Nouveau paradigme

L’Occident se trompe complètement sur l’identité africaine d’Israël

Une perspective afro-américaine sur le rôle historique d'Israël en tant que champion de la souveraineté noire, du sauvetage des Beta Israel à une nouvelle frontière novatrice le long de la mer Rouge.

Dans les chambres d’écho du monde universitaire et médiatique occidental contemporain, un cadre réductionniste s’est imposé : la projection des dichotomies raciales américaines sur la géopolitique complexe du Moyen-Orient.

Israël est fréquemment décrié à travers le prisme déformé du colonialisme blanc, une imposition idéologique qui ignore à la fois la réalité moyen-orientale autochtone de la plupart des Juifs israéliens et l’histoire profondément imbriquée de la nation avec l’Afrique et la diaspora noire.

Pour véritablement comprendre la politique israélienne, son identité intérieure et sa politique étrangère, il faut abandonner ces constructions occidentales et se tourner vers un phénomène bien plus profond et historiquement exact : ce que l’on pourrait appeler l’Âme Black du Sionisme.


Ce concept ne se limite pas à la présence physique des personnes noires au sein de l’État juif, mais renvoie à un projet métaphysique et politique commun de libération, d’exil, de retour et d’affirmation farouche de la souveraineté.

Le sionisme, par essence, est le mouvement de libération nationale d’un peuple autochtone retournant sur sa terre ancestrale après des siècles de persécution et de dispersion.

Ce récit d’un peuple dispersé aspirant à une terre promise, survivant à une oppression systémique et reconstruisant un foyer souverain, fait écho aux principes fondateurs du panafricanisme et aux traditions spirituelles de la diaspora noire. Lorsqu’Israël s’est engagé auprès de l’Afrique, il n’a pas agi comme une puissance coloniale pratiquant une diplomatie transactionnelle, mais plutôt par une connexion profonde, ancrée dans un traumatisme historique partagé et une quête commune d’autodétermination.

En tant qu’Afro-Américain vivant en Israël, ce lien n’est pas pour moi une théorie abstraite ni une simple note de bas de page historique ; c’est une réalité vécue. En arpentant les rues de Jérusalem, on est témoin d’une dynamique qui défie les paradigmes raciaux occidentaux. Ici, l’État fonctionne avec une indifférence institutionnelle à la couleur de peau à l’égard des communautés de couleur du monde entier, ce qui déconcerte les critiques étrangers.


En Israël, le lien fondamental n’est pas défini par les constructions occidentales modernes de la race, mais par une alliance partagée de destin, de survie et de souveraineté.

Vivre cette société de l’intérieur, c’est observer la réalisation discrète et quotidienne d’une relation intégrale entre l’État juif et la diaspora noire, une relation fondée sur la reconnaissance mutuelle plutôt que sur des considérations politiques transactionnelles.

Cet alignement n’est pas une simple opération de relations publiques ; il est inscrit dans les fondements mêmes de la pensée sioniste. Bien avant même que l’État d’Israël ne soit qu’un projet sur une carte, le père du sionisme politique moderne, Theodor Herzl, liait explicitement la future libération du peuple juif à celle des Africains noirs. Dans son roman utopique de 1902, Altneuland, Herzl écrivait qu’il subsistait un problème de souffrance raciale non résolu, dont la profondeur, dans toute son horreur, ne pouvait être pleinement comprise que par un Juif. Il faisait référence au problème africain. Herzl déclarait qu’après avoir été témoin de la libération de son propre peuple, il souhaitait également contribuer à celle des Africains.

Nulle part ailleurs la dimension profondément humaine de cette relation n’est plus palpable qu’à l’intérieur même des frontières d’Israël. Dans les annales de l’histoire moderne, les États-nations ont historiquement traversé les océans pour exploiter, réduire en esclavage ou coloniser les Africains noirs. Israël est le seul État-nation de l’histoire de l’humanité à avoir déployé son appareil militaire, de renseignement et financier pour transporter des milliers d’Africains noirs sur son territoire, non pas comme travailleurs ou sujets, mais comme citoyens à part entière de plein droit.

Les ponts aériens organisés pour rapatrier la communauté juive éthiopienne Beta Israel lors des opérations Moïse en 1984 et Salomon en 1991 n’étaient pas de simples missions de sauvetage humanitaires ; ils concrétisaient pleinement la promesse sioniste. L’État ne voyait pas là une population étrangère à gérer, mais un membre longtemps perdu du corps politique juif de retour chez lui. Malgré les frictions sociales et les obstacles bureaucratiques indéniables qui accompagnent toute migration massive, l’intention institutionnelle de l’État était claire : l’octroi immédiat de la citoyenneté, l’intégration et la préservation d’un lien sacré.

Bien que la mosaïque israélienne moderne comprenne également des migrations spirituelles uniques, telles que la petite communauté hébraïque israélite africaine de Dimona, arrivée des États-Unis à la fin des années 1960 et intégrée au tissu social de l’État, le cœur de la relation intérieure d’Israël avec la communauté noire reste enraciné dans le retour historique des Juifs africains sur leur terre ancestrale.

Ce lien avec la diaspora noire au sens large s’inscrit profondément dans l’héritage de la lutte pour les droits civiques. Israël demeure l’un des rares pays du Moyen-Orient à honorer officiellement le leadership afro-américain en donnant le nom de Martin Luther King Jr. à des rues importantes de villes comme Jérusalem et Herzliya. Il ne s’agit pas d’un geste superficiel.

Le Dr King était un fervent défenseur du droit d’Israël à exister, reconnaissant explicitement le parallèle entre l’autodétermination africaine et le mouvement sioniste.

En 1967, il a exprimé ce désir commun de souveraineté, soulignant que les Africains réclamaient la reconnaissance et la réalisation de leur droit inné à vivre en paix, sous leur propre souveraineté, dans leur propre pays. Il affirmait que quiconque chérit ce droit inaliénable de l’humanité devrait aisément comprendre et soutenir le droit du peuple juif à vivre sur sa terre ancestrale.

Cette réalité intérieure a naturellement influencé la politique étrangère d’Israël. Bien avant l’émergence des cadres diplomatiques contemporains, la Première ministre Golda Meir reconnaissait qu’Israël et les nouveaux États indépendants d’Afrique subsaharienne partageaient un destin commun. À la fin des années 1950 et dans les années 1960, elle défendit avec ferveur la doctrine périphérique d’Israël. Elle éprouvait une profonde empathie pour les nations qui s’affranchissaient du joug du colonialisme européen.

Dans son autobiographie, Ma vie, Meir, revenant sur son engagement pionnier en Afrique, établit un lien direct entre l’expérience juive et le continent africain. Elle souligne que les Juifs partagent avec les peuples africains le souvenir de siècles de souffrance et que des termes comme discrimination, oppression et esclavage ne sont pas de simples slogans, mais renvoient aux tourments et aux humiliations subis hier comme aujourd’hui.

Meir comprenait que l’aide technique et agricole d’Israël à l’Afrique constituait un devoir moral entre deux peuples historiquement opprimés. Elle déclara avec audace qu’après avoir été témoin de la libération de son propre peuple, elle souhaitait contribuer à celle des Africains. Il ne s’agissait pas de vaines paroles ; Israël y consacra ses maigres ressources et son influence diplomatique.

En 1958, alors qu’il était encore un jeune pays pauvre et soumis au rationnement, Israël créa son Agence pour la coopération internationale au développement (AICDC), court-circuitant les structures coloniales occidentales pour s’engager dans une coopération directe et former des milliers d’ingénieurs, de médecins et d’agriculteurs africains. De plus, Israël prit la décision de principe, aussi coûteuse fût-elle, aux Nations Unies, de voter à plusieurs reprises contre le régime d’apartheid sud-africain et de le condamner, sacrifiant des liens géopolitiques essentiels pour se ranger fermement du côté de l’indépendance de l’Afrique noire.

Cet héritage historique a abouti à un changement de paradigme remarquable dans la Corne de l’Afrique. Israël a mis fin à trois décennies d’impasse internationale en devenant le premier État membre des Nations Unies à reconnaître formellement la République du Somaliland comme nation indépendante et souveraine. Signée par une déclaration conjointe à Jérusalem entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi, cette alliance historique s’est rapidement consolidée.

Si certains critiques tentent d’appréhender cette alliance sous un angle purement réaliste, en soulignant l’inestimable littoral du Somaliland le long du golfe d’Aden, qui constitue un atout sécuritaire essentiel pour contrer les menaces soutenues par l’Iran, la véritable dimension de cette diplomatie est un dialogue profond et authentique. Le Somaliland, à l’instar d’Israël en 1948, est un bastion de gouvernance démocratique, de résilience et de stabilité, ayant su bâtir un État fonctionnel dans une région instable malgré des décennies d’isolement et de non-reconnaissance internationale.

Suite à cette déclaration historique, les dirigeants du Somaliland ont célébré ce partenariat avec une profonde gratitude. À Hargeisa, où le drapeau israélien a été projeté sur les bâtiments gouvernementaux, les autorités ont salué le courage d’Israël de s’opposer à l’orthodoxie internationale. Exprimant l’importance stratégique et émotionnelle de cette alliance, le ministre des Affaires étrangères du Somaliland, Abdirahman Dahir Adan, a déclaré que la relation entre le Somaliland et Israël était sans limites. Il a souligné que la décision historique d’Israël constituait une reconnaissance attendue de longue date de leur statut d’État de facto, ouvrant la voie à une sécurité partagée, au transfert de technologies et à une survie mutuelle.

En reconnaissant la souveraineté du Somaliland et en lui fournissant une formation militaire solide, un soutien logistique et des infrastructures hydrauliques modernes, Israël ne s’est pas contenté de s’assurer un partenaire maritime stratégique ; il s’est affirmé comme le défenseur ultime du droit à l’autodétermination d’une nation longtemps oubliée. Le transfert d’expertise israélienne à Hargeisa est la concrétisation moderne de la vision de Golda Meir : deux peuples résilients bâtissant un pont de survie mutuelle.

En fin de compte, lorsque nous rassemblons ces éléments disparates – le rêve initial de Theodor Herzl, les ponts aériens clandestins des Juifs éthiopiens, le rejet précoce de l’apartheid, l’héritage de Golda Meir, les paroles prophétiques du Dr Martin Luther King Jr., la reconnaissance diplomatique novatrice du Somaliland et la réalité quotidienne d’une société qui ne fait pas de distinction de couleur – une image claire se dégage.

Le rapport d’Israël à la culture noire et à la souveraineté africaine n’est ni une anomalie, ni une simple note de bas de page historique, ni une opération de relations publiques. Il s’agit d’un alignement structurel profond. C’est l’histoire de deux mondes, historiquement dispersés, opprimés et marginalisés, qui reconnaissent l’un dans l’autre le droit inaliénable de s’affirmer, de regarder le monde en face et de proclamer leur propre souveraineté. C’est la concrétisation de l’Âme Black du Sionisme : la conviction inébranlable que chaque peuple a le droit d’être maître absolu de son propre destin.

Rabbi Mordechai ben Avraham


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