L‘ironie est presque trop flagrante pour être ignorée. Une fois de plus, le peuple juif se retrouve témoin d’un débat sur un accord avec la Perse.
Une fois de plus, des sommes colossales sont en jeu. Une fois de plus, des conseillers influents assurent à un souverain que cet arrangement est avantageux. Et une fois de plus, les Juifs du monde entier se demandent si quelqu’un a retenu les leçons du Livre d’Esther.
L’un des versets les plus glaçants de tout le Tanakh apparaît bien avant l’exécution du décret d’Haman. Cherchant à convaincre le roi Ahashverosh de soutenir son plan, Haman fait une offre :
« אִם־עַל־הַמֶּלֶךְ טוֹב יִכָּתֵב לְאַבְּדָם וַעֲשֶׂרֶת אֲלָפִים כִּכַּר־כֶסֶף אֶשְׁקוֹל עַל־יְדֵי עֹשֵׂי הַמְּלָאכָה «
Si le roi le trouve bon, qu’il soit écrit qu’ils soient exterminés, et je pèserai dix mille talents d’argent que je remettrai à ceux qui exécuteront les travaux, afin qu’ils les déposent dans les trésors du roi. »
Le génie de la proposition d’Haman ne résidait pas seulement dans sa mauvaise intention, mais aussi dans la manière dont elle était présentée. Il présenta son plan comme un arrangement pratique qui profiterait au roi. Il y aurait un gain économique, des avantages politiques et des profits. Il suffisait à Assuérus de signer.
Des milliers d’années plus tard, si les acteurs ont changé, le scénario reste étrangement familier.
Aujourd’hui, on entend parler d’un nouvel accord avec la Perse. On nous assure que la levée des sanctions, des concessions économiques et le déblocage de ressources financières considérables apporteront, d’une manière ou d’une autre, stabilité et sécurité. On nous garantit que cet arrangement profitera à tous les acteurs concernés. On nous assure que les risques sont maîtrisables et les avantages substantiels.
Nombre de ceux qui condamnaient jadis l’accord d’Obama sur le nucléaire iranien comme une erreur historique semblent désormais prêts à envisager un accord qui pourrait s’avérer encore plus dangereux. Les détails peuvent différer, mais le postulat de base demeure le même : le régime de Téhéran peut être géré par des incitations, des négociations et des avantages économiques.
La comparaison ne réside pas dans le fait que l’histoire se répète à l’identique. Elle ne se répète jamais. La comparaison tient plutôt au fait que les dirigeants puissants sont souvent persuadés par des conseillers de confiance qu’un arrangement dangereux sert en réalité leurs intérêts.
Dans l’histoire de Pourim, Assuérus n’était pas le cerveau de l’opération. C’était Haman. Le roi s’est simplement laissé convaincre.
De nos jours, beaucoup voient en Jared Kushner et Steve Witkoff les manipulateurs qui présentent une vision de diplomatie, d’affaires et d’opportunités économiques, tandis que le président Trump occupe la position de décideur. Que l’on soit d’accord ou non avec cette comparaison, le parallèle est frappant. Des conseillers présentent une proposition concernant la Perse. Les avantages économiques sont mis en avant. Le dirigeant est incité à approuver l’accord. Le peuple juif observe nerveusement, impuissant.
Ce qui rend le parallèle encore plus frappant, c’est que la Perse demeure au cœur du récit.
L’empire qui cherchait à anéantir le peuple juif au temps d’Esther a disparu depuis longtemps, mais son successeur moderne occupe la même région géographique et affiche ouvertement son hostilité envers l’État d’Israël. Une fois de plus, la Perse se retrouve au centre des affaires mondiales. Une fois de plus, des personnalités influentes insistent sur le fait que l’accommodement et le compromis permettront d’instaurer la paix. Une fois de plus, on demande aux Juifs de croire que ceux qui concluent cet accord comprennent les risques.
Pourtant, la leçon la plus importante du Livre d’Esther n’a peut-être rien à voir avec Haman, Assuérus, Kushner, Witkoff, Trump, ni même l’Iran. La véritable leçon est que la survie du peuple juif n’a jamais dépendu d’aucun d’eux. Tout au long de notre histoire, les Juifs ont maintes fois placé leurs espoirs dans des rois, des présidents, des gouvernements, des partis politiques, des alliances militaires et des accords internationaux. Parfois, ces relations se sont avérées bénéfiques. Parfois, elles ont mené au désastre. Mais chaque génération finit par découvrir la même vérité : aucun être humain n’est capable de garantir l’avenir du Am Israël (peuple d’Israël).
Lorsque le décret d’Haman fut signé, le salut ne commença pas au palais royal. Il ne commença pas par une percée diplomatique ni par une stratégie politique ingénieuse. Il commença lorsque Mardochée rassembla les Juifs. Il commença par le jeûne. Il commença par le repentir. Il commença par la redécouverte, par une nation, de sa relation avec Dieu. Ce n’est qu’après que le peuple juif se soit tourné vers Dieu que les événements commencèrent à tourner en sa faveur.
C’est peut-être précisément ce à quoi nous assistons aujourd’hui.
Alors que le monde devient de plus en plus instable, que les alliances se transforment, que les dirigeants politiques nous déçoivent et que l’illusion de sécurité continue de s’effriter, nous sommes contraints de prendre conscience d’une réalité que les générations précédentes ont apprise à leurs dépens : l’Amérique ne nous sauvera pas. Les partis politiques ne nous sauveront pas. Les accords de paix ne nous sauveront pas. Les accords économiques ne nous sauveront pas. Même les armées les plus puissantes et les services de renseignement les plus sophistiqués ne sont pas la source ultime de notre protection. Ils ne sont que des instruments entre les mains de Celui qui, véritablement, dirige l’histoire.
La plus grande bénédiction que recèle cet épisode est peut-être qu’il nous oblige à nous souvenir à qui nous devons faire confiance.
Plus les nations sont désemparées, plus le message se fait clair. Plus nous nous rapprochons de la Guéulah (Délivrance), moins il y a de place pour les illusions. Les présidents se succèdent. Les empires s’élèvent et s’effondrent. Les conseillers soufflent à l’oreille des rois. Des accords sont signés puis rompus. Pourtant, le peuple juif demeure, car le Maître du Monde guide l’histoire selon Son plan.
Comme nos Sages l’ont enseigné concernant la période précédant la rédemption finale :
« אֵין לָנוּ עַל מִי לְהִשָּׁעֵן אֶלָּא עַל אָבִינוּ שֶׁבַּשָּׁמַיִם »
— Nous n’avons personne sur qui compter si ce n’est notre Père céleste.
C’est peut-être là la véritable leçon du nouvel accord avec la Perse.
Plus le monde démontre les limites des dirigeants et des solutions humaines, plus nous nous rappelons que la rédemption d’Israël ne viendra ni de Washington, ni de Bruxelles, ni de Moscou, ni des couloirs des Nations Unies. Elle viendra de la même source qu’elle a toujours été : notre Père céleste.
Par le rabbin Josh Wander
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