. »

Arabie Saoudite

La diplomatie saoudienne a été particulièrement active depuis le début de cette séquence. Dès le 7 octobre, à 14:15 (heure de Paris), le royaume a publié le communiqué suivant :

« Le royaume d’Arabie Saoudite suit de près l’évolution de la situation inédite entre un certain nombre de factions palestiniennes et les forces d’occupation israéliennes, qui ont eu comme résultat un haut niveau de violence sur plusieurs fronts.

Le royaume appelle à une cessation immédiate de l’escalade entre les deux camps, la protection des civils et de la retenue.

Le royaume rappelle ses avertissements répétés quant aux dangers d’une explosion de la situation due à l’occupation continue, la privation des droits légitimes du peuple palestinien, et la répétition systématique des provocations contre ses lieux saints.

Le royaume renouvelle son appel à la communauté internationale à assumer ses responsabilités et à activer un processus de paix crédible qui conduise à une solution à deux États qui établisse la paix et la sécurité dans la région et protège les civils. »

Par la suite, l’Arabie Saoudite a publicisé nombre d’entretiens téléphoniques entre son ministre des Affaires étrangères, Faisal bin Farhan, et ses homologues dans le monde entier : Josep Borrell, haut représentant de l’Union européenne ; Anthony Blinken pour les États-Unis ; Ayman Safadi, pour la Jordanie ; Sameh Shoukry pour l’Égypte ; Mohammed bin Abdulrahman Al Thani pour le Qatar ; Catherine Colonna ; Hanke Bruins Slot pour les Pays-Bas. Le 9 octobre, Faisal ben Farhan s’est à nouveau entretenu avec Anthony Blinken.

Le deuxième communiqué indique notamment :

« Au cours de cet appel, les deux ministres ont discuté du danger que représente la poursuite de l’escalade militaire à Gaza et dans ses environs, de l’importance d’œuvrer pour désamorcer les tensions et de la nécessité pour la communauté internationale d’agir collectivement pour réduire les répercussions de cette crise d’une manière qui préserve la paix et la sécurité internationales. »

Le 9 octobre (Israël n’était pas encore entré à Gaza), Mohammed ben Salman s’est aussi entretenu avec Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité palestinienne. Pendant cet appel, le prince héritier aurait notamment : « insisté sur le fait que le royaume continue de soutenir le peuple palestinien dans la quête de leurs droits légitimes, leur aspiration à une vie digne, à la réalisation de leurs espoirs et de leurs aspirations, et l’aboutissement d’une paix juste et durable ».

Le même jour, Mohammed ben Salman a aussi échangé avec le roi Abdallah de Jordanie et le Président égyptien Abdel Fattah Al-Sisi. Dans les deux cas, les deux dirigeants ont rappelé leur attachement aux droits des Palestiniens.

L’État d’Israël et le Royaume d’Arabie saoudite n’ont jamais entretenu de relations diplomatiques officielles.

En 1947, l’Arabie saoudite a voté contre le plan de partage de la Palestine des Nations unies et ne reconnaît pas actuellement la souveraineté israélienne.

Toutefois, à partir de 2023, des négociations bilatérales en vue d’une normalisation israélo-saoudienne sont en cours, les États-Unis jouant le rôle de médiateur entre les deux parties. Comme le rappelait Gérard Araud, cette extension des accords d’Abraham, ces traités de paix entre Israël et les Émirats arabes unis d’une part et entre Israël et Bahreïn d’autre part qui furent signés en décembre 2020 et rejoints par le Maroc et le Soudan, constituerait le plus beau succès diplomatique de l’administration Biden.

L’activité diplomatique déployée par les Saoudiens témoigne de leur centralité dans la géopolitique régionale. Leurs appels à la désescalade et à une solution à deux États est aussi une manière de donner des gages pour naviguer dans une situation complexe : d’un côté, il s’agit d’essayer de préserver autant que possible les négociations entamées avec Israël ; de l’autre, ménager des opinions publiques arabes et musulmanes largement acquises à la cause palestinienne.

Bahreïn

Le 9 octobre (Israël n’était pas encore entré à Gaza), le ministère des Affaires étrangères de Bahreïn a publié ce communiqué :

« Le ministère des Affaires étrangères a souligné la nécessité d’arrêter immédiatement les combats en cours entre le mouvement palestinien Hamas et les forces israéliennes, avertissant que les attaques lancées par le Hamas constituent une escalade dangereuse qui menace la vie des civils, exprimant son profond regret pour la grande perte de la vie et des biens, ses condoléances aux familles des victimes et ses vœux de prompt rétablissement aux blessés.

Le ministère a également exprimé la dénonciation du Royaume de Bahreïn face aux enlèvements de civils à leur domicile comme otages, rapportés dans certains rapports, appelant à mettre fin à l’escalade et à éviter les violences qui menacent la sécurité et la stabilité régionales et laissent présager des conséquences désastreuses pour la région.

Le ministère des Affaires étrangères a appelé la communauté internationale à intervenir et à assumer ses responsabilités pour mettre fin aux combats et assurer une protection complète aux civils qui ne devraient pas être la cible d’un conflit en vertu du droit international humanitaire, et à faire progresser les efforts visant à instaurer la paix, la stabilité et la sécurité pour tous les peuples de la région.

Le ministère a affirmé que le Royaume de Bahreïn soutient les efforts visant à mettre fin aux combats et à l’escalade et à parvenir à une solution politique par le dialogue et les négociations et à un règlement pacifique final du conflit conformément à la solution à deux États et aux résolutions de légitimité internationale. »

Comme les Émirats arabes unis, de son indépendance en 1971 à la signature des accords d’Abraham en 2020, Bahreïn a boycotté Israël.

Quoique plus court et moins disert que les communiqués émiratis, celui de Bahreïn participe d’une logique similaire : préserver les acquis diplomatiques de 2020 sans donner l’impression que le pays aurait complètement abandonné la cause palestinienne.

Égypte

Comme l’Arabie Saoudite ou la Jordanie, la diplomatie égyptienne est très active depuis le 7 octobre. Sameh Choukri, le ministre égyptien des Affaires étrangères, a échangé avec vingt de ses homologues : Allemagne, Arabie Saoudite, Canada, Émirats arabes unis, Espagne, France, Grande-Bretagne, Hongrie, Iran, Italie, Jordanie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Qatar, Russie, Slovénie, Turquie et Union européenne. Il a également échangé avec Philippe Lazzarini le Commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) et le Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient.

Dans les résumés de ces échanges comme dans ses communiqués, l’Égypte appelle les deux parties à « faire preuve de retenue » et demande une « désescalade ». L’Égypte insiste aussi sur le rôle humanitaire qu’elle entend jouer dans la crise.

Dès la proclamation de l’État d’Israël en 1948, les relations égypto-israéliennes ont été très hostiles : en 1948, en 1956, pendant la crise de Suez, en 1967 puis en 1973, les deux pays se sont affrontés.

Après la défaite égyptienne pendant la guerre du Kippour, Anouar el-Sadate a engagé un profond changement de sa politique. Sa visite sans précédent à Jérusalem en 1977 a pavé la voie aux accords de Camp David l’année suivante. Ces accords ont conduit au traité de paix égypto-israélien de 1979, distinguant l’Égypte comme le premier pays arabe à reconnaître officiellement Israël.

Malgré ce rapprochement officiel, les relations bilatérales sont restées assez froides, souvent limitées à des collaborations sécuritaires. Toutefois, le XXIe siècle a apporté une complexité supplémentaire au rapport. La révolution égyptienne de 2011, suivie de l’avènement d’Abdel Fattah al-Sisi en 2013, a modifié les dynamiques.

Les enjeux régionaux, notamment les préoccupations sécuritaires dans le Sinaï et les synergies énergétiques, ont consolidé certains aspects de la coopération. La question palestinienne — quand bien même l’Égypte, elle aussi très hostile au Hamas, aurait elle aussi mis en place un blocus sur la bande de Gaza — reste un point de contentieux entre les deux pays.

Il faut par ailleurs remarquer qu’à la différence des Émirats arabes unis, de la Jordanie ou de l’Arabie Saoudite, l’Égypte a publicisé ses échanges avec la Russie ou avec l’Iran.

Émirats arabes unis

À l’heure actuelle, les Émirats arabes unis ont publié deux communiqués successifs. Mohammed ben Zayed a également fait montre d’une intense activité diplomatique, en s’entretenant par exemple de la situation avec Bachar al-Assad.

Le 7 octobre, le premier communiqué se présentait ainsi :

« Les Émirats arabes unis ont exprimé leur profonde préoccupation face à l’escalade de la violence entre Israéliens et Palestiniens, ont souligné la nécessité de mettre fin à cette escalade et de préserver la vie des civils, et ont présenté leurs sincères condoléances à toutes les victimes tombées lors de cette escalade.

Le ministère des Affaires étrangères a confirmé dans un communiqué que les Émirats arabes unis appellent à faire preuve d’un maximum de retenue et à un cessez-le-feu immédiat pour éviter des répercussions dangereuses.

Le ministère a indiqué que les Émirats arabes unis, en sa qualité de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, appellent à la nécessité de réactiver immédiatement le Quatuor international pour relancer le chemin de la paix israélo-arabe, et exhortent la communauté internationale à faire progresser tous les efforts déployés pour parvenir à une paix globale et juste et empêcher que la région ne soit entraînée vers de nouveaux niveaux de violence, de tension et d’instabilité. »

Le 8 octobre, alors que l’ampleur du bilan humain de l’attaque du 7 octobre commence à être mieux connue, un deuxième communiqué est publié. Il est plus précis que le précédent :

« Le ministère a souligné que les attaques du Hamas contre les villes et villages israéliens proches de la bande de Gaza, y compris les tirs de milliers de roquettes sur les centres de population, constituent une escalade sérieuse et grave. Le ministère est consterné par les informations selon lesquelles des civils israéliens ont été enlevés comme otages à leur domicile. Les civils des deux côtés doivent toujours bénéficier de la pleine protection du droit international humanitaire et ne doivent jamais être la cible d’un conflit.

Les Émirats arabes unis ont exprimé leurs condoléances aux familles des victimes et ont exhorté à tous les efforts diplomatiques pour empêcher une confrontation régionale plus large.

En outre, le ministère déplore profondément la perte de vies israéliennes et palestiniennes à la suite de la flambée de violence, et appelle les deux parties à désamorcer et à éviter une expansion de cette violence odieuse avec des conséquences tragiques affectant la vie et les installations des civils.

Les Émirats arabes unis ont souligné que la communauté internationale doit travailler ensemble pour empêcher que la violence ne risque d’entraîner une plus grande instabilité et des retombées, y compris l’implication d’autres groupes.

Les Émirats arabes unis ont réaffirmé que la communauté internationale doit rester déterminée face à ces tentatives violentes visant à faire dérailler les efforts régionaux en cours visant au dialogue, à la coopération et à la coexistence, et ne doit pas permettre que la destruction nihiliste s’empare d’une région dont les habitants ont déjà suffisamment souffert de la guerre. et un traumatisme.

Le ministère a souligné que les Émirats arabes unis restaient en contact étroit avec tous les partenaires régionaux et internationaux pour désamorcer rapidement la situation, rétablir le calme en Israël et dans les territoires palestiniens et reprendre les négociations pour un règlement final dans le cadre des paramètres de la solution à deux États pour les Palestiniens et les Israéliens, qui méritent de vivre dans la paix et la dignité. »

Depuis l’indépendance des Émirats Arabes Unis en 1971 jusqu’aux années 2010, les relations entre Israël et les EAU étaient quasi inexistantes, marquées par la méfiance et l’hostilité. Au fil des années, la perception croissante de la menace iranienne a été un facteur déterminant pour les deux nations.

Le programme nucléaire de l’Iran et son influence croissante au Moyen-Orient ont poussé Israël et les EAU à reconsidérer leur position mutuelle.

Ces inquiétudes communes les ont incités à collaborer de manière non officielle et à chercher des partenaires stratégiques pour contrer l’Iran, notamment lors de rencontres et d’échanges sur le sujet à partir de 2012. L’année 2020 a marqué un tournant historique avec la signature des Accords d’Abraham, parrainés par les États-Unis. Ces accords ont permis une normalisation officielle des relations entre Israël et les EAU. En reconnaissant mutuellement leur souveraineté, les deux pays ont ouvert la voie à des relations diplomatiques et économiques directes, symbolisées par l’ouverture d’ambassades respectives à Tel Aviv et Abu Dhabi en 2021.

Les déclarations des Émirats sont donc une manière de ne pas revenir sur cette ouverture diplomatique extraordinaire, sans s’aliéner les opinions publiques arabes. Il n’empêche, de tous les communiqués issus du monde musulman, ces textes sont ceux qui vont le plus loin dans la dénonciation des attaques commises par le Hamas, notamment parce qu’elles visaient les civils.

Irak

Le 7 octobre, à 14:30 (heure de Paris), le gouvernement irakien publie le communiqué suivant:

« L’Irak affirme sa position ferme, en tant que peuple et gouvernement, à l’égard de la question palestinienne. Il se tient aux côtés du peuple palestinien dans la réalisation de ses aspirations et l’obtention de ses pleins droits légitimes, et l’injustice ou l’usurpation de ces droits ne peuvent pas produire une paix durable.

Les opérations menées aujourd’hui par le peuple palestinien sont le résultat naturel de l’oppression systématique qu’il subit depuis l’Antiquité de la part de l’autorité d’occupation sioniste, qui n’a jamais adhéré aux résolutions internationales et de l’ONU. Il invite la communauté internationale à prendre des mesures pour mettre fin aux graves violations et rétablir les droits légitimes du peuple palestinien, qui souffre toujours de l’occupation, des politiques de discrimination raciale, du blocus, de la violation des lieux saints et des valeurs et principes humanitaires.

Nous mettons en garde contre une escalade continue dans les territoires palestiniens. Parce qu’elle aura une incidence sur la stabilité de la région, nous appelons également la Ligue des États arabes à se réunir d’urgence pour discuter de l’évolution de la situation dangereuse dans les territoires palestiniens. »

Le 10 octobre, Vladimir Poutine a reçu Mohammed Shia Al-Sudani, le premier ministre irakien, au Kremlin où la situation en Israël a été évoquée.

Pendant cette rencontre, Poutine a déclaré que l’explosion de violence en Israël montrait l’échec de la politique américaine au Moyen-Orient.

Depuis sa création en 1948, Israël n’est pas reconnu par l’Irak. Les deux pays n’ont jamais établi de relations diplomatiques formelles.

Dès l’établissement d’Israël, le Royaume hachémite d’Irak était parmi les pays arabes ayant déclaré la guerre à Israël, déclenchant la première guerre israélo-arabe. Les forces irakiennes ont également participé aux troisième et quatrième guerres israélo-arabes en 1967 et 1973.

En 1981, Israël a mené l’opération Opera, où son armée de l’air a bombardé et détruit un réacteur nucléaire irakien en construction près de Bagdad. Durant la guerre du Golfe de 1990-1991, l’Irak a lancé 42 missiles sur des villes israéliennes, espérant provoquer une riposte israélienne qui pourrait perturber la coalition internationale. Cependant, à cause des pressions américaines, Israël choisit de ne pas répliquer.

Depuis 2003, l’Irak post-Saddam Hussein demeure fermement opposé à Israël, soutenant le boycott mené par la Ligue arabe. Les passeports irakiens sont invalides pour les voyages vers Israël et vice-versa.

Le communiqué irakien est l’un des textes les plus favorables au Hamas qui aient été publiés depuis le 7 octobre. Par là, le gouvernement se situe dans la continuité de la politique antisioniste qui est la sienne — et ce, malgré les nombreux bouleversements qui ont touché l’État irakien en 65 ans — depuis 1948.

Jordanie

Ayman Safadi, le ministre des Affaires étrangères jordanien se montre très actif depuis le début de l’attaque du Hamas.

Sa page Twitter comptabilise ses échanges avec vingt-trois de ses homologues : Allemagne, Arabie Saoudite, Australie, Autriche, Canada, Chypre, Espagne, Émirats arabes unis, États-Unis, France, Irlande, Italie, Japon, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Qatar, Royaume-Uni, Slovénie, Suède, Turquie, et Union européenne. Il a également échangé avec l’un des principaux responsables de l’Autorité palestinienne, Hussein al-Sheikh. Le résumé des échanges est assez similaire d’un communiqué à l’autre : Ayman Safadi et son homologue « ont passé en revue aujourd’hui, lors d’un appel téléphonique, la situation dans la ville de Gaza et ses environs, ainsi que les efforts déployés pour stopper la détérioration. Safadi a souligné la nécessité d’intensifier les efforts visant à réduire l’escalade, à protéger les civils, à respecter le droit international humanitaire et à trouver une perspective politique pour réaliser la paix. »

Par ailleurs, le ministère a publié un communiqué le 7 octobre à 13:50 (heure de Paris) dans lequel il alertait des risques de l’escalade tout en se montrant très critique de la politique israélienne en Cisjordanie, et des attaques contre les lieux saints musulmans et chrétiens.

Israël et la Jordanie, qui partagent une frontière commune, ont signé un traité de paix en 1994, mettant officiellement fin à l’état de guerre qui les opposait depuis la création de l’État d’Israël en 1948.

Historiquement, entre 1948 et 1994, la Jordanie a adopté une politique anti-sioniste tout en faisant preuve de pragmatisme, notamment en raison de sa proximité géographique avec Israël, de l’orientation occidentale du roi Hussein et de ses aspirations territoriales modérées. Malgré l’état de guerre officiel, des communications discrètes ont eu lieu entre les deux pays, conduisant parfois à des accords même en temps de guerre.

La Jordanie, alors connue sous le nom de Transjordanie, a envahi le territoire du mandat palestinien après la création d’Israël en 1948.

À la fin de cette guerre, la Jordanie contrôlait la Cisjordanie et Jérusalem-Est et a annexé ces territoires en 1950. Après la guerre de Six Jours en 1967, la Jordanie a perdu ces territoires au profit d’Israël.

En 1970, le roi Hussein a combattu l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) lors de la guerre de Septembre noir, éjectant cette organisation qui menaçait son pouvoir. La même année, Israël intervenait indirectement pour soutenir la Jordanie contre une invasion syrienne.

En 1987, une tentative de paix secrète a été initiée entre Shimon Peres et le roi Hussein, mais elle n’a pas abouti en raison de l’opposition du Premier ministre israélien Yitzhak Shamir, fervent partisan du Grand Israël et donc hostile à toute concession territoriale.

Un an plus tard en 1988, la Jordanie a renoncé à sa revendication sur la Cisjordanie.

En 1994, la signature du traité de paix israélo-jordanien a marqué une nouvelle ère dans les relations bilatérales, normalisant leurs relations et résolvant leurs différends territoriaux, suivie, en 1996, par un traité commercial, qui renforce encore leur collaboration économique. Ce traité a également instauré des relations diplomatiques formelles et a traité d’autres questions bilatérales. Cependant, les relations entre les deux pays sont régulièrement compliquées par les tensions très fortes qui émergent à propos de la mosquée Al-Aqsa, dont le waqf (fondation religieuse islamique) est garanti par la Jordanie.

Koweït

Le 7 octobre à 15:10 (heure de Paris), le ministère des Affaires étrangères du Koweït publiait le communiqué suivant :

« Le ministère des Affaires étrangères exprime la profonde préoccupation de l’État du Koweït concernant les récents développements et l’escalade en cours dans la bande de Gaza et les territoires palestiniens occupés, qui résultent de la continuation des violations et des agressions flagrantes commises par les autorités d’occupation israéliennes contre le peuple palestinien frère.

Le ministère des Affaires étrangères confirme l’appel de l’État du Koweït à la communauté internationale, et en particulier au Conseil de sécurité, pour assumer ses responsabilités, arrêter la violence en cours, fournir une protection au peuple palestinien frère, et mettre fin aux pratiques provocatrices des autorités d’occupation, notamment les violations continues de la sainteté de la mosquée Al-Aqsa bénie, et la politique d’expansion coloniale.

Le ministère des Affaires étrangères réaffirme la position constante et de principe de l’État du Koweït de se tenir aux côtés du peuple palestinien frère et de le soutenir jusqu’à ce qu’il obtienne tous ses droits, le plus important étant son État indépendant sur les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. Il met en garde contre le fait que la continuation du cycle de violence sans l’arrêter et sans punir ceux qui en sont responsables pourrait saper les efforts de paix et la solution des deux États. »

En 2022, deux ans après la signature des accords d’Abraham, plusieurs représentants du Koweït affirmaient que leur pays serait « le dernier État arabe à reconnaître Israël ». De fait, s’il n’était pas indépendant en 1948 — et n’a donc pas pu participer à la première guerre israélo-arabe — le Koweït s’est opposé à Israël sur plusieurs fronts par la suite, ses forces s’étant engagées en 1967 et 1973, sur les fronts égyptien et syrien.

Depuis les années 1990, la position koweïtienne vis-à-vis d’Israël est ambivalente. Tout en entretenant des relations étroites avec le principal allié d’Israël, les États-Unis, le Koweït refuse catégoriquement toute normalisation avec l’État hébreu. Cette position est largement influencée par l’opinion publique. Contrairement à d’autres pays de la région, le Koweït, où le Parlement a un poids significatif en matière de politique étrangère, reste particulièrement attentif à cette opinion publique. Dans la rhétorique officielle, Israël est souvent décrit comme une « entité sioniste » ou la « Palestine occupée », afin de bien marquer la position officielle.

Liban

Dans un contexte interne particulièrement confus, il n’y a pas eu de communiqué officiel du gouvernement. D’un côté, depuis les élections législatives du 15 mai 2022, le processus de constitution d’un nouveau gouvernement est complètement bloqué. C’est donc le gouvernement sortant de Najib Mikati qui assure toujours l’intérim dans un pays dévasté par la crise économique et l’inflation. La situation est encore plus compliquée depuis le 31 octobre 2022, date à laquelle le mandat du président Michel Aoun a pris fin, sans que son successeur n’ait été élu. La situation qui dure depuis presqu’un an n’est toujours pas réglée.

La seule déclaration officielle vient donc de Abdallah Bou Habib, le ministre des Affaires étrangères, qui a indiqué :

« Je suis à l’étranger aujourd’hui, mais je reste en contact avec le Premier ministre à qui le Hezbollah a promis qu’il n’interfèrerait pas avec ce qui se passe (en Israël). […] Si Israël ne nous harcèle pas, il ne sera pas harcelé en retour, et (le Hezbollah) à n’interviendra pas pour le moment ». Le ministre a également déclaré qu’il n’y aurait pas d’évolution tant qu’Israël « se défendait », ajoutant que « Dieu seul savait » ce qui pourrait arriver s’il décidait « d’étendre la guerre » (source L’Orient Le Jour).

De son côté, le Hezbollah a publié un communiqué le 7 octobre. Il y écrivait notamment :

​​L’attaque du Hamas était « une réponse décisive aux crimes de l’occupation et aux agressions continues contre le sacré et la dignité. Elle prouve encore une fois que la volonté du peuple palestinien et les armes de la Résistance sont la seule option pour faire face à l’ennemi et à l’occupation. Ils constituent un message au monde arabe et musulman, ainsi qu’à la communauté internationale, surtout ceux qui cherchent à normaliser leurs relations avec l’ennemi, pour dire que la cause palestinienne ne meurt pas ».

Il ajoute :

« Nous appelons les peuples de notre nation arabe et musulmane dans le monde à annoncer leur soutien au peuple palestinien et aux mouvements de résistance qui affirment leur union sur le terrain, à travers le sang, la parole et l’action ».

L’organisation a conclu son communiqué en affirmant :

« La direction de la Résistance islamique au Liban suit les développements sur le terrain palestinien de près et avec grand intérêt. Elle est en contact direct avec la direction de la résistance palestinienne de l’intérieur et de l’extérieur et évalue constamment avec elle la situation et le déroulement des opérations. […] Nous appelons le gouvernement ennemi sioniste à tirer les leçons des faits que la résistance palestinienne a imposés sur le terrain. »

Malgré la participation de certains volontaires libanais au premier conflit israélo-arabe en 1948, le Liban ne participe pas aux conflits de 1948, 1967 et 1973.

Si le pays ne reconnaît pas Israël, la situation est relativement calme à la frontière. À partir de la fin des années 1960, le pays devient néanmoins l’une des bases arrières des combattants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Cette situation, qui aboutit à des affrontements entre l’armée libanaise et les fedayins, est partiellement réglée par la signature des accords secrets du Caire en novembre 1969, à l’instigation du président égyptien, Nasser.

À partir de ce moment-là, le Liban devient une base arrière de l’OLP, une situation encore renforcée après les événements de « Septembre noir » pendant lesquels le roi Hussein de Jordanie déclencha une vaste opération contre l’OLP qui se traduisit par la mort de milliers de civils palestiniens.

L’arrivée de très nombreux réfugiés palestiniens au Liban participe de la dégradation du très fragile équilibre communautaire du pays jusqu’au déclenchement de la guerre civile libanaise en avril 1975. En 1978 et à nouveau à partir de 1982, l’armée israélienne intervient massivement au Liban. C’est pendant cette deuxième intervention que naît le Hezbollah — une organisation politique et paramilitaire chiite — qui, au cours des quatre dernières décennies, s’est imposé comme l’un des principaux adversaires d’Israël (grâce au soutien et aux financements iraniens). Cet antagonisme culmine notamment pendant le conflit israélo-libanais en 2006.

L’attaque lancée par le Hamas le 7 octobre 2023 laisse craindre une extension de la guerre au Sud-Liban dans le cas où le Hezbollah déciderait d’ouvrir un nouveau front.

Depuis le 7 octobre, l’organisation chiite a revendiqué plusieurs tirs de roquettes : d’abord en direction du territoire contesté des fermes de Chebaa, occupé depuis 1967 par l’armée israélienne ; après que celle-ci a répliqué à ces premiers tirs en frappant le Sud-Liban, tuant trois militants du Hezbollah, l’organisation a revendiqué de nouveaux tirs en direction de casernes israéliennes.

Libye

Pour l’instant, aucune des factions se disputant le pouvoir en Libye n’a pris la parole à propos de l’attaque du 7 octobre.

Pour le Gouvernement d’unité nationale, ce silence s’inscrit dans une séquence complexe liée à ses relations avec l’État d’Israël. En effet, le 27 août, le Premier ministre libyen, Abdulhamid Dbeibah, annonçait qu’il avait suspendu, Najla al-Mangoush, sa ministre des affaires étrangères après que son homologue israélien eut annoncé qu’il s’était entretenu avec elle la semaine d’avant à Rome.

Le ministère libyen des affaires étrangères a qualifié cette rencontre de « rencontre fortuite et non officielle », mais l’annonce de cette rencontre avait déjà donné lieu à des manifestations dans plusieurs villes libyennes.

Au même moment, le gouvernement israélien publiait un communiqué indiquant que son ministre des affaires étrangères, Eli Cohen, et son homologue libyen au sein de l’administration basée à Tripoli, se seraient entretenus lors d’une réunion organisée à Rome par le ministre italien des affaires étrangères, Antonio Tajani. Le successeur temporaire de Najla al-Mangoush est Fathallah al-Zani, ancien ministre de la jeunesse.

Maroc

Le Maroc a déjà publié deux communiqués après l’attaque du 7 octobre.

Le premier est paru quelques heures après le début des massacres :

« Le Royaume du Maroc exprime sa profonde préoccupation suite à la détérioration de la situation et au déclenchement des actions militaires dans la bande de Gaza et condamne les attaques contre les civils d’où qu’ils soient.

Le Royaume, qui n’a eu de cesse de mettre en garde contre les répercussions du blocage politique sur la paix dans la région et contre les risques de l’aggravation des tensions qui en résulte, appelle à un arrêt immédiat de tous les actes de violences et à un retour à l’apaisement, tout en évitant toutes les formes d’escalade pouvant saper les chances de la paix dans la région.

Le Royaume du Maroc, dont le Souverain, SM le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, préside le Comité Al Qods, souligne que le dialogue et les négociations demeurent la seule voie pour parvenir à une solution globale et durable à la question palestinienne, sur la base des résolutions de la légalité internationale et du principe des deux États, tel que convenu au niveau international. »

Le second est paru le lendemain, et démontre une claire volonté d’agir dans le champ diplomatique.

« Sur Instructions de SM le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, le Royaume du Maroc, président de la session actuelle du Conseil de la Ligue des États Arabes au niveau ministériel, a appelé à la tenue d’une réunion d’urgence du Conseil au niveau des ministres des Affaires étrangères arabes pour la concertation et la coordination au sujet de la détérioration de la situation dans la bande de Gaza et du déclenchement d’actions militaires visant les civils, ainsi que pour la recherche des moyens pour l’arrêt de cette dangereuse escalade.

D’intenses concertations se déroulent pour la tenue de la réunion au cours de cette semaine au siège de la Ligue des États Arabes au Caire. »

Les relations entre Israël et le Maroc sont historiquement plus complexes que celles que l’État hébreu entretenait avec les autres pays arabo-musulmans. À l’absence totale d’échanges, le royaume chérifien a souvent préféré une attitude plus ambiguë.

Depuis la fondation de l’État d’Israël en 1948, bien qu’il n’y ait pas eu de reconnaissance officielle de la part du Maroc, une relation secrète s’est progressivement tissée entre les deux nations. Cette discrétion diplomatique a culminé en 1994 lorsqu’à la suite d’une rencontre à Paris entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Tzipi Livni et Mohamed Benaïssa, des bureaux de liaison ont été ouverts à Rabat et Tel Aviv. Néanmoins, ces avancées ont été temporairement arrêtées en 2000, avec la fermeture des représentations, en réaction à la seconde intifada.

Par ailleurs, malgré l’absence de relations formelles pendant de nombreuses années, les hauts responsables des deux pays n’ont pas hésité à se rencontrer. L’une des rencontres les plus marquantes eut lieu en 1986, lorsque le Premier ministre israélien Shimon Peres s’est rendu au Maroc pour une audience avec le roi Hassan II.

En 2020, une nouvelle page s’est tournée dans les relations israélo-marocaines. Le 10 décembre, dans le cadre d’un accord trilatéral avec les États-Unis, les deux pays ont rétabli leurs relations diplomatiques. Cet accord a également vu les États-Unis reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental — objectif diplomatique prioritaire pour Rabat.

À la manière de l’Arabie Saoudite, le Maroc cherche à ménager Israël avec lequel il entretient des relations diplomatiques officielles depuis peu, sans néanmoins donner l’impression qu’il abandonne complètement une cause palestinienne qui trouve un écho important au sein de l’opinion publique. L’option diplomatique qu’il défend apparaît comme une manière de trouver un équilibre.

Oman

Le 7 octobre, le ministère des Affaires étrangères du sultanat d’Oman a publié le communiqué suivant :

« Le Ministère des Affaires Étrangères suit avec intérêt et inquiétude l’escalade découlant de la poursuite de l’occupation israélienne illégitime des territoires palestiniens.

Le ministère des Affaires Étrangères surveille attentivement et est préoccupé par l’escalade en cours entre les Palestiniens et les Israéliens en raison de la continuation de l’occupation israélienne illégitime des territoires palestiniens, et des attaques israéliennes continues contre les villes et villages palestiniens, ce qui menace d’avoir des répercussions graves et une intensification de la violence.

Le Ministère appelle les deux parties à exercer la plus grande retenue et souligne la nécessité de protéger les civils. Il réaffirme que la communauté internationale et les parties internationales soutenant les efforts pour relancer le processus de paix doivent intervenir immédiatement pour stopper l’escalade en cours et se conformer aux règles du droit international. Le Ministère rappelle également et souligne la nécessité stratégique de trouver une solution juste, complète et durable à la question palestinienne, basée sur la solution à deux États et le droit à l’autodétermination du peuple palestinien, en établissant leur État indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale. »

Conformément à la position de la Ligue arabe, Oman n’a pas officiellement reconnu Israël et a participé au boycott de l’État hébreu pendant une grande partie du XXe siècle.

Cependant, en 1994, les deux pays avaient établi des relations commerciales non officielles, interrompues en 2000 après la seconde intifada. En 2018, une étape significative a été franchie lorsque le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est rendu à Oman pour rencontrer le sultan Qaboos et d’autres hauts responsables omanais.

En 2023, le sultanat a autorisé les avions israéliens à survoler son espace aérien.

Qatar

Le 7 octobre, le Qatar a publié un communiqué dans lequel il indiquait notamment :

« L’État du Qatar exprime sa profonde inquiétude face à l’évolution de la situation dans la bande de Gaza et appelle toutes les parties à la désescalade et à la plus grande retenue. Le ministère des Affaires étrangères tient Israël pour responsable de l’escalade actuelle en raison de ses violations constantes des droits du peuple palestinien, la dernière en date étant les incursions répétées dans la mosquée Al-Aqsa sous la protection de la police israélienne. »

En 1996, le Qatar établit des relations commerciales avec Israël, le deuxième pays de la péninsule arabique à le faire, après Oman. Toutefois, à la suite de l’opération « Plomb durci » (2008-2009), le Qatar rompt ses relations diplomatiques avec Israël.

En 2013, malgré l’absence de relations officielles, le Qatar aurait aidé Israël à rapatrier un groupe de Juifs yéménites. La même année, le Premier Ministre qatari a suggéré que des accords avec les Palestiniens pourraient impliquer des échanges de territoires, s’écartant ainsi des frontières de 1967, une déclaration saluée par Israël.

Cependant, Israël a vivement critiqué le soutien qatari au Hamas, en particulier lors de l’opération « Bordure protectrice », accusant le Qatar de financer le terrorisme. Les contacts directs entre les dirigeants qataris et israéliens se sont poursuivis malgré ces tensions.

L’ex-Président israélien Shimon Peres a visité Doha en 1996 et 2007. Ehud Barak et Tzipi Livni ont également rencontré des officiels qataris à diverses occasions. En 2015, le Qatar a servi d’intermédiaire aux discussions entre Israël et le Hamas. Mais en 2017, Israël a soutenu le bloc saoudien contre le Qatar lors de la crise diplomatique qatarie et a annoncé l’expulsion du réseau Al Jazeera du pays.

Le Qatar reste la seule monarchie du Golfe à soutenir le Hamas.

Soudan

À l’heure actuelle, le Soudan n’a publié aucun communiqué sur la situation en Israël.

De 1958 à 2021, le pays a proscrit toute relation avec Israël. Un processus de normalisation a émergé à partir de 2016 lorsque le ministre des Affaires étrangères soudanais, Ibrahim Ghandour, a évoqué la possibilité de normaliser les relations si les sanctions économiques américaines étaient levées.

En 2020, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le président du Conseil de souveraineté du Soudan, Abdel Fattah al-Burhan se sont rencontrés en Ouganda et ont convenu de normaliser les relations entre leurs pays, dans la continuité des Accords d’Abraham. En octobre 2020, les deux pays se sont entendus sur une logique de normalisation : l’année suivante, le Soudan abolissait la loi de 1958 interdisant tous liens avec Israël.

Syrie

Le 8 octobre dans la soirée, le compte de la présidence syrienne publiait le message suivant sur les réseaux sociaux :

« Le président Bachar el-Assad a reçu un appel de Son Altesse le Sheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyan, président des Émirats Arabes Unis, au cours duquel ils ont discuté des développements dans les territoires palestiniens occupés et de la situation dans la région. »

C’est à ce jour le seul commentaire officiel du gouvernement syrien.

Les deux pays n’entretiennent aucune relation diplomatique et pour cause : ils sont officiellement en état de guerre. Depuis plusieurs années, l’aviation israélienne mène des raids sur le territoire syrien pour détruire des infrastructures gérées par Téhéran et ses proxys dans le cadre du corridor terrestre reliant Téhéran à la Méditerranée via Bagdad et Damas.

L’action d’Israël en Syrie consiste à sécuriser les abords du Golan et à mener des frappes ciblées sur des sites iraniens et du Hezbollah. Le premier objectif d’Israël reste la limitation de l’influence de l’Iran dans la région, que Tel Aviv considère comme une menace existentielle.

Depuis le début des années 2000, Damas était l’un des plus proches alliés du Hamas. La Syrie offrait alors refuge aux leaders du mouvement palestinien. Plus de 500 000 réfugiés palestiniens vivaient dans un camp près de Yarmouk.

En 2012, un an après le début de la révolution syrienne, le chef du Hamas de l’époque, Khaled Mechaal, avait quitté son siège de Damas pour rejoindre le Qatar, dénonçant la brutalité de la répression des manifestations populaires. En octobre 2022, après une rupture des relations de dix ans, Damas et le Hamas les ont rétablies. À l’heure actuelle, il est difficile de savoir si le régime d’Al-Assad a joué un rôle dans les attaques du 7 octobre.

Tunisie

Le 8 octobre 2023, la Tunisie a quant à elle publié le communiqué suivant :

« La Tunisie exprime son soutien total et inconditionnel au peuple palestinien et rappelle que ce que certains médias qualifient de bande de Gaza est une terre palestinienne qui est sous occupation sioniste depuis des décennies, et que le peuple palestinien a le droit de la récupérer et de récupérer toute la terre de Palestine, et qu’ils ont également le droit d’établir leur État indépendant, dont la capitale est Al-Quds Al-Sharif [Jérusalem], la première des deux qibla [direction vers laquelle un fidèle musulman doit se tourner lorsqu’il prie] et la troisième des deux saintes mosquées.

La Tunisie appelle également toutes les consciences vivantes du monde à se tenir aux côtés du peuple palestinien et à se souvenir des massacres perpétrés par l’ennemi sioniste contre notre peuple arabe en Palestine et même contre la nation tout entière. Le monde entier ne doit pas oublier les massacres perpétrés par l’ennemi à Al-Dawayima, dans la ville d’Al-Sheikh, à Deir Yassin, à Kafr Qasem, à Khan Yunis, à la mosquée Al-Aqsa, à la mosquée Ibrahimi et ailleurs. Il ne doit pas non plus oublier les centaines de morts et les milliers de personnes qui ont été déplacées de leurs maisons et privées de leurs terres. Ils doivent se souvenir de ces dates et reconnaître le droit à une résistance légitime à l’occupation. Ils ne considèrent pas cette résistance comme une agression ou une escalade.

La Tunisie appelle également la communauté internationale à assumer ses responsabilités historiques pour mettre fin à l’occupation brutale de toute la Palestine et de son intégralité. Les forces d’occupation sionistes violent les droits du peuple palestinien, qui défie totalement toutes les lois et valeurs religieuses. »

Malgré des contacts dans les années 1950 entre le mouvement nationaliste tunisien et Israël, les deux pays n’ont jamais établi de liens diplomatiques. En 1985, l’attaque israélienne contre le siège de l’OLP en Tunisie a été un facteur de tensions. Malgré cela, la Tunisie a joué un rôle crucial dans les pourparlers entre l’OLP et Israël, menant à la déclaration de principes sur l’autonomie palestinienne en 1993.

Des liens ont été brièvement établis dans les années 1990, mais se sont détériorés à l’aube du XXIe siècle avec la seconde Intifada. En 2019, les relations sont devenues quasi inexistantes sous la présidence de Kaïs Saïed, qui voit la normalisation avec Israël comme une « haute trahison ».

Les références appuyées au corpus islamique dans le communiqué tunisien doit se comprendre dans le cadre du coup constitutionnel organisé par Kaïs Saïed en 2022 : l’abrogation de la constitution de 2014 a été suivie de l’adoption d’un nouveau texte faisant référence à l’Islam comme objectif de l’État et source du droit. Par ailleurs, le président tunisien paraît revenir à un nationalisme arabe intransigeant sur la question israélienne — au point d’expliquer dans un sursaut complotiste que le nom de la tempête Daniel serait influencé par « le mouvement sioniste mondial ».

Yémen

Nasreddin Amer, secrétaire adjoint à l’information du mouvement Ansar Allah — les Houthis — a déclaré au magazine Newsweek :

« Au Yémen, nous soutenons le peuple palestinien par tous les moyens possibles et nous n’abandonnerons pas le peuple palestinien opprimé et sa résistance, qui le défend et a le droit de le faire. […] La possibilité d’une participation directe au soutien de la résistance dépend de l’évolution de la situation sur place. Nous suivons de près la situation sur place et sommes en contact permanent avec la résistance. »

Il n’existe pas de relations diplomatiques entre Israël et le Yémen et les relations entre les deux pays sont très tendues. Le Yémen refuse l’admission des personnes possédant un passeport israélien ou tout passeport portant un cachet israélien, et le pays est défini comme un « État ennemi » par la loi israélienne.

Depuis la guerre civile de 2015, le gouvernement yéménite et les Houthis refusent toute normalisation avec Israël. Dans ce contexte, l’opinion publique israélienne s’inquiète de plus en plus de la capacité des Houthis, soutenus par l’Iran, à attaquer le pays. Avec l’appui des Émirats arabes unis, les groupes du Sud du Yémen se rapprochent de l’idée d’une normalisation des relations.

Afghanistan

L’émirat islamique d’Afghanistan, sous le contrôle des Talibans depuis août 2021, se montre très actif sur les réseaux sociaux depuis le début de l’attaque terroriste menée par le Hamas.

Le 7 octobre, le ministère des Affaires étrangères afghan publiait le communiqué suivant :

« L’Émirat islamique d’Afghanistan suit de près les récents événements qui se sont déroulés dans la bande de Gaza et considère que tout ce qui se passe est le résultat de l’agression israélienne et de la violation permanente du caractère sacré de la mosquée Al-Aqsa et des lieux saints pour les musulmans. Il considère que la défense par le peuple palestinien de sa liberté et de l’indépendance de son pays et sa résistance à l’occupation sont vraiment légitimes pour lui.

L’Émirat islamique d’Afghanistan affirme son soutien et son appui à la création d’un État palestinien indépendant sur ses terres historiques, qui est un droit légitime, historique et légal du peuple palestinien à défendre l’indépendance du pays, et lance un appel aux pays islamiques et à l’Organisation de la coopération islamique, La communauté internationale, en particulier les pays qui ont une influence évidente dans la région, doit s’opposer à l’agression israélienne contre le peuple palestinien innocent et coopérer pour résoudre la question palestinienne sur la base de l’octroi de droits légitimes aux Palestiniens. »

Le jour même, et au cours des jours suivants, le gouvernement afghan publie d’autres messages similaires. Le 10 octobre, Abdul Qahar Balkhi, porte-parole du ministère des Affaires étrangères afghan qualifie par exemple la riposte israélienne à Gaza « de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. »

Le gouvernement taliban a par ailleurs nié que des combattants afghans seraient en route vers Israël après la publication de nombreux messages sur les réseaux sociaux suggérant que ceux-ci seraient en route.

Les relations entre l’Afghanistan et Israël n’ont jamais été formellement établies depuis l’indépendance d’Israël en 1948, l’Afghanistan n’ayant jamais reconnu officiellement l’État d’Israël. Sur le plan historique, pendant les années 1980, dans le cadre de l’Opération Cyclone, Israël a collaboré avec les États-Unis pour fournir indirectement des armements aux moudjahidines afghans qui combattaient le gouvernement afghan soutenu par l’Union soviétique.

En 2005, l’ancien président afghan Hamid Karzai a évoqué la possibilité d’établir des liens officiels avec Israël une fois que les Palestiniens auraient obtenu leur propre État. Suite à la prise de contrôle de l’Afghanistan par les Talibans en 2021, ceux-ci ont clairement indiqué qu’ils n’entendaient pas établir de relations avec Israël, tout en souhaitant renforcer les liens avec d’autres pays de la région et d’Asie.

Bangladesh

On peut lire sur le site du ministère des Affaires étrangères du Bangladesh un court message daté du 8 octobre :

« le Bangladesh appelle à un cessez-le-feu urgent des conflits armés entre Israël et la Palestine ».

Le Bangladesh et Israël n’entretiennent pas de relations diplomatiques, le Bangladesh ayant affirmé qu’il ne reconnaîtrait pas Israël tant qu’il n’y aurait pas de Palestine indépendante.

Brunei

Dans un communiqué datant du 9 octobre, le sultanat de Brunei s’est dit « profondément préoccupé par la récente escalade de la violence » et a appelé à la fin des hostilités, avant de réitérer sa solidarité avec le peuple palestinien.

Brunei n’entretient pas de relation diplomatique avec Israël. Le micro-État en entretient avec la Palestine depuis 1988 et soutient un État palestinien internationalement reconnu avec Jérusalem-Est pour capitale.

Indonésie

Le 8 octobre, l’Indonésie a officiellement déclaré :

« La racine du conflit, à savoir l’occupation des territoires palestiniens par Israël, doit être résolue, conformément aux paramètres convenus par les Nations unies. »

Officiellement, Jakarta n’entretient pas de relation diplomatique avec Israël. La position de l’Indonésie, premier pays musulman au monde, se caractérise par une défense constante de la cause palestinienne. L’archipel ne cesse d’appeler à la fin de la colonisation et à une solution à deux États basée sur les frontières d’avant 1967.

Le soutien indonésien à la Palestine prend la forme d’actions humanitaires et d’une aide au développement. Jakarta a par exemple construit en 2011 un hôpital à Beit Lahiya, une localité de la bande de Gaza. À l’occasion d’une visite du Premier ministre de l’Autorité palestinienne Mohammad Shtayyeh à Jakarta en octobre 2022, le Président Joko Widodo affirmait que le soutien indonésien à la Palestine était avant tout diplomatique, commercial et humanitaire.
Cet hôpital indonésien aurait été endommagé par une frappe israélienne samedi 7 octobre. À l’heure actuelle, environ 45 citoyens indonésiens seraient présents dans les territoires palestiniens (cinq à Gaza et 35 en Cisjordanie).

Iran

L’Iran a été le premier pays à soutenir officiellement l’attaque du Hamas.

Lors d’une cérémonie de diplomation d’élèves officiers samedi, le Guide Suprême de la République islamique d’Iran a déclaré :

« Ceux qui soutiennent le régime usurpateur [Israël] ont répandu des rumeurs au cours des derniers jours qui placent l’Iran derrière ce qui s’est déroulé. Ils ont tort. Nous défendons la Palestine. Nous embrassons les fronts et les mains des organisateurs intelligents et rusés de la jeunesse palestinienne, mais ce qui s’est passé a été fait par les Palestiniens eux-mêmes ».

De son côté, le président iranien Ebrahim Raisi a déclaré dimanche 8 octobre que l’Iran apportait son soutien à la « légitime défense de la nation palestinienne ».

Le 9 octobre, Iran, le journal officiel du gouvernement iranien a publié une image célébrant la mort de mille israéliens : on y voit un jeune homme portant keffieh et brassard au couleur de la Palestine arborant un ballon gonflable — sur le modèle des ballons de fêtes d’anniversaire — affichant « 1K » (pour mille).

Si l’Iran et Israël ont entretenu des relations cordiales entre 1948 et 1979 — le Shah adressant par exemple ses félicitations aux commandants de l’armée israélienne après les guerres de 1967 et 1973 —, les relations sont complètement rompues depuis la Révolution islamique. Au cours des décennies, l’Iran s’est affirmé comme le principal adversaire d’Israël, dont il dénonce l’existence, affirmant vouloir détruire l’État hébreu.

L’Iran observe la situation régionale avec inquiétude depuis qu’un certain nombre de pays du Moyen-Orient ont initié un rapprochement avec Israël.

Le 1er octobre, soit une semaine avant l’attaque du Hamas, le président iranien, Ebrahim Raïssi, dénonçait les tentatives de rapprochement entre des pays musulmans — au premier rang desquels l’Arabie Saoudite — et Israël, y voyant un processus « réactionnaire et régressif ».

La déclaration du Guide suprême répond aux nombreuses interrogations sur le rôle supposé de l’Iran dans la planification de l’attaque depuis un article du Wall Street Journal publié dimanche soir. Si la coopération militaire entre l’Iran et le Hamas est avérée, l’implication directe de la République islamique dans l’attaque du 7 octobre n’est pas certaine. S’il est avéré que le Hamas a utilisé l’aide tactique et technique iranienne au cours de ces dernières années, il n’a pas besoin de l’autorisation de l’Iran pour agir.

Comme le faisait remarquer ce week-end Azar Gat et Gérard Araud dans nos pages, jusqu’ici, l’Iran n’a pas cherché à élargir le conflit entre Israël et le Hamas, en s’appuyant sur le Hezbollah. Cela pourrait changer si l’Iran, auquel son programme nucléaire confère un nouvel avantage sécuritaire, considère que la réponse d’Israël menace les équilibres régionaux.

Le 11 octobre au soir, le président iranien Ebrahim Raïssi et le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane se sont entretenus par téléphone, d’après l’agence de presse saoudienne. Pour rappel, les deux États ont annoncé en mars dernier le rétablissement de leurs relations diplomatiques après plus de 7 ans de rupture, un accord conclu avec une médiation de la Chine. L’Iran a rouvert son ambassade en Arabie saoudite en juin dernier ; l’ambassade saoudienne en Iran a pour sa part été rouverte il y a deux mois, le 9 août.

Malaisie

Dans un communiqué datant du 8 octobre, le ministère des Affaires étrangères malais a déclaré :

« La cause première doit être reconnue. Les Palestiniens ont été soumis à une occupation illégale prolongée, à un blocus et à des souffrances, à la profanation d’Al-Aqsa, ainsi qu’à la politique de dépossession aux mains d’Israël en tant qu’occupant ».

Kuala Lumpur estime que « l’incohérence des mesures prises à l’égard du régime israélien » fragilise le droit international. Elle appelle à une politique plus cohérente vis-à-vis de ce qu’elle qualifie de « situation d’appartheid » et dénonce des « traitements disproportionnés » ainsi qu’une « hypocrisie flagrante » face aux situations d’apartheid et de violation des droits humains.

La position malaise vis-à-vis du conflit israélo-palestinien est similiaire à celle de l’Indonésie.
Sur la scène politique intérieure, des organisations religieuses comme le Conseil consultatif malaisien des organisations islamiques s’opposent à toute forme de normalisation des relations entre la Malaisie et l’État hebreu.

Cette position intransigeante semble partagée par le gouvernement malais. En 2020, celui-ci aurait jugé inacceptable la proposition israelienne de normalisation et aurait réaffirmé son soutien à la cause palestinienne. Des entraves sont régulièrement mises en place pour les citoyens israéliens tentant de se rendre en Malaisie.

En 2021, des joueurs de squash israéliens s’étaient par exemple vu refuser l’octroi de visa par les autorités malaises.

Aucune information n’a été communiquée sur la présence de ressortissants malais en Israël et dans les territoires palestiniens.

Pakistan

Le 7 octobre à 16h (heure de Paris) Anwaar ul Haq Kahar, le premier ministre pakistanais par intérim avant les élections qui doivent se tenir prochainement, a publié le message suivant :

« Le cœur brisé par l’escalade de la violence au Moyen-Orient, qui souligne la nécessité urgente de résoudre la question palestinienne. Nous appelons à la retenue et à la protection des civils. Une paix durable au Moyen-Orient réside dans une solution à deux États avec un État de Palestine viable, contigu et souverain, fondé sur les frontières d’avant 1967, avec Al Qods Al-Sharif [Jérusalem] en son cœur. »

Israël et le Pakistan n’ont jamais entretenu de relations diplomatiques officielles. En 1947, le Pakistan s’était opposé au plan de partage de la Palestine proposé par les Nations Unies et ne reconnaît toujours pas la souveraineté d’Israël, tout en défendant une solution à deux États dans le cadre des frontières de 1967.

Cependant, malgré cette position, les deux pays ont coopéré à plusieurs reprises lors d’événements majeurs, par exemple durant l’invasion soviétique de l’Afghanistan.
Cela dit, grâce à la médiation de la Turquie, Israël et le Pakistan ont pu communiquer et échanger des informations à travers leurs ambassades à Ankara et Istanbul : en 2010, par exemple, les services de renseignement pakistanais ont transmis, via Ankara, des informations au Mossad concernant une menace d’attentat terroriste à Mumbai, où un centre culturel juif était spécifiquement ciblé.

En 2018, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré lors d’une visite en Inde qu’Israël ne considérait pas le Pakistan comme un ennemi et souhaitait la réciprocité de la part du Pakistan.

Après la réussite des Accords d’Abraham en 2020, le Premier ministre pakistanais de l’époque, Imran Khan, a annoncé que son pays subissait des pressions diplomatiques américaines pour normaliser ses relations avec Israël. Khan avait néanmoins affirmé que le Pakistan resterait ferme sur sa position tant qu’une solution acceptable pour les Palestiniens ne serait pas trouvée.

Turquie

Le 8 octobre 2023, le président turc Recep Tayyip Erdogan a demandé à Israël et au Hamas de « soutenir la paix » et d’épargner les civils, indiquant que la Turquie était « à faire tout ce qui est en son pouvoir pour mettre fin aux affrontements dès que possible ».

Par ailleurs, des manifestants ont participé à une marche pour le Hamas devant la mosquée de Fatih, en Turquie.

Depuis 1949, lorsque la Turquie est devenue le premier pays musulman à reconnaître Israël, les relations entre les deux nations ont oscillé entre coopération et tension.

La décennie 2010 a été particulièrement compliquée, marquée par des incidents tels que l’abordage d’un navire humanitaire turc se dirigeant vers Gaza en 2010 et les affrontements de la marche du retour en 2018. Ces événements ont exacerbé les dissensions, culminant dans un échange houleux entre les dirigeants et le rappel des ambassadeurs. Toutefois, la dynamique a commencé à changer vers 2020 avec des efforts discrets pour rétablir les liens. Le point culminant de ce rapprochement a été la visite du président israélien Isaac Herzog en Turquie en 2022, suivie du rétablissement officiel des relations diplomatiques.

ASIE CENTRALE ET CAUCASE

Les relations entre Israël et les anciennes Républiques socialistes soviétiques sont anciennes et s’intègrent dans la stratégie diplomatique israélienne dite « Doctrine de la périphérie ».

Au lendemain de la proclamation de l’État hébreu le 14 mai 1948, David Ben Gourion, dont le pays est assailli par les armées des pays arabes, cherche à créer des liens avec des pays musulmans non-arabes, au premier rang desquels la Turquie et l’Iran. Les relations avec ces deux pays se détériorent à l’occasion de la révolution islamique iranienne de 1979 et de l’arrivée au pouvoir de l’AKP en 2002. À partir de la chute de l’Union soviétique en 1991, Tel Aviv se tourne vers les républiques nouvellement indépendantes d’Asie centrale.

Des relations diplomatiques sont établies en 1992 avec l’Ouzbékistan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et le Kazakhstan, en 1993 avec le Turkménistan. La région abrite par ailleurs des minorités juives anciennement établies. Le dernier recensement de la population soviétique en 1989 en recensait plus de 65000 en Ouzbékistan, 18000 au Kazakhstan, 10000 au Tadjikistan, 6000 au Kirghizstan, et 2000 au Turkménistan.

À l’exception du Turkménistan qui n’a pas réagi à l’heure actuelle, les anciennes RSS affichent une position commune en appelant à la désescalade.

Azerbaïdjan

Le 7 octobre, le ministère des Affaires étrangères azerbaidjanais a publié sur X (anciennement Twitter) le communiqué suivant :

« Nous condamnons la violence contre les civils dans la zone de conflit israélo-palestinienne. Nous exprimons nos condoléances pour les pertes tragiques de vies humaines parmi de nombreux civils, tant en Israël que dans la bande de Gaza. Nous appelons à une désescalade urgente de la situation. »

Israël et l’Azerbaïdjan entretiennent de bonnes relations depuis 1992. En 2022, Bakou a nommé un ambassadeur en Israël. Depuis, une délégation israélienne s’est rendue en Azerbaïdjan. Les liens économiques et énergétiques sont par ailleurs étroits.

Kazakhstan

Le 08 octobre, l’agence de presse Kazinform rapportait les propos suivants, attribués à Aibek Smadiyarov, un représentant du ministère des Affaires étrangères kazakhstanais :

« Nous exhortons les parties à rechercher des instruments politiques pour résoudre la situation de manière pacifique et à ne pas recourir à des actions qui pourraient conduire à une nouvelle escalade de la situation non seulement entre les deux Etats, mais aussi au Moyen-Orient dans son ensemble ».

Le Kazakhstan est le pays d’Asie centrale avec lequel Tel Aviv entretient les liens les plus étroits. Les présidents des deux pays se sont rencontrés à plusieurs reprises. Un accord de défense a été signé en 2014 entre les deux pays. Astana importe des systèmes d’armes israéliens, comme des lance-roquettes multiples, des drones, des véhicules blindés. Par ailleurs, les échanges économiques sont conséquents, le pétrole kazakhstanais représentant un quart de la consommation en hydrocarbure d’Israël.

Kirghizistan

Le 09 octobre, un communiqué du ministère des Affaires étrangères kirghize indiquait :

« La République kirghize suit avec inquiétude et inquiétude l’escalade du conflit israélo-palestinien, qui a fait de nombreuses victimes et destructions. Nous appelons les parties à cesser les hostilités et à entamer dès que possible un dialogue politique et diplomatique afin de parvenir à la paix, de protéger les civils et de stabiliser la situation au Moyen-Orient. »

Le lendemain, mardi 10 octobre, Bichkek indiquait que selon l’ambassade kirghize en Israël (sise à Ankara), aucun kirghize parmi les 56 ressortissants présents sur le territoire israelien n’avait été blessé par les combats.

Les relations entre Israël et le Kirghizistan sont limitées. Le Kirghizistan n’a pas d’ambassadeur en Israël. Les affaires kirghizes sont assumées par l’ambassadeur en poste au Kazakhstan. Le pays a été confronté lors de la révolution de 2010 à une vague d’antisémitisme qui a freiné l’approfondissement des relations entre les deux pays.

Ouzbékistan

Le 09 octobre, le ministère des Affaires étrangères de la République d’Ouzbékistan a exprimé

« sa vive inquiétude face à l’escalade de la situation dans la zone de conflit israélo-palestinienne, qui a fait de nombreuses victimes parmi la population civile et a considérablement compliqué la situation dans l’ensemble du Moyen-Orient. »

Avant d’adresser ses condoléances aux familles des victimes, le ministère a appelé les parties belligérantes à « prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre rapidement fin à la confrontation armée et résoudre la crise par des moyens politiques et diplomatiques. »

Les relations entre Tachkent et Tel Aviv sont fluctuantes depuis 1991 : resserrées au lendemain de la chute de l’URSS (visites présidentielles, signature d’accords), une période houleuse s’ouvre à partir de 2005 lors du soutien de Tel Aviv à un projet de résolution de l’Assemblée générale des Nations unies condamnant la répression des manifestations d’Andijanet. Une relative relance des relations commerciales et politiques a été amorcée depuis 2016 avec l’arrivée au pouvoir de Chavkat Mirzioïev, l’actuelle président de la république d’Ouzbékistan.

Tadjikistan

Le 08 octobre, le ministère des Affaires étrangères tadjik a publié le communiqué suivant :

« La forte escalade des tensions au Moyen-Orient, qui a entraîné d’importantes pertes civiles et la destruction de logements et d’infrastructures sociales, a été accueillie avec une grande inquiétude au Tadjikistan. Le ministère des Affaires étrangères de la République du Tadjikistan condamne fermement les actes de violence et appelle les parties à mettre immédiatement fin à la violence et à engager un dialogue pour normaliser la situation. »

Le Tadjiistan est un allié traditionnel du mouvement palestinien dans les instances internationales. Douchanbé entretient par ailleurs des relations étroites avec Téhéran. Il s’agit de la seule république d’Asie centrale dont la langue dominante n’est pas turcique, mais iranienne. Les Tadjiks, qui forment le groupe ethnique majoritaire, appartiennent à la famille des peuples iraniens.

La proximité avec la République islamique et le mouvement palestinien n’a pas empeché l’établissement de relations diplomatiques entre Israël et le Tadjikistan dès le 26 mars 1992, soit moins d’un an après l’indépendance de l’ancienne République socialiste soviétique. Néanmoins, les relations tant politiques qu’économiques restent particulièrement faibles. À ce jour, aucune ambassade israélienne n’a été ouverte au Tadjikistan.

Tchétchénie

Ramzan Kadyrov a diffusé sur sa chaîne Telegram le message suivant :

« J’appelle la communauté internationale à prendre au moins une fois à l’unanimité une décision juste concernant la situation en Palestine. J’appelle les dirigeants des pays musulmans à créer une coalition et à appeler ceux que vous appelez amis, l’Europe et l’Occident tout entier, à ne pas bombarder des civils sous prétexte de détruire des militants.

Nous soutenons la Palestine. Et nous sommes contre cette guerre qui, contrairement à d’autres conflits, peut évoluer vers quelque chose de plus.

Je suis moi-même allé en Israël. Et notre délégation pacifique a été directement confrontée à des tentatives de provocation ouverte. C’est pourquoi j’appelle à l’arrêt de la guerre et de toute forme d’escalade de la situation. Si nécessaire, nos unités sont prêtes à agir comme forces de maintien de la paix pour rétablir l’ordre et contrer tout fauteur de troubles. »

Turkménistan

Aucune déclaration officielle n’a été faite à l’heure actuelle.

Les relations entre les deux pays sont parfois secouées par des tensions diplomatiques. En 2010, Achgabat avait refusé d’accréditer les ambassadeurs israéliens Daniel Reuven et Haïm Koren, deux anciens agents du Mossad. Il faut attendre 2013 pour que le premier ambassadeur israélien au Turkménistan ne s’établisse définitivement.

Conclusion

A la lecture de ces deux articles, nous voyons que d’une parte la réthorique de l’Iran est basée sur des suppositions complotistes destinées à valider sa politique d’expansion via l’utilisation de proxy qui prennent la place des gouvernements légitimes des pays infectés par cette propagande.

La Russie et la Chine, profitent de la réthorique pour assoir leur pouvoir face à l’Occident.

Lorsque nous regardons la carte de la ligne de fracture mondiale, il n’est pas difficile de constater que les pays islamistes sont prépondérants. La Chine est à part, puisqu’elle interdit l’Islam sur son territoire et la Russie s’en accommode au sein de son régime dictatorial.

Le monde est actuellement à la croisée des chemins en ce qui concerne la montée de l’islamisation de la planète. En Occident, les politiques de gauche sont pleinement en accord pour faciliter cette islamisation sur leurs territoires.

La guerre du 7 octobre, guerre de Soukkot, semble l’ultime prétexte pour tenter d’arriver à cette finalité. Pourtant, malgré tout ce que vous venez de lire, je suis intimement persuadée que cela ne se fera pas.

L’Axe du mal, ne gagnera pas. C’est une certitude. 

Il est dit dans les écrits des sages d’Israël, que GOG et MAGOG commencera à Soukkot.

Et 11 mois après, Mashia’h se révélera.

Certes, il sera emprisonné et torturé par l’état profond qui gouverne en sous-main Israël, mais il sortira de cette épreuve et gagnera cette guerre contre l’Axe du mal… et l’état profond. Car c’est au final, la même chose.


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